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Gîtes dans une ancienne école place du village de Comus, village situé
Locations gîtes et chambres d'hôtes à Ignaux dans les montagnes des Pyrénées
Les Amis du
Sabarthez de Pierre Cortinas
Pour le développement du tourisme au Pays de Sault :
on y trouve des renseignements intéressants sur ce site :
Chambre d'Agriculture de l'Aude
Ce site ne vous propose pas qu'un regard sur le passé historique du Languedoc Roussillon, et de l'Aude en particulier, il est aussi ouvert sur les relations humaines toutes simples, sans chichis. Voici l'histoire pas banale d'un expatrié Belcairois, un Toustou à l'honneur !
Il y a quelque temps déjà, j'ai reçu un message sympathique dont le contenu concernait la généalogie
des Pugens à la suite du reportage que j'ai réalisé sur les châteaux de Belcaire que vous pouvez consulter ICI. Il s'ensuivit des échanges de courriels, et curieux
de nature je me suis intéressé à mon interlocuteur internaute dont l'adresse email ne laissait aucun doute sur sa localisation sur cette planète internet ; les messages émanaient du Canada ! Je
fus tout de suite intrigué par le fait qu'un correspondant canadien ait des informations sur la famille Pugens implantée à Belcaire depuis plusieurs générations. Un courant amical passa tout de
suite entre nous. Mon correspondant s'appelle Simon TOUSTOU et dieu sait que j'en connais des Toustou sur le plateau de Sault, d'ailleurs Simon m'apprit que le nom naquit dans un petit bourg à
côté de Belcaire qui se nomme Trassoulas, j'aurai l'occasion de développer la généalogie des Toustou avec l'aide de Simon, du moins de tenter de la développer car d'après Simon c'est un
imbroglio pas facile à démêler (si vous avez des infos je compte sur vous pour nous aider).
Vous allez me dire, mais où veut-il en venir Jean-Pierre ? Pour le moment, un Belcairois expatrié au
Canada, certes il ne doit y en avoir un nombre important, cela n'a rien d'extraordinaire ! Et bien figurez-vous qu'en interrogeant Simon, il me raconta comment il avait quitté la France et son
village de Belcaire pour un pays inconnu qu'était le Canada. Mais, c'est son métier et la fabrication d'un objet insolite à mes yeux, qui a fait que j'ai demandé à Simon de se raconter et de
faire découvrir ce métier particulier, métier qui a changé et guidé toute sa vie. Cela vaut bien un reportage sur le site internet le plus visité du Midi-Pyrénées, il n'y a pas que du virtuel
dans ce bas monde, voilà du vécu et de la chaleur humaine comme vous l'aimez. Je laisse maintenant la plume à Simon Toustou :
" Je suis le fils d'Adrien TOUSTOU et de Simone PÉLOFY, né le 22 août 1941 à Carcassonne. J'ai habité à Belcaire jusqu'au 15 mai 1962, c'est une date que je n'ai jamais oubliée, j'y ai donc vécu 20 ans et quelques mois. Lorsque j'eus 11 ans mon père a décidé de m'envoyer au collège à Limoux. Il était cultivateur et il ne voulait pas que son fils reste comme il disait dans un pays de misère à trimer dur sur quelques hectares de terre et pour quelques vaches. Il voulait que son fils soit instituteur, je me souviens encore quand il disait qu'un instituteur se mariait à une institutrice, cela faisait un double emploi sûr, donc un double salaire garanti, et ensuite ils avaient beaucoup de vacances, les samedis et dimanches, bref la vie de rêve. Mais voilà, il ne m'avait pas demandé mon avis, ce n'est pas au collège que je voulais aller, mais plutôt apprendre un métier. Plus tard on s'apercevra que j'étais un manuel et non un intellectuel. Ma grand-mère en avait ajouté en patois "si ba pas en farem un ritou" ce qui voulait dire : si cela ne va pas on en fera un curé. Pauvre grand-mère, je n'avais pas la tête d'un curé. Et arriva ce qui devait arriver, au collège je n'étudiais pas, j'étais toujours 32 ème sur 33, alors pour faire enrager mon père, je lui disais que je n'étais pas le dernier. A 15 ans je quittais le collège et de 15 à 20 ans, cela ne vaut pas la peine d'en parler et je préfère oublier ces années là, ce fut du temps de perdu.
Photo Jour de la fête communale à Belcaire le 28 septembre 1958. Tous les jeunes de la bande à Bonnot
!
Debout de gauche à droite :
Jean-Pierre MORA - Guy RABAUTE - Simon TOUSTOU indiqué par la flèche -
Pierrot FOURIÉ - Jean-Baptiste SARDA
Assis de gauche à droite :
Jean COSTE - Émile TOUSTOU - Michel MORA - François ARNAUD - Baptiste MAUGARD - Étienne VAQUIÉ
Vers la "croix" au Casteillas à Belcaire en 1958
La bande de copains, de gauche à droite : Simon Toustou - Pierre Fourié - Louis Pelofy dit Lili- René Faucher- Jean-Pierre Mora
Simon Toustou en 1961 faisait parti de l'équipe de rugby de Belcaire, d'ailleurs vous pouvez le voir en photo ICI
Mais voilà, il y a le destin et j'y crois. En 1961, un jour mon copain Antonin Bonnet, natif de Belcaire comme moi, me dit
ceci " Simon, on devrait changer de pays, ici c'est la misère, on devrait faire comme Clergue de Montaillou, on devrait aller vivre au Canada". Ouf, il en avait des idées Antonin, c'est vrai
l'ami Clergue de Montaillou avait émigré au Canada. Mais l'idée me plut, je fis des démarches, j'ai demandé des informations au consulat canadien à Bordeaux, bref, après avoir analysé tout
cela, eh bien pourquoi pas, je dis à Antonin d'accord on va au Canada. Mais Antonin l'initiateur se défila et décida de rester en France. C'est vrai qu'il faut une dose de courage pour
s'expatrier, les dés étaient jetés, le 1er juin 1962, j'embarquais au Havre sur l'Homéric, destination Montréal Canada. Voilà les faits qui m'ont conduit au Canada.
Je puis vous dire que les premiers mois et les premières années passées dans ce grand pays furent fantastiques. Je
trouvais des gens accueillants, d'une philosophie de pays jeune, nouveau, et puis beaucoup d'espace et un sentiment de liberté, si bien que l'adaptation fut facile. Je trouvais un emploi à mon
arrivée en 62, le taux de chômage n'était qu'à 4 % et il y avait de l'emploi dans tous les domaines.
En 1964, je me mariais avec une Québécoise et je m'établissais à Crabtrée où il y avait une grosse usine de fabrication de
papier. Je pris des cours du soir et aussi en fin de semaine pour devenir machiniste. Je n'étais bon à rien au collège mais pour apprendre un métier, j'y ai mis toutes mes
énergies.
En 1969, il y aura un triste épisode de 3 ans où j'ai décidé un retour en France avec mon épouse et nos trois enfants. Je
travaillais aux talcs de Luzenac, comme machiniste à Trimouns. Ce retour fut un vrai échec, donc 3 ans plus tard nous retournions à Crabtrée au Canada. Coup de chance, je retrouve mon emploi à
la papeterie comme machiniste.
En 1974, je construisis une maison, nous avons alors six enfants, trois garçons et trois filles, durant nos trois ans en
France un garçon est né à Foix en Ariège. Actuellement nous avons 18 petits enfants de 22 à 4 ans.
Mon métier actuel intrigua Jean-Pierre, et ce, à juste titre, car le métier de FUSELIER est de plus en plus rare. Alors
qu'est-ce qui m'a amené à exercer ce nouveau métier totalement différent de celui de machiniste ?
Après avoir fini de construire la maison, j'avais un petit atelier. En 1975, j'ai fabriqué un tour à bois, facile pour un
machiniste et je me suis mis à tourner des morceaux de bois, je trouvais que le bois sentait bon, donc j'ai fabriqué une rampe pour mon escalier, des tabourets pour les enfants et toutes sortes
de petites choses, si bien que mes moments de loisirs je les passais dans l'atelier. De fil en aiguille, je constatais que j'avais des aptitudes pour faire de la menuiserie, donc à côté de ma
maison je construisis un autre atelier d'une bonne grandeur et, achetais des machines à bois, scie à ruban, scie radiale, dégauchisseuse, raboteuse, etc. Et là, j'ai commencé à faire des
meubles en m'inspirant des meubles traditionnels québécois en pin. Je vous ai joint les photos de mes deux premiers meubles à pointe de diamant sculptée à la main.
Voici le premier tour à bois que Simon a fabriqué dans les années 1976-1977, une machine qui a changé sa
vie
Voici les deux premiers meubles à pointe de diamant sculptée à la main par
Simon
Quelques années plus tard, en 1981, j'avais un ami dont son épouse décida de prendre des cours de dentelle aux fuseaux et
il vint me demander si je voulais faire des fuseaux pour ses cours, il en voulait une centaine ! Il me donna un modèle qui provenait du Puy en Velay en France, ce n'était pas gros, mais je
réussis à lui faire ses cent fuseaux. Par la suite, la dentellière qui donnait des cours vint me rencontrer, elle avait trouvé les fuseaux de son goût et bien sûr me demanda d'en faire pour ses
élèves. Et c'est ainsi que la grande aventure a commencé, fuseaux, instruments, tables, coussins, je mis au point avec l'aide des professeurs de dentelle tout le matériel nécessaire pour
fabriquer de la dentelle, c'était toujours des produits haut de gamme, travaillant des bois locaux et les plus beaux bois exotiques, ébène, bois de rose, palissandre, etc. J'ai ainsi travaillé
des bois en provenance du monde entier.
En 1988, tout mon matériel était connu chez nos voisins du Sud, les États-Unis, et au mois de novembre de la même année,
j'étais invité à une exposition à Chicago, ce fut un succès. En 1989, je retournais à Chicago et fis une autre exposition au New Jersey. En 1990, 1991 Chicago, Détroit et en 1992 à Los Angeles,
par la suite tous les ans au mois d'août, ce fut dans toutes les grandes villes, Seattle, New York, Boston, San Antonio, Détroit, Indianapolis, en 2002, je retournais en Californie à San Diego,
je fis la dernière exposition en 2006 au Colorado à Denver.
L'aventure fut fantastique, je chargeais mon matériel dans une fourgonnette et avec mon épouse nous partions pour trois
semaines, trois jours d'exposition, et le reste pour visiter. Vous savez aux USA, il y a des paysages des plus magnifiques, exemple, le Grand Canyon.
Simon m'a adressé de nombreuses photos de ses périples aux USA lors de ses expositions, j'en ai scanné quelques unes que je vous présente, comme ici le Grand Canyon
Sur la route 66 au Nouveau Mexique à 1500 m d'altitude, à côté de Jackass Junction.
La route 66 nommée Historique, va de Chicago à Los Angeles
En 2002 traversée de l'Utah
Au bord du Grand Canyon, boucle Sud à Grand Canyon village 8h du matin
En 2002, l'Arizona le désert Point, traversée de la forêt pétrifiée parc national, la partie sud du parc renferme la plupart des troncs pétrifiés ainsi que des pétroglyphes amérindiens.
Ici, des morceaux de troncs d'arbre pétrifiés, fossilisés, moi qui suit un amateur de fossiles je suis admiratif.
Je vendais 95% de ce que j'emmenais, donc, le succès était total. Mes fuseaux et coussins se sont vendus sur les cinq
continents. J'ai des clients au Japon, en Australie, dans toute l'Europe, en Amérique du Sud, mes produits sont exposés tous les ans au mois de février à Paris, dans le salon de l'aiguille en
fête, un des plus grands événements de broderie et dentelle en France.
Aujourd'hui, je suis fier, je ne suis pas instituteur, mais je suis récompensé des efforts faits. Vous savez, je crois que
j'ai quand même hérité du caractère et de la ténacité de ceux qu'on appelait les Montagnards, les gens du Pays de Sault.
Je dois avouer que depuis quelque temps, j'ai la nostalgie, mes racines sont à Belcaire et le merveilleux site internet de
Jean-Pierre me fait revivre tous les bons souvenirs de cette belle région.
Cette année j'ai eu 70 ans et mon excellente santé pour le moment me permet de travailler encore et je vous avoue que j'ai
des projets pour au moins 20 ans ... après on verra !! "
Cette histoire n'est pas banale, il suffit parfois de très peu de choses pour changer sa vie et forcer
ainsi son destin.
Bravo Simon et à bientôt pour nous raconter tes projets ...
