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Voici l'histoire de ce château cathare, un peu moins médiatique que celui de Montségur, mais celui de
Puivert, mérite grandement le détour et il le vaut bien !
Très jolie la région de Puivert, village situé sur la rive droite de l'Hers, dans l'arrière pays audois dénommé le Quercorb ou pays de Chalabre, une des dix régions naturelles du département de
l'Aude. Petite précision, la capitale du Quercorb est le village de Chalabre.
Puivert est à 16 km au Nord/Est de Quillan sur la D117, à 19 km de Lavelanet et à 22 km de Belcaire, compter 25 minutes pour vous y rendre.
Puivert vient du latin podii viridis, qui veut dire colline verte.
Blason de la ville de Puivert
La silhouette de pierre du donjon apporte une belle note de romantisme au décor verdoyant.
Du site historique vous avez une vue magnifique qui embrasse un vaste panorama sur le Quercorb, surtout du haut du donjon, vous apercevez vers l'Est les Corbières avec leur sommet, le pic de
Bugarach, au Sud les cimes du massif du Saint Barthélemy et les premiers contreforts des Pyrénées portant les très verdoyantes forêts de pins de Puivert et de Bélesta tout
proche.
Vue générale où se situe cette histoire, au pays du Quercorb, non loin du pays de Sault, et vous êtes toujours dans l'Aude
messire !
Vue aérienne des années 1980, au premier plan le château, et à gauche en direction de l'Est, les
Corbières
Au Moyen-Âge Puivert était une importante seigneurie dans la région du Quercorb, région de moyenne montagne isolée
entre l'Ariège et les hautes vallées de l'Aude, constituée de la plaine de Chalabre et du plateau de Puivert.
De tous les châteaux cathares de l'Aude, Puivert l'est sans doute un peu plus que les autres.
Aucune trace écrite n'a été trouvé du château de Puivert avant 1170. Le château construit sur un rocher à 605 mètres d'altitude vers 1152 appartient à l'époque à la famille de Bernard Congost
entièrement vouée au "catharisme". Vous pensez bien que lors des croisades albigeoises le lieu fut considéré comme un foyer d'hérésie majeur. En novembre 1210, Simon de Montfort envoya un corps
de 6000 hommes prendre le château, ils abordèrent le castrum en venant de Nébias. Les défenseurs opposèrent une résistance honorable. Celui-ci fut pris après trois jours de siège, sans
traité de paix, par Thomas Pons de Bruyères-le-Châtel, vaillant chevalier lieutenant de Monfort. Lorsque les Croisés réussirent à pénétrer dans la cour intérieure, ils trouvèrent au bas des
murs de nombreux blessés. Montfort donne tout d'abord le château à son fidèle compagnon Lambert de Thury, puis en récompense, le château devint la propriété de Thomas Pons (1185-1251) Baron de
Bruyères-le-Châtel situé prés d'Arpajon en Seine-et-Marne, seigneur aussi de Mirepoix et de Chalabre.
Soumis aux dures lois de la guerre, les soldats de Bernard de Congost furent pendus aux
créneaux.
Pour l'anecdote, qu'est devenu Bernard Congost ? Lors du siège il réussit à s'enfuir par un souterrain avec des
occupants du château dans la forêt proche. Il vécut dans la clandestinité jusqu'à la fin de sa vie, vingt deux ans plus tard on retrouve sa trace en 1232 à Montségur où il décède parmi les
défenseurs du pog, assisté de son fils Gaillard qui participa à l'expédition d'Avignonet et de son neveu Bertrand. La fille Saissa de Congost, devenue parfaite, mourut sur le bûcher de
Montségur le 16 mars 1244.
Ce qui est intéressant, c'est que la prise du château fut décrite et les parchemins furent conservés au château de Chalabre non loin de Puivert.
Les territoires de Thomas III dit Pons 1er sont constamment convoités par les comtes de Foix, de Toulouse ainsi
que par les Trencavel, seigneurs de Carcassonne.
Son fils Jean 1er Pons de Bruyères (1218-1291) hérita du château, baron de Puivert, et de Chalabre. En 1283, Jean fut appelé au service du roi, Philippe III le Hardi, pour composer une suite imposante se rendant sur l'Aragon. Ce voyage lui permit d'obtenir le titre de chambellan du roi, et se vit comblé de faveurs royales, tel que la décharge à perpétuité de toutes sortes d'impôts dus à la couronne. Pour obtenir de telles récompenses, il eut fallut que Jean soit proche du roi ; rappelons au passage que Philippe III le Hardi meurt dans la région de Perpignan lors de la conquête Aragonaise, aux cotés de Jean. Il meurt quelques temps après, laissant à sa femme la gestion de Bruyères et de Puivert où il fut enseveli. Le Cherchorb (Quercorb) devient une "terre privilégiée". Ce privilège fut confirmé jusqu'à la Révolution par lettres patentes de tous les rois de France.
En 1279 de fortes pluies inondent la région, et une catastrophe naturelle eut lieu, peut-être suite à des travaux
ordonnés par Jean Pons de Bruyères, le barrage naturel qui retenait les eaux du lac qui s'étendait au pied du castrum s'effondre, les eaux se déversant dans la vallée détruisent tout sur son
passage, une partie de la cité de Mirepoix à 30 km de là fut détruite.
Succédera à Jean son fils aîné Thomas V de Bruyères (1270-1325).
La nouvelle construction a commencée mais, Thomas part aussitôt pour la guerre des Flandres, laissant à
Isabelle sa femme, le soin d'embellir le château et essentiellement la partie orientale. Lui aussi fréquente les "grands" de cette époque bouleversée, puisque par lettres patentes données
en 1319, Philippe IV étend les immunités de Puivert, et marie sa fille au comte de Soissons.
Isabelle et Thomas eurent 4 enfants connus, Philippe (1325-1409) qui devint seigneur de Chalabre, Jeanne
(1326-1352) qui épousa Gui de Clermont, Jean (+1356), Adam et Thomas VI (1315-22.3.1371) qui hérita du château de Puivert et qui épousa Béatrix de Varennes. Il devint Sénéchal de
Carcassonne sous le roi de France Jean II le Bon (1319-1364).
Thomas VI et Béatrix eurent 4 filles, à leur mort, celles-ci se partagèrent avec Philippe le frère de Thomas, le château de Puivert et ses dépendances. Ce partage laissa des écrits
intéressants avec de nombreux détails sur le château.
Par la suite, il s'ensuivit une longue lignée de nouveaux seigneurs qui occuperont successivement le château. Après les Bruyères, il y eut les Voisins d'Arques et de Couiza, les
Joyeuse.
En 1379, Guiraud de Voisin, gendre de Thomas VI, intente un procès contre les "Puivertains", qui refusaient la
garde du site pour laquelle ils furent exemptés de taxes royales. Il réussit enfin à éliminer ses concurrents au château, et y décède en 1414.
Le second gendre de Thomas VI, Roger de Lévis-Mirepoix, aussi y meurt.
Son petit fils, Jean II de Voisin, épousera Paule de Foix Rabat, mariage qui augmenta ses titres déjà considérables. Pour Puivert notamment, il prêta hommage au roi en l'an 1461.
En 1491, pour "rétrocession" de dot, obtenue par Jean IV de Lévis devant le parlement de Paris, le château et la baronnie de Puivert revinrent à la famille de
Lévis-Mirepoix.
Jean V de Lévis qui commanda la défense du château lors des attaques espagnoles en 1495.
En 1570 le château entra dans la baronnie de Guillaume II de Joyeuse.
En 1589, durant la "ligue" le vicomte de Mirepoix s'empare du site pour le roi.
En 1593 chevalier du roi, Jean de Pressoires riche marchand drapier de Chalabre, acheta la baronnie et en 1655 sa femme la léguera à messire François de Roux conseillé du roi, juge mage de la sénéchaussée de Carcassonne.
Durant l'année 1680, Louis XIV érigea la baronnie en marquisat. La famille Roux conservera le château jusqu'à
la Révolution, époque où le château est partiellement démoli et abandonné.
Le château en partie démantelé, fut classé Monument Historique en 1907 dans l'état que vous allez voir,
ci-dessous.
Quelques campagnes de sauvegardes ont été menées par la famille de Ginesté-Puivert durant les années 1950,
1970.