Simon Toustou vendant les produits de sa fabrication lors d'une exposition à Québec en
1989
Voici les fameux fuseaux en action, que réalise Simon, ainsi que les coussins dont voici un exemple que l'on appelle
"métier à rouleau"
Simon ne se contente pas de fabriquer des fuseaux, il réalise tout l'équipement nécessaire à une dentellière, comme ce coussin, métier à rouleau trois tiroirs.
Voici Simon Toustou et sa femme Lise lors d'une exposition à Ottawa
Réponse de Simon à mes questions lors de nos échanges par mails : les coussins (en France on dit carreaux) sont en fait des métiers pour faire la dentelle, les fuseaux sont les instruments qui servent comme des bobines on enroule du fil sur la partie supérieure, pour réaliser une pièce de dentelle il faut entre 40 et des fois 400 fuseaux dépendant de la technique employée, les fuseaux sont manipules toujours par paires .Tu remarqueras qu'il existe plusieurs formes et grosseurs de fuseaux ceci aussi dépendant de la technique employée. Tous mes modèles de fuseaux sont ma conception, ici on dit ce sont des fuseaux Québécois ou Canadiens fabriqués par un Français,
Voici toute une collection de fuseaux fabriqués par Simon Toustou, il travaille toutes les essences de bois et même l'os,
comme ici où les fuseaux ont été monté avec un mélange d'os d'Orignal et de bois d'ébène ou de bois de rose
Fuseaux en bois collé
Fuseaux mélange de bois et os d'Orignal
Fuseaux en os d'Orignal
Fuseaux en ébène, en bois de rose, et en Cocobolo
Simon Toustou place du marché Joliette à Québec avec la présidente de l'association des dentellières du Québec en
1988
Quand Simon me parla de son métier actuel, la fabrication de fuseaux, je dois dire que je fus
perplexe, de quoi s'agissait-il ? Il m'envoya des photos de ces fuseaux en bois qu'il confectionnait. Je ne voyais toujours pas à quoi cela pouvait servir, depuis je sais que son utilité est
liée à la confection de dentelle ! Je suis complètement ignare dans ce domaine et vous, vous savez comment ça se fait, de la dentelle ?
Pour ne pas mourir idiot, je me suis renseigné, cela vous intéresse dans avoir une description
succincte ? Et bien voici comment naît la dentelle :
Mais comment fait-elle pour s'y retrouver ?? Cela m'a l'air compliqué, je veux bien croire que la confection de la dentelle est un art !
Attention ! je ne parle pas de la dentelle mécanisée
L'art de la
dentelle
Jeune femme travaillant le point d'Irlande de 1910
La dentelle, est un tissu à jours composé, non pas comme les autres tissus, d'une chaîne et d'une trame, mais de points
semblables ou différents formés par des croisements de fils, parfois se succédant, parfois entremêlés, de façon à produire un dessin.
Ce qu'on appelle "point" en dentelles est une figure régulière, dont les contours sont formés par le fil. Ainsi, le point
le plus simple est un triangle et suppose un fil attaché à trois points, ou deux fils dont l'un serait attaché à deux points et l'autre à trois, ou enfin trois fils dont chacun serait attaché à
deux points communs.
Si deux fils, attaché chacun à deux points différents, se croisent, ils forment une croix ; s'ils sont attachés chacun à
trois points, dont deux communs, ils forment un carré.
Et puis, pour mieux faire comprendre cette démonstration, il faudrait la voir réaliser car à décrire ce n'est point
évident.
Pour que ces figures puissent conserver leur forme dans le tissu, il faut que le fil soit attaché à chacun des points
servant de sommets aux angles de la figure. Cela nécessite l'emploi des épingles et force à boucler le point, c'est à dire à faire une sorte de boucle ou de nœud qui maintienne le
fil.
A gauche, une dentellière de Cosne sur Loire en 1950. A droite, une dentellière aussi en 1950
Création de l'école dentellière, présentation de différents motifs, le véritable point d'Alençon
La valeur d'une dentelle se trouve dans l'invention et l'exécution du point. Cela exige une longue pratique et une
connaissance profonde des diverses combinaisons que présente ce tissage spécial. Aussi, la difficulté n'est pas seulement de construire une certaine quantité de figures semblables avec un
nombre donné de fils, sans repasser deux fois un fil sur le même contour, mais de changer la disposition et la forme de ces figures, en conservant le même nombre de fils.
Le métier à dentelles est formé d'une planchette de bois, munie d'un rembourrage très doux, et recouverte d'un morceau de
drap bien tendu ; sur le contour, est enroulé un parchemin présentant une série de trous ou piqûres qui reçoivent successivement les épingles autour desquelles l'ouvrière croise ses fils. Ce
parchemin, avec ses piqûres, représente le dessin qu'il faut suivre.
Ce métier à dentelles comprend encore les fuseaux (comme les fameux fuseaux de Simon Toustou) dont le nombre varie suivant
la largeur de la dentelle et la complexité des points.
Les fuseaux sont en bois lisse et ont trois parties : la poignée, la casse et la tête.
La poignée comme son nom indique l'usage, ressemble à une poire allongée ; sous la partie renflée de cette poignée, le
bois s'évide en forme de bobine, c'est la casse ; enfin, au-dessus de la casse, à l'autre bout du fuseau, vient la tête, qui n'est autre chose qu'une petite rainure circulaire.
Voici encore des échantillons de fuseaux par fabriqués par Simon " le Fuselier " et divers accessoires
pour la confection de la dentelle ci-dessous, tous ces ustensiles sont évidemment réalisés par Simon
Aiguilles de dentellière fabriquées par Simon
Le fil est enroulé sur la casse ; de là, il passe dans la rainure ou tête et va ensuite s'attacher en haut du métier à de
grosses têtes d'épingles fichées exprès pour le recevoir et le soutenir.
L'ouvrière, placée devant son métier, commence par piquer des épingles dans les piqûres indiquées du parchemin. Ces
épingles indiquant les angles de la figure que doit rendre le point serviront, comme il a été dit précédemment, d'attache ou d'appui au fil qui en formera les contours. Cela fait, l'ouvrière
compte ses épingles et sait que par leur nombre combien il lui faut de fuseaux.
Elle plante ensuite une rangée horizontale de grosses épingles en haut du métier, puis charge ces épingles. Pour cela,
elle enroule autour de sa première épingle deux ou trois tours de fil de son fuseau et fait une boucle au quatrième tour, puis elle évide de la casse le fil nécessaire à son travail ; mais pour
empêcher qu'il ne s'en évide trop, elle lui fait deux ou trois tours dans la rainure de la tête ; elle arrête ces tours par une boucle.
Elle laisse alors ce fuseau ainsi suspendu et en place un nouveau de la même manière sur la même épingles ; un troisième,
un quatrième fuseau se succèdent ainsi.
Quand cette épingle est chargée d'autant de fuseaux qu'elle peut en soutenir, l'ouvrière passe à la seconde, à la
troisième, à la quatrième épingle, et ainsi de suite, jusqu'à ce que tous les fuseaux soient employés.
Enfin pour exécuter son travail, la dentellière prend quatre de ses fuseaux dans le tas qui pend à droite, les amène au
milieu du métier, croise les fils, les tord en faisant le point et les rejette à gauche en leur conservant leur ordre, après avoir placé une épingle à chaque point d'appui ; elle prend ensuite
quatre autres fuseaux, leur fait subir le même déplacement, posant ses épingles à tous les points d'appui et ainsi de suite jusqu'à la fin du travail, croisant différemment les fils suivant la
nature des points indiqués.
Les principales sortes de dentelles sont le point d'Alençon, le point d'Angleterre ou de Bruxelles, la dentelle de
Malines, la dentelle de Lille et la Valenciennes.
Ces cinq types de dentelles sont toujours faites à la main, mais il existe aussi des métiers à dentelles. Les dentelles
dites de Chantilly, sont fabriquées mécaniquement comme beaucoup aujourd'hui. La dentelle réalisée à la main est un passe temps et une passion.
Pour bien comprendre la fabrication d'une dentelle à la main, il faut l'avoir vu de vos
yeux et si vous voulez vous lancer il faut, à mon avis, prendre des cours.
Je vais maintenant vous proposer toute une série de photos anciennes et elles seront suivies de photos montrant d'autres réalisations de Simon Toustou " le fuselier "
dentelle du Puy en Velay de 1910
Atelier en plein air de dentelle en Bretagne, la Guipure d'Irlande à Plouhinec en 1920
A gauche, dentellières du Puy en Velay en 1910. A droite, même période 1910, dentellières Normandes
école de dentelle de Coppet (Suisse) en 1910
dentelle du Puy en Velay en 1910
A gauche, dentelle du Puy en Velay en 1910. A droite, motifs de dentelle de Retournac (Haute Loire)
Dentelle d'Argentan, mouchoir au point d'Alençon en 1910
Dentellières en train de travailler dans les années 1900
Exposition des petites industries rurales de dentelle en mars 1908
Dentellières en Belgique à Bruges en 1965
Dentellières en
Belgique à Bruges en 1965
Gants en dentelle
Carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle à la main à Puy en
Velay
Carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle à la main à Bruges en
Belgique
Gros plan sur le carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle aux
fuseaux
Gros plan sur le carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle à la
main (Haute Loire)
Jeune fille avec son carreau de dentellière permettant la fabrication de la dentelle aux
fuseaux ici à Bruges (Belgique)
Coffret en palissandre contenant des aiguilles et crochets divers fabriqué par Simon
Simon réalise ces coffrets dans des essences de bois noble
Instruments réalisés en ébène, en bois de rose, bois de violette et parfois en ivoire
Coffret en palissandre réalisé par Simon
Porte fuseaux en érable pixie (érable du japon), en bois de Bocote et en palissandre des Indes
Marchepied pour la dentellière fabriqué par Simon
A gauche, table dentellière réalisée par Simon en érable pixie (érable du japon). A droite table en cerisier.
Très belles réalisations, bravo !!
cliquez sur les photos pour agrandir
A gauche, fourches courtes moyennes longues et diviseurs. A droite, gabarits de dentelle en noyer foncé et en érable (cliquez sur les photos pour agrandir)
Crochets et aiguilles divers tournés dans de l'os d'Orignal (réalisation Simon Toustou)
Voici encore différents modèles de fuseaux fabriqués par Simon
Métier de dentellière ou coussin ou carreaux à trois tiroirs que l'on nomme aussi carreau
Tous ces modèles sont réalisés par Simon Toustou (cliquez sur les photos pour agrandir)
A gauche table de dentellière en merisier. A droite, table en érable
Table de dentellière en noyer (cliquez sur les photos pour agrandir)
Table de dentellière pliable et portable fabriquée en noyer
1er février 2012, suite à la diffusion de cet article Marie-Claude (qui c'est déjà manifestée sur ce site) m'a adressé un courriel destiné à Simon. Je vous livre un extrait du texte qui concerne le sujet abordé ici.
Marie-Claude nous dit ceci :
" On a longtemps cru que ce savoir faire de la dentelle aux fuseaux aurait été apporté par les réfugiés
huguenots. Il semble que cet apport ait résidé surtout dans le type de dentelle. L’âge d’or de la dentelle se situa entre1750 et 1825. Cela s’est répandu et concentré dans les Montagnes
et le Val-de-Travers, où ce travail occupa toutes les familles pendant plus d’un siècle. Le quart de la population y était occupé. Aux Ponts-de-Martel, il était peu de femmes qui ne
fussent occupées au coussin. Le nombre de dentellières augmenta jusqu’en 1817 puis baissa quand la dentelle mécanique concurrença la dentelle aux fuseaux.
En 1842, lors du séjour du roi de Prusse dans la principauté, les pensionnaires de l’asile des Billodes, au Locle, qui
avaient toutes appris la dentelle, offrirent à la reine un voile de dentelle.
L’apprentissage commençait très tôt dès l’âge de 4 ou 5 ans. Une mère, une grand-mère, une tante… apprenaient aux
enfants à « coussegnotter ». Le « coussegnet » était le nom familier donné au coussin recouvert de tissu vert, qui servait au support du piqué, sur lequel se déplaçait l’ouvrage au fur et à
mesure de la danse agile des doigts avec les fuseaux et les épingles. Cette activité n’était pas exclusivement féminine. Souvent, les piqués étaient réalisés par les hommes, tout
comme les bobinoirs montés avec des rouages de pendule. Cette précision, cette minutie, avaient besoin d’un éclairage particulier comme pour l’horlogerie. Le jour, lumière oblige,
la place privilégiée était devant la fenêtre. A la nuit tombée, le travail pouvait se poursuivre grâce à un ingénieux système : le globe ou globier. Des globes remplis d’eau bien pure
étaient placés sur des supports entre une source lumineuse, simple chandelle ou lampe à huile, et le coussin. Ils jouaient le rôle de loupe en multipliant l’intensité de la lumière sur le plan
de travail. On répartissait autant de globes que de dentellières, en formant un cercle autour de la source de lumière. Cercle qui pouvait être répété si le nombre de personnes
l’exigeait.
Voici une photo de l'ingénieux système dont parle Marie-Claude ci-dessus
Les points avaient les jolis noms de la neige, le point de la vierge, le point à la rose, le point d'esprit … Une
mignonnette était une dentelle étroite, les dents-de-loups avaient un large bord dentelé. Une dentelle de soie blanche ou noire devenait une blonde.
Si les veillées s’accompagnaient de chants et de causeries, il serait utopique de faire de ces moments le tableau
idéal que des passéistes voient parfois dans l’autrefois. Les gains étaient faibles : il fallait se tenir longtemps à la tâche pour gagner peu. Celles qui avaient talent et dextérité
gagnaient plus que les autres.
Toute cette production dépassait les besoins de la principauté. Elle se trouvait commercialisée par des réseaux
d’intermédiaires et négociants habiles qui assuraient l’exportation et la vente. Pour vendre et se faire connaître, il fallait se déplacer et montrer des cartes d’échantillons pour
essayer de répondre au goût et à la demande de la clientèle. La foire de Beaucaire, ( Non ! Pas Belcaire…) qui se tenait chaque année dans le sud de la France, était incontournable. Il ne
fallait pas manquer non plus celle de Francfort ou de Leipzig.…"
Voilà encore un beau reportage qui sort des sentiers battus, j'espère qu'il vous aura intéressé, et si vous désirez poser des questions à Simon n'hésitez pas à m'écrire à l'adresse email ci-dessous je lui transmettrai avec plaisir, ou, laissez tout simplement un commentaire, pour cela cliquez en bas de l'article sur "Ecrire un Commentaire".
J'en profite pour saluer les nombreux Canadiens francophones et Québécois en particulier qui parcourent avec intérêt les pages de mon site.
Et pour ceux que la dentelle aux fuseaux passionnent (car je reçois beaucoup de demandes) voici de la part de Simon deux infos :
1 - Guilde des Dentellières et des Brodeuses e-mail :
gravelc@videotron.ca
2 - Le site de l'Association des Dentellières du Quebec :
www.dentellieresquebec.com
Avant de vous quitter et pour ceux que cela intéresse, j'ai un petit cadeau à vous faire, je vous offre en téléchargement un ouvrage qui date de 1879 avec 112 illustrations, qui s'intitule "Traité de la Dentelle au Fuseau" écrit par Louise d'Alq à télécharger au format pdf et à sauvegarder sur votre disque dur en cliquant ICI ; à bientôt pour de nouvelles aventures ...
" La
dentellière " toile datant de 1669 de Johannes Vermeer, j'adore les peintres
hollandais
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Vous désirez participer et me proposer des articles avec ou sans photo. Ce site c'est aussi le vôtre, utilisez cette opportunité. C'est l'occasion, peut être pour des enfants d'effectuer un travail de groupe dans une classe d'école primaire. Par exemple, vous voulez "parler" et faire découvrir votre village audois, comment faire ? C'est simple, ce n'est pas compliqué, il suffit de taper votre article au format word ou avec tout autre logiciel de traitement de texte, d'y incorporer vos dessins, photos ou de me les envoyer à part, je me charge du montage sur le site ... Et, s'il vous vient tout simplement une idée de sujet que vous voudriez voir diffuser sur ce site, pourquoi pas, sautez le pas, voici mon adresse email pour me joindre :
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Il se passe toujours quelque chose sur ce site qui vous surprendra et vous intéressera. Pour ne pas rater la publication des reportages, c'est simple, suivez le conseil indiqué ci-dessous :
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Aprés le superbe reportage consacré à l'expatrié Belcairois Simon Toustou, voici un autre témoignage chargé d'émotion comme on aimerait en voir plus souvent. Qui n'a jamais eu la nostalgie des montagnes, de sa région natale, de bons moments qui ont émaillé votre vie ?
L'authenticité du Pays de Sault est bien là, et il resurgit encore et toujours au travers d'enfants du pays, leurs nostalgies des bons moments vécus dans leur enfance réapparaissent sans cesse, cela fait partie de leur identité qui est gravé dans leur mémoire à jamais. C'est cette authenticité qu'Éliane Cazelles Pibouleu m'a confié par mail en 2011, elle a osé témoigner de la vie à la ferme sur le plateau de Sault où des noms de lieu chantent comme en Provence. Vous en doutez ? J'en ai la preuve, carte à l'appui.
Des noms comme Escoumeilles, la Bénague, l'Arrémassadou, la Rouquette, le Tatou,
l'Aychize, le Sarrat d'Oungan, la métairie des Arbres, rien que ce dernier nom poétique, exhale de légèreté ... vous venez de pénétrer dans un autre monde où les noms chantent au PAYS DE SAULT
!
Voici, pour ceux qui vont atterrir directement sur cette page web, l'endroit où se situe le PAYS DE SAULT, région à l'Ouest du département de l'Aude
On se rapproche un peu du plateau de Sault, secteur agricole, pour vous situer le récit d'Éliane
Voici la preuve, où les noms chantent au Pays de Sault
Éliane a vécu à la ferme des Escoumeilles avec ses parents (les Coumeilles sur la carte)
située sur la Plateau de Sault. Toutes ces fermes sont implantées à la limite de l'Ariège, le long de la route qui va du Chemin de Croix des 4 Chemins à Roquefeuil à
Bélesta-Lavelanet.
Elle m'a confié ses moments de nostalgie, plein de sincérité, tous ses souvenirs sont
accompagnés avec ses photos d'époque qu'elle a gardé précieusement. Soyez indulgent pour la qualité des photos scannées, elles datent des années 1960-70.
Les textes ont été rédigés par Éliane, que je remercie pour ces moments d'émotions qui
vous rappellerons bien des souvenirs de votre jeunesse.
En haut, la ferme Les Coumeilles où Éliane vécue sa jeunesse, et en bas l'Arrémassadou où se situait son école primaire dont il sera question ci-après
Éliane Cazelles Pibouleu (dite Lily) a eu cette idée, mais elle a hésité avant de m'écrire, elle
pensait que cela allait être, peut être redondant, car j'avais déjà abordé les sujets concernant l'agriculture au Pays de Sault. Elle prit malgré tout la plume pour coucher ses souvenirs en
toute simplicité sur le papier et elle me contacta en me proposant d'apporter son témoignage, d'une période de sa vie dans ce monde agricole de moyenne montagne au Pays de Sault qui lui est
très chère. On reste touché par le côté nostalgique en lisant le texte proposé par Éliane, que je vous laisse découvrir (n'hésitez pas à laisser un commentaire pour Éliane en bas de l'article)
:
Photo des années 1960, la ferme "des Escoumeilles" au Pays de Sault avec une vue sur l'Ourtiset 1934m, le pic de Bentaillote 1965m et Picaucel 2027m
Cette zone agricole que l'on appelle le plateau de Sault est à une altitude moyenne de 1000m.
Au fond à droite, on aperçoit le pic des Sarrasis 1182m près de Belcaire la capitale du Pays de Sault
La ferme "des Escoumeilles" au Pays de Sault en 1955
" LES ESCOUMEILLES, la ferme avec un point de vue sur l'Ourtiset et on voit sur une photo au fond l'école de
l'Arrémassadou où j'ai fait mon école primaire avec madame Médus, une institutrice formidable qui arrivait tôt le matin pour nous allumer le poêle pour nous réchauffer l'hiver et surtout faire
chauffer nos repas du midi.
Les Escoumeilles petites (1 famille) et grandes (2 familles) comme le Sarrat , le Tatou, La Roquette, La Benague,
l'Arrémassadou font parties de la mairie de Roquefeuil alors que la Métairies des Arbres appartient à la commune d'Espezel.
J'ai fait le repas de mon mariage à l'hôtel Bayle sous la neige en avril.
Le vétérinaire qui soignait les vaches était Mr Pelofy de Belcaire(je me rappelle de sa première césarienne sur une vache
de mon père il y a ....
Mr Gras, le boucher de Belcaire achetait vers 1985 les vaches à mon père.
Mon papa se prénommait Jean-Baptiste Pibouleu, mais on l'appelait Baptistin car il était de coutume de donner des surnoms au plateau de Sault, qui parfois n'étaient pas très sympathiques, mais qui représentaient quelque chose ; je rappelle quelques surnoms comme : Lou moustachou, Lou bourrut, la couennne !!!..... Lou Poulet.
La radio Montaillou a été crée par Mr Clergue, un cousin et maire de ce village à l'époque.
Est-ce Guy Clergue sur une photo de votre site, alors nous sommes cousins ?
Je connais très très bien la route Belcaire-Ax les Thermes car nous avions et avons de la famille dans ces coins : Ax les
Thermes, Axiat, Luzenac (le talc) ...
Je connais aussi tous ces mignons villages aux alentours de Belcaire et Roquefeuil comme Camurac, Comus, Montaillou,
Espezel, Joucou, Puivert, Belvis ... puisque nous y allions aux fêtes du village et on s'y amusait bien, c'était le bon temps, nous étions jeunes !!!
J'ai fait 4 ans au C.E.G de Quillan interne et puis je suis allée à Carcassonne interne 3 ans où j'ai passé mon bac, je
connais trop bien cette route sinueuse que je prenais avec un vieux car.
Photo des années 1970, voici la petite route en quittant la ferme, que prenait Éliane pour aller à l'école de l'Arrémassadou près de Roquefeuil.
C'est me semble t'il, le pic de Tarbésou 2364m que l'on voit encore enneigé au fond à
droite
La ferme "des Escoumeilles" au Pays de Sault en 1970, au fond à gauche, on aperçoit la métairie du Sarrat et la ferme du Tatou
Une vue aérienne de la ferme des Escoumeilles au Pays de Sault
Vous comprenez pourquoi j'adore votre site, je suis nostalgique, je redécouvre d'adorables endroits où j'ai passé
d'agréables moments avec des souvenirs précieux, je suis parfois en extase. Aussi je relis souvent vos articles en particulier quand je suis triste, une véritable thérapie, pourquoi ne pas
écrire un livre avec tous vos articles.
Jean Baptiste Pibouleu dit Baptistin, le papa d'Éliane dans l'étable de la ferme des Escoumeilles
L'ÉTABLE de mon pauvre papa qui était si fier quand il y avait des naissances des veaux.
Dans l'étable de la ferme des Escoumeilles les veaux sont nés faisant la fierté de Baptistin le papa d'Éliane (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
Éliane et son papa Baptistin devant l'entrée de l'étable de la ferme des Escoumeilles
Un petit veau qui découvre la neige, je me rappelle que papa se levait la nuit pour enlever la neige des toits avant qu'ils ne s'écroulent et le matin quand il ouvrait l'étable, c'était un mur blanc. Nous allions à l'école en ski, ainsi qu'aux courses. On avait qu'une seule cheminée comme chauffage et le soir papa mettait le "moine" au lit rempli de braises pour chauffer les draps.
Baptistin préparant la pâte à pain
LE PAIN : mon pauvre père a voulu nous refaire vivre comment il faisait la pain autrefois. Il a allumé durant 4 jours le four. La veille il a préparé la pâte à pain dans une maie puis après avoir mis les pâtons dans des paillassous, il leur a fait faire la sieste sous un édredon (un plumoun !!!) et avant l'enfournage, ils ont triplé, quelle magie. Après avoir enlevé les cendres du four avec un balai en buis, puis enfournage avec une pelle en bois. On admire, à travers la trappe les pains qui gonflent, qui cuisent et se dorent durant 2heures. Quelle beauté. Et derniers instants, on désenfourne et derniers soins, on enlève quelques cendres sur ces véritables chapeaux qui ressemblent à des cèpes. Quel régal visuel et on dégustait.
Préparation du four qu'il faut faire monter en température plusieurs heures avant de commencer la cuisson des pains (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
La pâte à pain a levé, ils sont fin prêts, la cuisson va pouvoir commencer
Baptistin enfourne les pains dans le four où l'on voit l'intérieur ici sur la photo de droite (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
L'intérieur de l'énorme four à pain de la ferme des Escoumeilles
Le mari d'Éliane, Alain qui sort le pain du four
On retire les quelques cendres sous les pains qui sont de véritables chapeaux de cèpes
LES FOUGASSES : Une tradition locale, pour la fête de la Saint Martin à Roquefeuil le 11 novembre, il était une tradition
de faire ces délicieuses galettes qu'on mangeait jusqu'en février (sans conservateur et sans date limite de consommation !!!). On faisait la pâte comme le pain, on pétrissait tous les
ingrédients, ensuite on faisait des ronds bien circulaires sur du papier sulfurisé beurré, (voir les photos ci-après) on badigeonnait au jaune d'œufs avec une plume d'oie, on saupoudrait de
sucre et au four. Quelle splendeur. Qui était le roi !! BRAVO à mon Cher papa Boulanger-Pâtissier disparu en 2002.
Baptistin est passé dans l'art de préparer la pâte à pain ou pour confectionner les Fougasses, à la ferme il faut avoir de nombreux talents
Préparation et mise en forme des Fougasses, sur du papier sulfurisé beurré
L'intérieur du four à pain avec les Fougasses qui commencent à gonfler
Les Fougasses sont prêtes à être mangées. Photo de droite, notre cher père (un saint) où il rigole car on couronne le roi (mon papa Baptistin), les autres personnes sont des amis avec mon frère Jean-Paul (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
LES OREILLETTES : Une spécialité du Pays de Sault, ces gâteaux délicieux étaient le dessert au moment de la fête du cochon : après avoir préparé la pâte et laisser reposer une demi-journée, on étire la pâte en farinant la table. On découpe en petit carrés très très minces le temps que le patron prépare le feu. Dans la poêle, sur le trépied, l'huile est bouillante, à l'aide d'une fourche en bois on tourne et retourne l'oreillette, attention qu'elle ne brûle pas, mais il faisait chaud. Les plus gourmands sucrent les oreillettes qui sont dans une corbeille (une desque !!).
Préparation de la pâte pour confectionner les fameuses oreillettes du Pays de Sault, Marie la maman d'Éliane que l'on surnomme Catinou et son papa Baptistin
Baptistin teste la première cuisson des oreillettes
La cuisson des oreillettes s'effectue dans une poële placée sur un trépied dans la cheminée de la ferme
La cuisson des oreillettes que maîtrisait Baptistin demande une surveillance constante
Un gourmand se sert d'oreillettes sucrées sans plus attendre
LA MAÎTRESSE DE L'ÉCOLE DE L'ARRÉMASSADOU qui a été fidèle au poste malgré les intempéries, Madame Médus une femme
exceptionnelle au grand cœur et qui adorait son métier. Madame Médus mon institutrice habitait Belcaire en dessus des scieries.
Une photo de classe où sont présents : Maryse
Toustou de la Roquette, Pierrette Delpech du Sarrat, Elie Maugard du Tatou, Jean-Pierre Pibouleu de La Benague, Serge Garros du Tatou, Alain Garros du Tatou (cousin), Eliane Pibouleu des
Escoumeilles, Simone Lapasset de La Benague, André Maugard de la Métairies des Arbres, Arlette Sarda de la Métairie des Arbres, Anny Lagarde de la Benague, Pauline Toustou de la Roquette,
Jean-Paul Pibouleu des Escoumeilles, Christian Delpech du Sarrat. Tout ce petit monde allait à pied à l'école par tout les temps, prenait la gamelle et mangeait sur place. Nous n'avions pas
besoin de classe verte car notre chère maîtresse savait très bien nous donner des cours malgré les différentes classes du C.P au C.M2 et les différents âges. C'était génial et on aimait aller
en classe.
Voici une de mes rédactions avec l'écriture de ma maîtresse Mme Médus lorsque j'allais à l'école primaire de l'Arrémassadou. Cette rédaction où je raconte la cueillette des pommes de terre, autre ressource de la ferme, en fait on achetait peu de choses.
Madame Médus Agnés mon institutrice et moi en communiante en 1964
Il en fallait de la force et mon papa était courageux
LES TRAVAUX DES CHAMPS : Autrefois l'herbe séchée était transportée dans des "bourras" sur les épaules, ensuite les vaches
étaient jointes et portaient une muselière pour ne pas manger de l'herbe et munies d'un petit "rideau" pour ne pas que les taons les piquent car sinon la charrette était
renversée.
Les vaches étaient dressées à travailler par 2 et c'était tout un art, il fallait des heures d'entraînement et il fallait
en plus avoir une paire de vaches en secours, car pendant les grosses chaleurs on les faisait travailler à tour de rôle. Elles servaient à labourer, à tirer du bois dans les forêts, de
chasse-neige, d'ambulance !! Et oui enfin c'étaient de véritables camions, de gros tracteurs qui circulaient sans essence et carte grise !!!!
Au Pays de Sault, au XIXème siècle il y avait environ 5000 bovins, mais ceux-ci n'étaient destinés à l'élevage, autrement dit à la production de viande, mais sont bel et bien des moyens de traction.
A cette époque-là, posséder un bel attelage, équivalait à avoir un beau tracteur de nos jours.
Ne croyez pas que le chargement soit une chose si facile qu'il n'y paraît ; l'herbe devait être roulée à la fourche et agencée correctement.
Il ne fallait pas que la charrette soit déséquilibrée.
photo souvenir d'Éliane et les vaches de la ferme des Escoumeilles
Les journées étaient bien remplies, il y avait toujours quelque chose faire, tout n'était pas rose, mais il y avait de bons moments que je n'oublierai jamais.
LA FENAISON : Avant la faucheuse qui fut une véritable révolution pour les bras de mon pauvre papa, il fauchait l'herbe à la faux et tous les recoins étaient rasés. Quand l'herbe était sèche, on la chargeait sur les charrettes en faisant bien les coins pour en mettre au maximum et surtout qu'elle ne tombe pas. Cette récolte était stockée dans les granges pour nourrir les vaches l'hiver et nous les enfants on nous faisait piétiner cette herbe pour en mettre au maximum, mais quelle poussière.
Quand vint la faucheuse, avant la guerre de 14, vint aussi le râteau mécanique. Longtemps
la faux servit à faire les foins et elle resta indispensable dans les terrains très en pente, tant qu'ils furent cultivés !
En août après la moisson, il faut rentrer les gerbes sous "le couvert" ou le hangar
La charrette de foin chargée au maximum, il n'y avait pas encore de tracteur à la ferme en 1968
LE BATTAGE : Une fois les gerbes de blé et d'avoine stockées dans un hangar une grosse batteuse tirée par un tracteur
arrivait dans un bruit infernal. C'était la fête car tous les voisins arrivaient pour aider à tour de rôle dans les métairies. On faisait passer les gerbes sur la machine, une personne enlevait
la ficelle de chaque gerbe rapidement et la jetait dans "l'avaloir". D''un côté sortait les grosses balles de paille et de l'autre le grain qui était aussitôt mis en sacs de 100kg après avoir
surveillé la qualité du grain qui partait souvent à la minoterie d'Espezel pour la farine, le reste servait à élever de la volaille. Ensuite il y avait un grand repas autour d'une poule au pot
et on repartait le lendemain dans une autre ferme. C'était épuisant surtout avec la chaleur, la poussière, le bruit... mais on était heureux, on faisait de nombreuses "farces". Quelle joie et
quel bonheur à cette époque, j'en ai de très bons souvenirs.
La batteuse fonctionnait grâce au tracteur avec une transmission par courroie. Les premières batteuses firent leurs apparitions au Pays de Sault après 1930.
Le battage se faisait grâce à une entraide mutuelle, réunissant quinze à vingt hommes du voisinage
On voit ici la transmission du mouvement par courroie à la batteuse
Le travail du battage était pénible parfois quatorze heures dans des conditions très dures
Mais avant la mécanisation le battage se faisait grâce à un "manège" ancêtre de la batteuse, il y avait un jeu d'engrenages et d'arbres qui était entraîné par des vaches qui tournaient autour d'un axe central.
LA FÊTE DU COCHON : c'était un grand événement durant une bonne semaine, on était fortement occupé. Il fallait les courses
pour acheter le poivre, le sel .... On faisait les oreillettes, on préparait le matériel, on nettoyait la maie, on aiguisait les couteaux. Le jour J, tous les hommes des Métairies arrivaient
après avoir donné manger aux vaches. On attrapait le cochon avec une corde dans l'enclos après avoir été nourri durant un an et il y avait un tueur attiré car il fallait être doué. On
recueillait le sang pour faire du bon boudin qu'on remuait aussitôt pour ne pas qu'il coagule. Avec de l'eau bouillante on mettait le cochon mort dans la maie et à l'aide de chaînes et de
racloirs on pèle le cochon. Une fois bien nettoyé il est pendu 24h enfin que la viande s'attendrisse après avoir été vidé de ses entrailles. Les femmes nettoyaient les tripes qui seront
utilisées pour les boudins, saucissons, on vérifiait si elles n'étaient pas percées en soufflant dedans. Vers 13h, il y avait un grand repas bien mérité. Ces cochons pouvaient atteindre 300 Kg
et en général on tuait 2 cochons par famille et par an pour la provision annuelle. Cette fête durait tous les week-ends de décembre à février puisqu'on tuait les cochons dans chaque ferme à
tour de rôle. On n'avait pas la télé mais c'était beaucoup mieux.
En fin de soirée on faisait les boudins qui cuisaient dans la grosse marmite où papa avait préparé un très bon court
bouillon. Le soir on dégustait ce délicieux boudin grillé, ensuite il y avait les fameuses parties de belote ou bourrées.
Le lendemain on découpait le cochon et on préparait les jambons qui étaient salés, puis mis au repos 15 jours sur une
planche et ensuite pendu dans une pièce fraîche et aérée. On hachait la viande pour faire des saucissons, de la saucisse, des pâtés.
Ces quatre photos datent de la fête du cochon à la ferme en 1978, ici on voit le tueur attitré de dos Jacky Maugard, fallait la tenir la bête !
Le soir auprès du feu, pour ne pas que le sang coagule on faisait les boudins avant de les faire cuire dans le succulent court bouillon que papa avait préparé dans l'après-midi
Le lendemain on préparait la chair à saucisse ou saucissons, on pesait le sel et le poivre et on faisait de très beaux saucissons et saucisses qui allaient sécher à l'air libre environ 2 bons mois.
Au centre en bout de table, c'est Irène Maugard l'épouse de Jacky qui tue le cochon, s'était une femme dynamique qui était toujours présente tous les week-ends pour aider les familles à ces travaux un peu particuliers, d'ailleurs c'est elle qui est aussi à la fête des moissons et je l'ai d'ailleurs retrouvé dans un de vos articles sur le site. Le cochon c'est l'affaire des femmes, mais au moment de le tuer, hommes et enfants, amis et voisins accouraient pour faire la fête.
Tout était utilisé dans le cochon, rien n'était perdu sauf les ongles !!!! Même la tête était cuisinée puisqu'on faisait
un délicieux pâté de tête.
Enfin on n'oubliait surtout pas le "présent": on donnait un morceau de cochon, du boudin au facteur, à la maîtresse, au
curé et aux gens âgés.
Voilà Jean-Pierre, je trouve votre site génial."'
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Tous mes remerciements à Éliane Cazelles Pibouleu pour avoir fait revivre ses quelques souvenirs à la ferme des Escoumeilles et de me les avoir confiés pour monter ce reportage.
Je vais rajouter quelques infos complémentaires avec l'aide d'Éliane et si vous même, avez des anecdotes, écrivez moi :
La fougasse ou la fouace est une des plus anciennes pâtisseries française occitane.
La fougasse Pays de Sault est en quelque sorte un pain provençal. Le nom trouve son origine dans le latin panis
focacius, un pain plat cuit sur un foyer ou sous les cendres d'un feu. Il existe une extrême diversité de fougasses, chaque région, ville ou même chaque famille ayant sa propre recette. En
général les fougasses sont salées, elles peuvent être agrémentées de divers ingrédients (olives, lardons, anchois, fromages) qui peuvent être soit mélangés à la préparation soit déposés à la
surface du pain avant cuisson. Mais on trouve aussi la fougasse sucrée comme celle d'Éliane présentée ici, et la fougassette qui est légèrement briochée et aromatisée à la fleur
d'oranger.
En Provence, elle fait parfois partie des 13 desserts de Noël.
L'oreillette, est une pâtisserie traditionnelle occitane que l'on déguste entre le jour de l'an et Pâques. Mais son pic de
consommation est le mardi gras. Elle paraît aussi sur la table lors des fêtes familiales. C'est une pâte frite à l'huile d'olive et parfumée parfois à la fleur d'oranger. Très mince, légère et
craquante, elle se consomme recouverte de sucre glace. Elle est connue sous des noms différents.
Éliane me confie encore ceci :
" A la métairie du Tatou juste à côté de celle des Escoumeilles, il y avait 2 familles : la famille Garros Lucien (décédé
dans les années 1990) et Lucienne et la famille Maugard qui occupait la métairie bien avant 1920. Après 1921 Georges Maugard et Lise avait repris la suite, ils étaient des travailleurs
infatigables comme tous les exploitants du plateau de Sault où la vie est rude. Georges a un accident en forêt, mal soigné, il décédera en 1930 laissant Lise seule avec ses quatre enfants
(François, Émile, Pauline et Louis), mais elle tint bon et continua à s'occuper de la ferme. Lise Maugard est décédée dans les années 1995 elle avait plus de 92 ans, une véritable commandante
car ma tante Rosa (décédée en 2005) qui était une sœur à mon papa était mariée avec son fils aîné François Maugard (décédé en 2002). Ils eurent 3 enfants, mes cousins : Elie, Roger et
François.
Ma tante Rosa a beaucoup galéré dans sa vie car Lise sa belle-mère ne l'aimait pas, elle dormait la pauvre dans de la
paille. A la naissance de son 3ème fils, Lise Maugard le lui a enlevé pour le donner à une se ses filles ! Ma tante Rosa a travaillé comme un esclave, la pauvre, et mon papa en cachette lui
apportait des bonbons, des gâteaux et des vêtements.
Au Sarrat dernière ferme de la route qui mène aux Escoumeilles, il y avait 2 familles Delpech.
Lise Maugard entre 1945 et 1950 (cliquez sur la
photo pour l'agrandir)
La famille Maugard de la métairie du Tatou en 1950, aux champs sur le plateau de Sault, avec à gauche, Lise Maugard et ses deux frères Émile et Louis ; à droite François Maugard (né en 1922) fils de Lise et Oncle d'Éliane.
En arrière plan c'est la métairie du Sarrat que l'on aperçoit.
Aux Escoumeilles il y avait les "petites" Escoumeilles à gauche sur une photo où vivait Henriette Toustou (décédée en
1976) et son fils Toustou Julien (décédé dans les années 1984) qui avait épousé Toustou Marie(décédée dans les années 1994) mais ils n'eurent pas d'enfants.
Les "grandes "Escoumeilles là où je suis née, il y avait donc mon papa qui a été orphelin jeune et qui a élevé 3 sœurs
durant la guerre : Marinette(mariée qui a vécu à Axiat en Ariège et a eu une fille et est décédée en 1982), Rosa et Marguerite qui a été fille mère à l'âge de 15ans, d'une fille Andrée car à
cette époque c'était une honte (elle s'est mariée par la suite et a eu 3 autres garçons : Roger, Bernard et Denis).Quand mon pauvre papa s'est marié en 1952 ma mère a expulsé ma tante
Marguerite et sa fille. Papa en a beaucoup souffert toute sa vie, car il était un véritable protecteur.
Juste à côté de ma ferme, habitait une grand-mère qu'on appelait tata Marguerite Pibouleu qui était toute voutée mais elle
nous gâtait beaucoup, parfois elle nous gardait avec mon frère et à Noël nous avions droit à la barre de chocolat, 4 gâteaux et la clémentine, c'était un festin.
Un dénommé Justin Pibouleu, le chantre de l'église de Roquefeuil était de la famille lointaine à mon papa car il y a
beaucoup de Pibouleu, Maugard, Toustou, Delpech sur le Plateau du Sault. "
Eliane m'a offert l'occasion par ses témoignages, d'entrouvrir la porte du plateau de
Sault, cette plaine située à 1000 mètres d'altitude ceinturée de montagnes pyrénéennes.
Le Pays de Sault comme bien des régions un peu enclavées et excentrées, a vu disparaître une paysannerie vouée à une économie de subsistance face à la conquête d'une société dédiée au progrès et au profit. A force de vouloir créer toujours plus de richesse, d'amasser toujours plus d'argent, l'homme a perdu son âme ! La vie continue, mais il est bon de se retourner sur cette vie passée, afin peut être de corriger ses erreurs où du moins de préserver ce qui peut être sauvegardé, car l'homme ne peut s'empêcher de regarder avec une certaine tendresse son enfance et les souvenirs qui s'y rattachent. Il se rappelle ces périodes où la vie lui était facile, en faisant abstraction des mauvais souvenirs. Le Pays de Sault avec ses paysages magnifiques où les hommes ont laissé leur empreinte, où la forêt reprend petit à petit ses droits, où, même l'Union Européenne trouve judicieux de réintroduire des prédateurs ; ce Pays de Sault continuera cependant à vivre tant que quelques personnes pourront en faire réveiller la mémoire. Plutôt qu'un long discourt voici quelques photos magnifiques du plateau de Sault proche de Roquefeuil, Espezel et Belvis.
" L'écriture n'est pas une fin en soi, elle est la nostalgie d'un ravissement. " citation de Yasmina Reza née en 1959
Traversée du plateau de Sault par la D29 en direction de Rocquefeuil
Ces bovins ne sont ils pas heureux sur le plateau de Sault, n'est ce mieux que de la farine animale ?
Une superbe vue du plateau de Sault prise plein Sud des hauteurs de Belvis, Belcaire se situe tout au fond à droite.
Le plateau de Sault
Ciel d'orage sur le plateau de Sault
Le plateau de Sault vu de la D613 après une pluie, près d'Espezel
Le plateau de Sault au petit matin, la brume se lève sur un autre monde !
Une belle photo d'un lever de soleil sur le plateau de Sault
Le plateau de Sault est traversé de
part en part par le sentier Cathare qui vous emmène à la forteresse de Montségur et Foix ensuite, (voir le carte au début)
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L'abbaye de Saint-Hilaire se trouve dans le village du même nom. Saint-Hilaire d'Aude est à 17 km au Sud de Carcassonne et proche de Limoux, en 22 minutes vous y êtes.
Saint-Hilaire pôle touristique majeur entre Carcassonne et Limoux !! C'est l'antique abbaye des premiers bénédictins, dont la riche iconographie est pleine d'enseignement. Elle est située aux confins de cette sévère région des Corbières qui a servi si longtemps de frontière indécise.
Au Pays du Carcassès, Saint-Hilaire d'Aude (occitan : Sant Ilari) chef lieu de canton de 699 âmes, il est le village le plus peuplé de la vallée du Lauquet.
De Limoux vous vous rendez à Saint-Hilaire par la D104 il y a 12 km, entres parenthèses il y a une coopérative où se vend le vin de la région à l'entrée du village
C'est au Sud de Carcassonne, dans la vallée du Lauquet, que se trouve l'abbaye de Saint-Hilaire, elle domine le village du même nom. Le territoire environnant est en grande partie occupé par la forêt domaniale de Crausse-Rabassié, la rivière du Lauquet traverse le village Saint-Hilaire d'Aude.
Aux environs de Limoux, au détour d'une petite route, l'authenticité de l'Aude peut vous apparaître aussi sous cette forme ! Soyez prudent sur les petites routes de l'Aude, prenez votre temps.
Je me suis arrêté, et je n'ai pas pu résister à la tentation de prendre de belles photos de ces biquettes en liberté totale, ce n'est pas les animaux du Kruger, mais c'est beau quand même !
L'église de l'abbaye de Saint-Hilaire émerge des toitures du bourg
Petite mise au point, néanmoins intéressante à savoir. Tout d'abord voyons comment la religion s'est implantée en Aude. Les Pays d'Aude sont une ancienne terre de christianisme, même s'ils n'accueillent cette religion que tardivement, dans la seconde moitié du IIIème siècle. L'Aude d'aujourd'hui est au cœur d'une religion appelée d'abord la Narbonnaise puis la Septimanie. La civilisation gallo-romaine s'y était épanouie, ouvertes à de multiples influences culturelles et religieuses. Les premières communautés chrétiennes se fixèrent à Narbonne, et oui, à l'époque elle était la principale métropole de cette partie du bassin méditerranéen. La chrétienté envahit progressivement les campagnes environnantes bientôt intégrées au vaste royaume des wisigoth. Après la création d'un évêché à Narbonne au IVème siècle, puis d'un autre à Carcassonne en 587 pour être précis, le christianisme se généralise.
Il est désormais si bien ancré dans les Pays d'Aude qu'il résiste tout au long du VIIIème siècle à la pression des incursions musulmanes. Avec l'arrivée des Francs et surtout l'installation au pouvoir de Charlemagne et de ses successeurs, les souverains carolingiens, l'essor du christianisme est soutenu par la création de nouvelles églises au cœur des bourgs ruraux et des cités. L'église paroissiale devient le point de ralliement des communautés chrétiennes. C'est à la même époque qu'apparaissent les premiers établissements monastiques. Ils adoptent tous la règle de Saint Benoît de Nursie. C'est alors que de nombreuses abbayes vont s'élever dans les Pays d'Aude, conçues comme des îlots de paix dans un monde hostile. Certaines connaîtront un essor remarquable, comme l'abbaye de Saint-Hilaire.
Une vue aérienne du centre du bourg Saint-Hilaire d'Aude, où se situe l'abbaye du même nom
Une autre vue aérienne de l'abbaye Saint-Hilaire, sur la droite l'église jouxtant le
cloître
A gauche, l'église de l'abbaye Saint-Hilaire d'Aude prise d'une des petites ruelles du bourg. A
droite, au petit matin, l'herbe chargée de rosée, chemin de randonnée passant par le village Saint-Hilaire d'Aude, au fond on aperçoit le clocher de l'église de l'abbaye. J'adore cette photo,
elle évoque le silence et la sérénité ! (cliquez sur les photos pour agrandir)
Le paisible village de Saint-Hilaire d'Aude en automne, l'église de l'abbaye Saint-Hilaire au centre
Saint-Hilaire d'Aude vu du Nord avec le pont sur le Lauquet
La nature environnante et les vignobles du village de Saint-Hilaire d'Aude
L'évêque Hilaire de Toulouse a fait procéder au IVème ou Vème siècle à l'élévation des reliques de Saint Sernin qui était le premier évêque de Toulouse, célèbre évangélisateur du Midi. Ces reliques ont été déposées dans l'église primitive, donnant ainsi naissance à une communauté monastique.
C'est vers l'an 780 que le monastère aurait été fondé sous le nom de Saint-Hilaire. Il servit de sépulture aux Comtes de Carcassonne et Nampius fut son premier abbé.
L'histoire de l'abbaye de Saint-Hilaire se révèle assez difficile à retracer dans son intégralité, car les sources ont presque toutes disparues aujourd'hui. C'est pourquoi les origines de cette abbaye, qui pourrait avoir été fondée au VIème siècle, restent assez floues jusqu'à l'apparition au IXème siècle des premiers documents. En effet, c'est en 825 dans un texte, qu'est mentionné pour la première fois l'abbaye, mais il est certain, qu'un établissement existait déjà à l'époque carolingienne, une tradition fait remonter la fondation du monastère à Saint-Hilaire évêque de Carcassonne au VIème siècle.
Le texte du IXème siècle précise que le corps de ce saint repose dans l'abbaye et qu'elle a été fondée en l'honneur du martyr Saint-Sernin (sachez, que Saint Sernin est la contraction de Saint Saturnin premier évêque de Toulouse).
Au début du IXème siècle, une charte des années 814-828, de Louis le Pieux (parfois le Débonnaire) fils de Charlemagne confirme à l'abbé de Sain-Hilaire, Monellus successeur de Nampius, les donations de Charlemagne et autorise les moines à élire leur abbé, se conformant ainsi à la règle Saint-Benoît.
A gauche, le blason de Géraud du Puy, évêque de Carcassonne de 1413 à 1420 et à droite, blason du dernier archevêque de Narbonne de 1762 à 1790 Arthur Richard de Dillon
Parchemin datant de 1544
Registre des comptes de la ville de Limoux daté du 24 Octobre 1544 qui dis ceci :
« Au Sieur d’Arques pour 6 justes vin clairet pour son souper et 4 pinctes de blanquette et 2 vins clairet pour son dîner
et pour 4 flascons de vin clairet que s’en sont apporté qui tiennent 5 quartons et 1 feuillette et pour 2 flacons de blanquette que en y a fallu deux quartons et une feuillette
»
L'abbaye bénédictine de Saint-Hilaire se place au Xème siècle sous la protection des comtes de Carcassonne, dont elle devient un des sanctuaires de dévotion. A la fin du Xème siècle, l'abbaye fait partie d'une congrégation monastique, dirigée par l'abbé de Saint-Michel de Cuxa (Pyrénées-Orientales).
Le 22 février l'an 970 a lieu la translation des reliques de Saint-Hilaire sous l'abbatiat de Benoît 1er et Garin, en présence du Comte de Carcassonne Roger 1er dit le Vieux et de sa femme Adalaïs, de l'évêque Francon de Carcassonne et de l'abbé de Saint-Michel de Cuxa.
Miniature du Moyen-Âge montrant l'Ordination de Saint-Hilaire
Cette cérémonie avait pour but de déterrer le corps du saint pour l'exposer dans un reliquaire à la vénération des fidèles, mais elle sert aussi à revaloriser le sanctuaire, car les donateurs semblaient s'être désintéressés de l'abbaye jusque là. Le comte de Carcassonne estimait l'évêque Hilaire, car celui-ci, aurait attribué sa protection à Roger 1er sur le champ de bataille, qui se solda par sa victoire contre Taillefer, le comte de Toulouse puis celui en 983 d'Oliba 1er dit Cabreta (920-990) Comte de Cerdagne dans les environs de saint-Hilaire.
D'ailleurs pour l'anecdote historique, en 1883, lorsque fut construite la route de Carcassonne à Saint-Hilaire, on mit à jour, en face du château de Pech, un certain nombre de squelettes attribués aux soldats d'Oliba. A côté de la tête de chaque squelette, on trouva une pierre arrondie, une coquille et un pot de fer d'une forme usitée en Cerdagne.
Le tombeau dit de Saint-Hilaire est constitué par un sarcophage en marbre blanc qui ser d'autel actuellement dans une des chapelles latérales de l'église, j'aurai l'occasion de vous en reparler et de vous présenter plus de photos montrant les détails dans la seconde partie du reportage.
Le sarcophage magnifique de Saint-Saturnin situé dans l'église, je vous montrerai et donnerai tous les détails dans la seconde partie du reportage
L'église Saint-Hilaire vue du Sud au dessus du mur ceinturant le cloître
Voici un plan de l'abbaye Saint-Hilaire pour vous orienter
Autre vue aérienne de l'abbaye Saint-Hilaire prise côté Est
En 993, Saint-Hilaire fera parti d'une modeste congrégation officialisé par le pape Jean XV qui réunira sous l'égide d'un abbé général, Garin, les monastères de Cuxa, Mas-Grenier, Lézat, Saint-Hilaire et Alet, afin de les réformer en suivant des règles communes. L'abbé Garin meurt en 1001.
Après la disparition de Roger 1er peu après 1011, les membres de la famille comtale semblent se désintéresser de l'abbaye.
En 1067 - 1070, lors de la "vente" des comtés de Carcassonne et Razès par Ermengarde de Carcassonne et son époux, le vicomte Raimond Bernard de Trencavel, en faveur des comtes de barcelonais, Saint-Hilaire connaît le sort de Montolieu ou Caunes et passe sous l'autorité des Trencavel sous forme de fief.
L'église de l'abbaye Saint-Hilaire vous apparaît en venant du Nord par la D104
La Rue de la Molle située au Sud-Est de l'abbaye
L'église abbatiale Saint-Hilaire avec ses contreforts vue du Sud
Au XIème siècle, s'impose à Saint-Hilaire l'autorité Italienne de Saint-Michel de la Cluse, située en Piémont et dont les relations avec le Midi de la France sont nombreuses.
Le Languedoc du XIème au XIIIème siècle, c'est à dire jusqu'à la croisade des Albigeois, était le foyer d'une civilisation des plus brillantes. C'est à ce moment, et à Toulouse surtout, que la poésie et l'art du Moyen Age, donnèrent leur plus belle floraison. Cette culture précoce autant que raffinée disparut dans le sang des Albigeois dont saint-Hilaire ne paraît pas avoir trop souffert.
La possession de l'abbaye aux Clusiens est confirmée en 1216 par le pape Innocent III et en 1246 par Innocent IV.
On estime qu'à cette période il y avait entre 40 et 50 religieux qui dirigeaient la communauté religieuse.
Miniature que j'ai trouvé intéressante, montrant la construction au Moyen-Âge extrait d'un des manuscrits des " Cantigas a Santa " d’Alphonse X conservés à Florence à la Bibliothèque Nationale
Le cloître de l'abbaye Saint-Hilaire galerie Est située le long du salon de l'abbé et du logis
abbatial
Le clocher de l'église Saint-Hilaire côté Nord-Ouest
Un plan de Nodet Henri datant de 1896, réalisé pour la construction du clocher de l'église Saint-Hilaire. Elévation des façades nord et ouest. Photo de Jean Gourbeix.
Jusqu'au début du XIIIème siècle, l'abbaye bénéficiera de la protection des comtes de Carcassonne, mais pendant la croisade contre les Albigeois, les moines accusés d'hérésie perdent leur autonomie et sont rattachés aux Frères Prêcheurs.
Ces moines trouvent au cours du XIIIème siècle, les ressources nécessaires pour faire agrandir l'église abbatiale et reconstruire leur cloître.
L'église de l'abbaye de Saint-Hilaire abrite une œuvre majeure du XIIème siècle du Maître de Cabestany : un sarcophage reliquaire représentant le martyre de Saint-Saturnin ou Saint-Sernin, le premier évêque de Toulouse.
Lors de la croisade Albigeoise, en 1207 l'abbaye s'oppose au monastère dominicain de Prouille, à propos des droits sur l'église Saint-Martin de Limoux, autrefois propriété de Saint-Hilaire. Le procès va durer 60 ans, il s'achèvera en 1271. Au même moment, le monastère est dévasté par les hérétiques.
En 1246, le roi de France Saint Louis ordonne au sénéchal de Carcassonne de restituer à l'abbé de Saint-Hilaire les terres confisquées aux tenants du catharisme.
Vers 1256, l'abbé Guillaume Pierre restaure l'abbaye après les dégâts causés durant la croisade, il trouve l'argent pour édifier l'église actuelle.
Son successeur, l'abbé Arnaud est victime d'accusations, lors de son élection en 1265, l'évêque refuse de lui accorder sa bénédiction, étant donné que sa mère avait été convaincue d'hérésie de même que son frère et son cousin, tous brûlés vifs, et que son père avait été suspecté alors que lui-même, à l'âge de 11 ou 12 ans, aurait assisté aux prédictions des parfaits. L'intervention de Clément IV lui permet toutefois de conserver son poste.
L'église Saint-Hilaire et son cloître
Panorama sur le cloître Saint-Hilaire
Une vue sur les jardins du cloître en regardant vers l'Est
Zoom sur le bassin du cloître de Saint-Hilaire
C'est au cours du XIVème siècle qu'une bulle pontificale de Clément VI fait état de l'insuffisance des revenus du monastère qui alors vingt-neuf moines en janvier 1344. L'évêque de Carcassonne réduit à 20 leur nombre.
En 1345, c'est pendant cette période de crise financière que subit le monastère, que la translation des reliques de Saint-Sernin pourtant déjà revendiquées à Toulouse à lieu.
Avec la guerre de Cent ans, les religieux en accord avec les villageois, renforcent le périmètre autour de l'abbaye, appelé "Le Fort". Trois documents datant de 1386, règle la garde des clés des portes de la ville, d'une part, et du monastère d'autre part. Ces discussions se poursuivront au siècle suivant opposant abbés et magistrats.
Par exemple des lettres du roi Charles VII datant du 19 juillet 1441, entendent mettre bon ordre à une nouvelle dispute relative à la détention des clés de la porte jouxtant l'église et donnant sur la fontaine.
Une bulle pontificale de Pie II datée de la deuxième moitié du XVème siècle rend à nouveau compte des difficultés de l'abbaye, due notamment aux épisodes de guerre et de peste.
En 1461, les revenus du monastère ne peuvent que subvenir à la vie de six religieux.
La tradition situe en 1531 exactement l'élaboration de la fameuse blanquette de Limoux par les moines de l'abbaye de Saint-Hilaire.
En 1540, le premier abbé commendataire est institué.
En 1574, le village est brûlé et en partie détruit par les protestants du seigneur de Villar.
De 1639 à 1664, l'abbé Martin de Lucas tente, mais sans succès, d'unir son abbaye à la congrégation de Saint-Maur.
En 1687, l'abbé de Saint-Hilaire n'est autre que l'évêque de Carcassonne, Louis-Joseph d'Adhémar de Monteil de Grignan, c'est sous abbatiat, selon Jules de Lahondès (président de la Société Archéologique du Midi de la France de 1889 à 1914), que des travaux sont entrepris dans le chœur et l'abside de l'abbatiale.
Le cloître Saint-Hilaire en direction du Nord-Est
Les abbayes et leur cloître vous offrent de très jolies photos à réaliser
Le cloître côté Ouest le long des celliers
L'origine du cloître date probablement entre 1323 et 1340, il est de grande dimension avec ses 56 arcades en ogive surbaissées finement moulurées
Zoom sur les chapiteaux jumelés qui reposent sur des colonnettes, ces chapiteaux à feuillages alternent avec les chapiteaux bestiaires, malheureusement l'usure du temps à fait son oeuvre
Gros plan sur l'embase des piliers supportant les arcades en ogive
Très jolie photo en noir et blanc des arcades en ogive
Le cloître côté Sud le long du réfectoire des moines que vous pouvez voir ci-dessous
Le vaste réfectoire des moines occupe le bâtiment situé au Sud de l'abbaye Saint-Hilaire. Des expositions de peintures, photos font parties de la visite.
Remarquez sur la droite une ouverture avec un escalier, c'est une caractéristique de ce réfectoire et que dans le mur, une chaire a été aménagée (au centre sur la photo) probablement dans la première moitié du XIVème siècle, pour la lecture des textes religieux pendant les repas des moines.
Gros plan sur la chaire aménagée, surplombant le réfectoire, dans l'épaisseur du mur
Voici l'accès à la chaire datant de la première moitié du XIVème siècle, on y accède par un escalier construit dans l'épaisseur du mur très épais (environ 2m). Vu l'étroitesse du lieu, c'est un véritable prodige architectural, admirez le plafond !
Le cloître en regardant vers le Nord-Est
Le cloître de saint-Hilaire, escalier menant à la cour de là, vous avez accès aux caves et prisons
La maison abbatiale possède avec ses dépendances, un "caveau", des prisons et une cave que voici
Cave de l'abbaye Saint-Hilaire taillée dans la roche au Moyen-Âge
A gauche, escalier menant à la cour de la maison abbatiale. A droite, une ancienne porte murée du bras Sud du transept de l'église ouvrait sur la galerie Nord du cloître. remarquez au-dessus de la porte une peinture murale, vois le détail ci-dessous.
Détail de la peinture murale découverte lors des restaurations au-dessus d'une porte murée donnant sur le cloître.
Cette peinture murale date du XIVème siècle, elle représente des anges porteurs de flambeaux, au centre devait probablement se trouver le blason de l'abbé Gérard II de Bonnet (1509-1536), cela reste une hypothèse.
Hiver 2011, neige sur le cloître de l'abbaye Saint-Hilaire
Je ne possède pas beaucoup de vieilles photos de l'abbaye Saint-Hilaire et du village, mais en voici quelques unes :
Photo ancienne de l'abbaye Saint Hilaire en 1902
Photo ancienne du pont de l'Église de l'abbaye Saint Hilaire en 1920
Une vue générale du bourg Saint-Hilaire prise en 1975
Une photo ancienne de l'église de l'abbaye Saint-Hilaire et son cloître en 1975
Fin de la première partie. Merci à tous ceux qui m'ont adressé et permis de publier leurs
photos.
Attention ! Il y a une suite à ce reportage que je suis en train de finaliser et que vous verrez très prochainement sur ce site, pour ne pas le manquer, inscrivez-vous sur la Newsletter, lisez ci-dessous ...
Dans la seconde partie, je vous présenterai avec de nombreuse photos, le magnifique
plafond peint du salon de l'abbé, l'intérieur de l'église abbatiale avec les détails du sarcophage de Saint-Saturnin (ou Sernin) qui est une oeuvre superbe.
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Voici la suite du reportage " L'HISTOIRE DE L'ABBAYE SAINT-HILAIRE D'AUDE " seconde et dernière partie, sur l'ensemble de ce reportage vous allez visionner 125 photos, ce chef d'oeuvre de l'art roman le vaut bien, je vous souhaite une bonne découverte ...
Aux siècles suivants, du XVIème au XVIIIème siècle, les difficultés financières continuent. Au XVIIIème siècle, les textes confirment cela. Des mesures sont prisent, Monseigneur de Bezons, évêque de Carcassonne supprime les offices claustraux et places monacales du lieu. C'est à cette occasion en 1758, que l'église paroissiale est abandonnée au profit de l'église abbatiale.
En 1724 quatre abbés étrangers étaient encore en charge de l'abbaye.
En 1726, l'église paroissiale du village (Sainte-Marie de la Chapelle est transférée dans l'abbatiale malgré les protestations des religieux.
La fin du XVIIIème siècle est marquée par la vente des dépendances et des diverses possessions de l'abbaye. Des bâtiments abbatiaux seront vendus pendant la Révolution, un prêtre constitutionnel est installé dans l'abbaye ce qui engendre des troubles, en 1792, la troupe est envoyée devant le monastère, afin de maintenir l'ordre public.
Le démembrement des bâtiments vendus en parcelles commencera le 15 février 1791, la maison abbatiale et ses dépendances, estimées 1098 livres seront vendus à Esquirol de Limoux. Les archives ont conservé les noms des autres acquéreurs, comme le notaire Laffon, Pierre Artozoul, Jean-Pierre Capelle, Jacques Blanc, et le fils du peintre Carcassonnais Jacques Gamelin.
Belle perspective sur le cloître de l'abbaye de Saint-Hilaire d'Aude
Le cloître fut bâti au cours du second quart du XIVème siècle.
A partir de 1838 on entreprend la restauration de l'ancienne abbatiale devenue l'église paroissiale.En 1894, le conseil municipal prend la décision de déplacer le clocher en très mauvais état, les travaux seront réalisés en 1898.
Puis au XIXème siècle, le Conseil départementale achètera maisons, terrains ou remises contiguës à l'abbaye afin de supprimer les servitudes. L'essor de la viticulture permettra l'installation de nouvelles résidences reflétant une certaine prospérité : encadrements de baies moulurées, claveaux ornés et portails de chais en sont encore les témoins aujourd'hui. Le village compris entre le site abbatial et le Lauquet possède des habitations datées en façade du XVIIème siècle.
L'église d'une valeur patrimoniale importante est classée dès 1840 au titre des Monuments historiques, le cloître le fut en 1846 et le plafond peint en 1914.
La sobriété de la nef s'explique par la présence à l'Ouest du mur d'enceinte défensif qu'il a fallu conserver vu les conflits de l'époque.
Le maître-autel proviendrait de l'ancienne cathédrale d'Alet où il aurait été achevé en 1785.
Les deux anges adorateurs qui l'encadrent n'auraient été ajoutés qu'au début du siècle suivant.
Incroyable ! Jusqu'à une date très récente, 2002, l'ancienne salle capitulaire de l'abbaye était encore occupée par une Perception des Impôts et plus anciennement par une poste. Dans l'aile Ouest rebâtie au XIXème siècle s'était installée l'école communale et l'aile du réfectoire des moines servait de remise sinon de dépotoir. Seule l'aile orientale a conservé une vocation de presbytère jusqu'au départ du dernier curé à la fin du siècle dernier.
C'est en 2003 que fut engagé un programme global de réhabilitation de l'abbaye Saint-Hilaire.
Aujourd'hui la commune est pratiquement propriétaire de l'ensemble des bâtiments conventuels et avec l'aide de la Conservation Régionale des Monuments Historiques, elle a entrepris un vaste projet de mise en valeur de cette abbaye de grand intérêt.
Cela a porté ses fruits puisque l'abbaye Saint-Hilaire constitue à l'heure actuelle l'un des sites majeurs du programme départemental "Pays Cathare".
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Si l'on arrive à Saint-Hilaire par le champ de bataille situé dans la vallée du Lauquet où en face du château de Pech le Comte Roger 1er défit au Xème siècle Oliba, Comte de Cerdagne, on découvre la masse imposante de l'abbaye dominée par l'église abbatiale et son clocher reconstitué en 1898 sur une tour datant de 1608.
Le monastère était entouré d'un rempart qui se voit encore en différents endroits. Il était percé de deux portes au Nord et au Sud que protégeait un système de défense avec des herses et des mâchicoulis. Des meurtrières larges et peu élevées se remarquent encore aujourd'hui, ainsi que des ouvertures pratiquées en période de paix pour avoir une vue sur la campagne environnante. Ces vestiges de remparts subsistent encore jalonné de meurtrières. On trouve ces meurtrières dans la rue Haute du Fort ou la rampe des Rosiers.
Ce rempart supporte à l'Est la maison du camérier (domestique de l'abbé) aujourd'hui le presbytère, qui est prolongé par une terrasse formant jardin, construite en 1533.
Le monastère actuel se compose : au Nord se trouve l'église, à l'Est la salle capitulaire surmontée du dortoir, au Sud un vaste réfectoire, à l'Ouest devait se trouver les celliers.
Le salon du presbytère était autrefois la salle capitulaire du monastère. L'abbé Géraud II de Bonnet élu en 1509, qui administrait l'abbaye à cette époque, y fit peindre un remarquable plafond aux poutres apparentes.
Deux belles cheminées d'époque en marbre gris ornent la salle à manger ainsi que le salon.
C'est après 1748, que le monastère ne remplissant plus sa mission, connaîtra d'importantes transformations : l'aile Est du logis abbatial sera aménagée en presbytère, l'ancien réfectoire passablement ruiné sera reconverti en jardin, tandis que l'aile Ouest deviendra la maison des chapelains.
Les stations du chemin de croix moulées ornent l'église. (photo d'Alain Devisme)
L'ÉGLISE
L'église abbatiale d'art roman, mesure 25,35 m de long sur 22,50m de large. Elle possédait à l'origine une charpente supportant un toit. Des éléments architecturaux de la nef, comme la voûte à trois croisées d'ogive date vraisemblablement du début de l'époque roman vers 1120. C'est à cette période que l'art roman apparaît dans le Languedoc qui a toujours été en avance sur les autres régions. Pour info, le tracé du profil des ogives de Saint-Hilaire est le même que celui de l'église de Quesmy au début du XIIème siècle. La voûte, qui dans la construction des églises romanes constitue un élément important, est construite en blocage ou en moellon à gros joints comme le reste de l'église. Elle repose sur des murs sans contrefort d'une épaisseur de 2 mètres à la base et d'1 mètre au sommet, soutenus à l'extérieur par des contreforts droits massifs en face des doubleaux.
Les corbeaux sont sculptés en forme de tête humaine, les chapiteaux supportant les doubleaux sont constitués par des feuillages ou des personnages inscrits dans la corbeille.
En général le sculpture décorative du monastère est simple, une grande partie de ses éléments, à part une ou deux exceptions, ont été copiés dans la flore naturelle, comme les feuilles d'eau à bords très découpés, acanthe, lierre, artichauts, pomme de pin, tulipe, fougère, … etc.
La nef de l'église est inachevée. Un mur construit en cailloux arrondis vers le fond de l'église laisse présager une prolongation ultérieure de la nef qui malheureusement ne s'est pas faite. Ce mur masque en partie de beaux chapiteaux. Les fenêtres conforment aux modèles romans et semblables à celles de l'abbaye de Rieunette, sont ébrasées en biseau vers l'intérieur pour y répandre la lumière.
A gauche, la statue de Jeanne d'Arc. A droite la chaire à prêcher en bois sculpté du XVIIIème siècle, présentant les quatre évangélistes dont Saint-Benoît et Saint-Hilaire.
Détails des chapiteaux, ceux-ci sont composés de motifs de feuilles et de dessins géométriques.
Magnifique sculpture, c'est le seul chapiteau historié de l'église abbatial représentant une procession de moines.
On le voit mieux sur la photo ci-dessous.
Chapiteau historié de l'église abbatial représentant une procession de moines. A droite, au dessus de la tête de chien, un singe montre ses fesses. (photo d'Alain Devisme)
Les trois travées de la nef sont voûtées d'ogives qui prennent appui sur des chapiteaux et des consoles dont le décor sculpté de type premier gothique réalisé probablement sous l'abbé Guillaume (1237-1260) lorsqu'on a voûté le nef, initialement prévue pour une couverture charpentée.
Détail des sculptures d'un chapiteau, aucun n'est identique. Je suis admiratif du travail de l'époque.
L'église abbatiale se compose d'une abside semi-circulaire en cul de four avec trois baies dotées de vitraux récents.
L'abside est cantonnée de deux chapelles latérales une au sud et une au nord qui a été supprimée au profit de la sacristie.
La nef est constituée de trois travées voûtées d'ogives datées du XIIIème siècle.
L'église présente les caractères de la fin du XIIème siècle, à l'exception de la voûte d'ogives réalisée vers 1280.
Les trois clés de la voûte circulaire sont ornées d'une main bénissante, d'un agneau portant la croix (photo ci-dessus) et
d'une colombe (aujourd'hui disparue).
A gauche, la chaire à prêcher en bois sculpté du XVIIIème siècle. A droite, la statue de Saint-Roch (photo d'Alain Devisme)
Statues de la Vierge et l'enfant à gauche, et Saint Joseph à droite (photos d'Alain Devisme)
Le retable en bois doré polychrome du XVIIème siècle offre une présentation de la vie du Christ.
Une "vierge à l'enfant" surmonte cet ensemble installé dans le croisillon Sud à proximité de la chaire à prêcher. (voir la photo ci-dessous)
Photos montrant les détails du retable en bois doré polychrome du XVIIème siècle offre une présentation de la vie du Christ. (photos d'Alain Devisme)
Gros plan sur la partie centrale du retable. (photo d'Alain Devisme)
Chapiteau au motif végétal
Les chapiteaux de la nef représentent des personnages à type d'Atlante et des motifs végétaux comme ici.
Deux bénitiers en marbre Marbre rouge et blanc, dit marbre de Languedoc, de couleur rouge de feu, mêlé de taches blanc de madrépores et de gris. (photos d'Alain Devisme)
Il est exploité aux carrières de Caunes-Minervois dont j'ai réalisé un article sur ce site voir le sommaire (cliquez sur les photos pour les agrandir)
Ses doubleaux reposent sur des colonnes engagées terminées par des figures anthropomorphes et primitivement destinées à recevoir, comme je l'ai déjà évoqué, une charpente.
Autres détails d'un chapiteau au décor floral.
L'iconographie du monastère de Saint-Hilaire est très riche.
L'absidiole Sud abrite le sarcophage en marbre blanc de l'apôtre Saint Saturnin (ou Sernin). (photo d'Alain Devisme)
LE SARCOPHAGE DE SAINT-SATURNIN (ou Saint Sernin)
Le sarcophage de Saint-Saturnin est la pièce maîtresse du mobilier de l'église. Cette cuve en marbre blanc des Pyrénées de 2 m de longueur sur 0,65m de largeur, est magnifiquement sculptée dans la pure tradition romane. Les sculptures ont été réalisées sur une des longueurs et sur les deux largeurs latérales. L'œuvre représente l'arrestation, le martyre et l'ensevelissement de Saint-Saturnin (Saint Sernin), apôtre et premier évêque de Toulouse, martyrisé dans cette ville vers l'an 250, car il refusa d'honorer les dieux païens. Il fut attaché à un taureau furieux qui le traîna sur les marches du Capitole. Son corps fut recueilli et enseveli par deux saintes femmes, les saintes Puelles, martyrisées à leur tour, et dont un village du Lauragais, Le Mas Saintes Puelles situé à 6 km à l'Ouest de Castelnaudary, perpétue le souvenir.
Miniature du Moyen-Âge représentant le martyre de Saint Saturnin par Jacques de Voragine XIVème
siècle
Ce sarcophage sculpté est attribué au troisième quart du XIIème siècle, il est le fruit d'un sculpteur dit "Maître de Cabestany", au style très particulier, connu pour diverses sculptures dans le Midi et en Italie. Les dimensions réduites laissent à penser qu'il s'agit probablement du maître-autel de l'église primitivement dédié à Saint-Sernin et sans doute destiné à contenir des reliques.
La Saint Saturnin est fêtée le 29 novembre par des vêpres solennelles
Le sarcophage sert actuellement de support à l'un des autels latéraux. La cuve en marbre blanc des Pyrénées mesure 2 m x 0,65 m et 1,40 m x 0.35 m de dimensions intérieures, l'épaisseur est 0,30 m. Le sarcophage est sculpté sur trois côtés. Le décor relate, selon la Passio Saturnini, l'arrestation, le martyre et l'ensevelissement de Saint Saturnin, apôtre et premier évêque de Toulouse, martyrisé dans cette ville vers 250.On dit selon une légende pieuse que Saint Saturnin était un disciple de saint Jean-Baptiste ! Il aurait ainsi assisté au baptême du Christ, dont il gardait la tunique au bord du Jourdain, reçu le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, et suivi à Rome Saint-Pierre, qui lui aurait donné la mission d'évangéliser la Gaule. Après la guérison miraculeuse, à Toulouse, d'Austria, fille du gouverneur romain Antonius, il refusa d'honorer les dieux et fut condamné à périr précipité par un taureau furieux du haut du Capitole (l'église Notre-Dame du Taur en perpétue le souvenir à Toulouse). Son corps fut recueilli et enseveli par deux saintes femmes, les Saintes Puelles, martyrisées à leur tour, et dont un village du Lauragais porte encore le nom.
Sur la face avant, de droite à gauche, on peut voir, l'arrestation et le supplice du saint. Une construction à arcades et médaillons circulaires, avec des personnages en buste et une grande porte centrale où sont figurées les archivoltes, semble bien vouloir être une représentation romane du Capitole de Toulouse. Une femme entrebaille la porte et passe la tête, curieuse, comme les deux autres figures qui se montrent à l'étage, de la scène qui se déroule un peu plus loin, tandis qu'un homme chevauche assez étrangement une corde tendue entre les deux tours couronnant l'édifice. Quatre personnages barbus et vêtus d'une tunique courte, dont les attitudes se répètent deux par deux, paraissent rejeter avec indignation la parole du saint, qui tient ouvert sur sa poitrine le livre des évangiles et que l'un d'entre eux saisit par le collet. Entre leurs jambes, apparaissent des masques monstrueux, mi-humains, mi-animaux, symboles, peut-être, du paganisme des personnages.
Le prêtre et les deux diacres qui, selon la tradition accompagnaient Saturnin au moment de son arrestation ne sont pas représentés ici.
Les deux personnages situés à la droite du groupe seraient plutôt des disciples de l'apôtre.
Sur la gauche, représentant le martyre de Saturnin, sous une grande arcade, représentée renversée, le saint est allongé, levant la main droite vers les Saintes Puelles nimbées, qui assistent à la scène.
Ses pieds sont entravés, et reliés à la patte d'un taureau bondissant qu'un personnage excite d'un aiguillon.
En partie basse, on trouve des masques comparables aux précédents. Deux animaux qui semblent être des chiens sont dressés vers le taureau.
Photo de gauche, côté gauche du sarcophage, la scène que l'on voit de face se poursuit, la mise au tombeau par les saintes Puelles et l'accueil au paradis de l'âme du saint, sous la forme d'un petit personnage nu qu'un ange saisit par les mains.
A l'extrême gauche, un sarcophage sur colonnes est ornés de rinceaux, sous le sarcophage et le corps du saint d'autres femmes attendent, qui ne sont pas nimbées, à la différence des Saintes Puelles, l'une d'elles tient dans ses mains un vase d'aromates.
Au-dessus, sous une arcade, deux anges thuriféraires encensent le tombeau.
Photo à droite, côté droit du sarcophage, représente Saint Sernin tenant la croix et le livre entre deux de ses disciples, vraisemblablement les saints Papoul, évangélisateur du Lauragais, et Honest, évêque de Pampelune.(cliquez sur les photos pour les agrandir)
Détails, Saint-Saturnin, ses pieds sont entravés, et reliés à la patte d'un taureau bondissant qu'un personnage excite d'un aiguillon
Admirez les détails de cette sculpture superbe du Moyen-Âge sur marbre blanc !
Détail de la tête du buffle apparaissant sous le corps de Saint-Saturnin
Deux animaux à gauche et au centre qui semblent être des chiens sont dressés vers le taureau.
La forme de la cuve du sarcophage est celle d'un modèle romain.
Cette œuvre importante à tous égards, que représentent ces sculptures attribuées à un curieux génie du Maître de Cabestany.
Il faut savoir qu'il y a un dilemme sur la provenance des reliques et de leurs origines. Dans la chronologie des dates aussi, les historiens ne sont pas d'accord et faute de preuves, l'histoire de ce sarcophage restera en partie un mystère.
Détails de la partie droite de la face avant, représente une construction à arcades et médaillons circulaires, avec des personnages en buste et une grande porte centrale où sont figurées les archivoltes, semble bien vouloir être une représentation romane du Capitole de Toulouse.
Une femme entrebaille la porte et passe la tête, curieuse, comme les deux autres figures qui se montrent à l'étage, de la scène qui se déroule un peu plus loin, tandis qu'un homme chevauche assez étrangement une corde tendue entre les deux tours couronnant l'édifice
LE CLOÎTRE
Le cloître, inspiré par un art d'une rare perfection, ressemble à celui d'Arles-sur-Tech, tout en étant d'une facture plus élégante. L'origine de ce cloître date probablement entre 1323 et 1340 sous l'abbatiat de Bernard de Touron. Ce cloître a été restauré autrefois, au début du XVème siècle, avec des éléments épars du cloître de l'abbaye toute proche de Saint-Polycarpe que je vous conseille aussi de visiter. Ce cloître est d'assez grandes dimensions. Il se compose de 56 arcades en ogive surbaissées finement moulurées. Ces arcades sont supportées par des chapiteaux jumelés qui reposent sur des colonnettes. Un mur formant clôture supporte ces dernières qui sont prisent dans un seul bloc de pierre. La plus grande partie des chapiteaux sont ornés de monstres, sortes de centaures adossés deux à deux. Ils sont accroupis sur l'astragale (os du tarse qui s'articule avec le tibia et le péroné), la tête supportant les angles du tailloir. Quelques chapiteaux à feuillages alternent avec les chapiteaux bestiaires, on y voit aussi des harpies à tête de femme (monstre fabuleux composé d'un corps de rapace et d'une tête de femme). Malgré les influences artistiques qui ont inspiré le cloître de Saint-Hilaire ou des matériaux qui ont servi à sa restauration, nous nous trouvons en présence d'une œuvre d'une rare élégance qui laisse loin derrière elle ce que nous connaissons dans la région.
Le cloître a une en forme de trapèze irrégulier avec quatre galeries. Elles sont composées d'arcades ogivales et moulurées à colonnettes jumelées.
Les chapiteaux taillés dans un seul bloc de pierre sont décorés de feuillages, de visages humains ou d'animaux.
La pierre utilisée est le grès qui provient des carrières du Razès.
Le centre du cloître comporte un bassin quadrilobe avec en son centre une vasque datant du XVIème siècle ainsi qu'un puits comme on peut le voir ici.
Abbaye de Saint-Hilaire détails de chapiteau du cloître
Autre vue du cloître avec ses arcades ogivales moulurées à colonnettes jumelées.
Cloître avec sa porte murée à droite, qui donnait directement sur le salon de l'abbé
BÂTIMENT DE L'AILE EST
Ce bâtiment situé à l'Est du monastère mesure environ 35m de long sur 10m de large, il est divisé en deux parties. Au rez-de-chaussée, il y a la salle du chapitre ouverte sur le cloître et contigüe au chevet de l'église, cette salle a conservé son état médiéval, et aussi une autre pièce ouverte sur la façade arrière par quatre arcades et petite porte, dont on ignore la fonction au sein du monastère. A l'étage, c'est le dortoir des moines, éclairé par huit ouvertures rectangulaires s'ouvrant sur le cloître. Des transformations ont eu lieu à ce niveau au XIVème et aux XVIIIème siècles, comme l'occlusion d'une grande baie à croisée dans le mur pignon Sud et la suppression d'une porte dans l'angle Nord-Est. C'est surtout au XIIIème siècle qu'il y a eu beaucoup d'aménagements dans ce bâtiment comme, le percement de nouvelles portes et fenêtres. Sur le linteau d'une des portes on peut apercevoir une date : 1777.
LE SALON DE L'ABBÉ
Cette partie du bâtiment de l'aile Est a subi des modifications aux XVème et XVIème siècles. La pièce contigüe à la salle du chapitre est pourvue d'un superbe plafond peint à caissons que l'on a attribué à l'abbatiat de Gérard II de Bonnet (1509-1536), mais constate la présence des armes d'Arnaud Raymond de Roquette, abbé de 1476 à 1509, conduisent à dater ce décor peint à la fin du XVème siècle. Une porte qui a été murée ouvrait directement sur le cloître ce qui a permis de transformer la pièce en salon. Une vaste terrasse à l'arrière du bâtiment a été aménagée en 1533, permettant la jonction avec le logis abbatial.
L'ancien logis abbatial avec son splendide plafond peint dans les premières années du XVIème siècle.
Remarquez que les murs quant à eux, sont ornés de peintures du XIXème siècle représentant les armoiries des 55 abbés de Saint-Hilaire.
Le décor de cette salle manifeste la vocation ostentatoire d'une pièce à l'usage d'un abbé non régulier. (photo d'Alain Devisme)
Des vêtements liturgiques sont exposés dans le salon de l'abbé. Coffret contenant des coupelles à hosties. (photo d'Alain Devisme)
Autres vues du salon de l'abbé. Cette pièce jouxte la salle capitulaire et était réservée à l'abbé. Utilisée comme salon particulier ou chambre.
Cette salle fut dotée d'un très beau plafond peint, à caissons, par l'abbé Gérard de Bonnet, qui administra l'abbaye de
1509 à 1536.
Ce plafond fut ensuite masqué par un lattis garni de plâtre. C'est le chanoine Boudet, vers 1860, qui le remit à jour. Le
restaura et raviva les couleurs.
En revanche, sur les murs, les peintures datent du XIXème siècle..
Les armoiries des 55 abbés ayant siégé à l'abbaye y sont représentées avec leur nom et date
d'élection, auxquelles sont venus s'ajouter les blasons des curés de la paroisse.
Le logis abbatial a un magnifique plafond peint à la française du XVIème siècle.
Ce plafond surprenant par ses couleurs vives vous offre un répertoire floral et animal, ainsi que différentes scènes (artisans au travail, chasse, fauconnerie, scène galante ou humoristique…).
A droite, la représentation de Jeanne d'Arc.
A gauche, deux anges faisant honneur à la royauté. A droite, représentation d'un fauconnier.
Les peintures comme vous avez pu le constater sont très bien conservées.
La présence des armes de Arnaud Raymond de Roquette, abbé de 1476 à 1509, conduisent à attribuer ce décor peint à la fin du XVème siècle.
Blason peint de Félix Andar
Au centre on remarque la représentation d'une scène d'amour courtois.
Remarquez complètement à droite : chacune des poutrelles sont ornées de guirlandes, dont les extrémités sont supportées par des têtes d'animaux apocalyptiques.
Représentation d'un charpentier ou menuisier
Le salon de l'abbé possède des ouvrages liturgiques que le public peut admirer.
Ouvrage de liturgie des heures, ou " bréviaire ".
Si mes souvenirs sont bons ceci est l'avant-bras reliquaire contenant le radius de Saint-Hilaire.
BÂTIMENT DE L'AILE SUD
Un vaste réfectoire occupe une grande partie du bâtiment Sud avec un cellier et une autre pièce à usage domestique. Une caractéristique de ce réfectoire et que dans le mur, une chaire a été aménagée probablement dans la première moitié du XIVème siècle, pour la lecture des textes religieux pendant les repas des moines. On y accède par un escalier construit dans l'épaisseur du mur très épais (environ 2m). De rares vestiges d'enduit peint indiquent l'existence de décors, aujourd'hui totalement disparus. De la cuisine qui devait être située à proximité de ce réfectoire, il n'en reste aucune trace suite aux transformations successives. Après la guerre de Cent Ans, le monastère est en piteux état. On reconstruit la partie supérieure du réfectoire en incorporant une série de fenêtres. En 1732, le réfectoire sera occupé par un bûcher, l'étage sera toujours fonctionnel. La cuisine et le réfectoire ayant été déplacés dans la maison abbatiale à la limite du Fort.
BÂTIMENT DE L'AILE OUEST
Ce côté du monastère a été énormément remanié au XIXème siècle, cette partie était destiné aux celliers. On remarque au pied du grand escalier les vestiges d'une fontaine construite dans le mur de façade. Il y a d'autres points d'eau sur le site, une source dans le jardin Ouest, des puits dans le cloître et dans le réfectoire et une fontaine à proximité de l'église.
BÂTIMENTS ABBATIAUX AU SUD-OUEST
On accède aux logements abbatiaux par un grand escalier aménagé dans l'angle du cloître. La maison abbatiale possède ses dépendances, un "caveau", des prisons et une cave. Ces aménagements ont été définis partiellement au Moyen-âge du fait de leurs dimensions imposantes.
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