Le château a servi à de nombreux tournages de film (la neuvième porte de Roman Polanski, la passion Béatrice de Bertrand Tavernier, le peuple migrateur de Jacques Perrin, Jacques Cluzaud
et Michel Debats, ...).
DESCRIPTION DU CHÂTEAU
L'actuel château de Puivert est l'œuvre des architectes et des bâtisseurs de la fin du XIIIème siècle. Leur art connaît alors un certain apogée.
Composé essentiellement d'une enceinte de plan rectangulaire, percée d'archères, séparée du plateau par un fossé en partie comblé. L'accès s'effectue par une tour porte carrée à herse et
assommoir surmontée des armes des Bruyères, au centre de la courtine orientale.
La surface au sol (basse-cour) du site est très grande, 3 200 m² à l'intérieur des murs.
Une tour ronde lisse occupe l'angle Nord / Est, une autre, à bossages est implantée au milieu de la courtine Nord.
L'angle Nord / Ouest est défendu par un imposant donjon, probablement un des plus remarquables de l'architecture militaire capétienne avec ceux de Lesparre en Gironde, de Fouras en
Charente-Maritime (que j'ai eu l'occasion de visiter) ou de Vincennes proche de chez moi.
Au Sud du donjon, un portail ouvert dans le mur d'enceinte Ouest, permet l'accès aux vestiges du château vieux,
antérieurs au XIIIème siècle.
Une tour de plan carré montre sur son flanc oriental une petite tour en encorbellement. Au Sud / Est, on aperçoit les vestiges d'une petite tour ronde.
Le donjon sépare les deux cours du château. De section carrée de 15 mètres de côté, il a conservé toute sa hauteur
(32 mètres), seule la crénelure supérieure a disparu. Des portes et des arrachements de murs perpendiculaires indiquent que les bâtiments d'habitation s'appuyaient contre la paroi occidentale
du donjon. On pénètre dans le donjon par une porte surmontée de deux blasons sculptés qui permettent de la dater précisément du début du XIVème siècle puisqu'il s'agit de ceux de Thomas V de
Bruyères et d'Isabeau de Melun mariés en 1310.
Ce qui est extraordinaire, c'est que l'intérieur du donjon est quasiment intact. Il y a quatre étages, occupés chacun par une pièce unique. Deux salles voûtées en berceau brisé, en partie
souterraines ont été réalisé sous le donjon. L'une devant servir de réserves et l'autre appelée salle des gardes. On y accède par un escalier qui part de la cour. Comme il est d'usage dans les
donjons, la porte est en hauteur, on y accèdait par une passerelle amovible.
Le troisième niveau, accessible par une porte couverte en arc brisé, est décoré de colonnettes et de moulures,
ainsi que les blasons des constructeurs, vous pénétrez dans la chapelle du château, voûtée d'ogives, aux culots finement sculptés représentant un moine et des personnages tenant des
phylactères, banderoles qui portaient des inscriptions. La clef de voûte représente le couronnement de la vierge et d'un Saint Michel terrassant le dragon, une niche encastrée dans le mur,
appelée fontaine, était peut être la piscine (cuve à ablutions), utilisée dans la liturgie chrétienne. Cette chapelle était éclairée par deux grandes fenêtres.
Le quatrième niveau, est la salle d'apparat, elle est magnifique. Elle est éclairée par trois fenêtres
trilobées. Les voûtes retombent sur huit culots historiés où sont représentés des personnages jouant des instruments de musique différents : la cornemuse, la vièle ou viole ancêtre du
violon, la luthée sorte de guitare, le tambourin, le luth, l'orgue portatif, le psaltérion triangulaire, le rebec ancêtre du violon. On a baptisé cette salle, la salle des Musiciens, qui est
éclairée par trois fenêtres analogues à celles de la chapelle. Ce sont les premières œuvres connues d'une sculpture médiévale gothique que l'on trouve habituellement dans la décoration des
édifices religieux, chapelles ou églises ce n'est pas commun aux forteresses militaires. On présume qu'Isabeau n'est pas étrangère à cette décoration, on sent la touche féminine dans ce monde
de brutes.
Le cinquième et dernier niveau, constitue la plate-forme de défense, qui était bordée autrefois par un
crénelage.
Par deux fois entre 1945 et 1980, on sonda et excava la salle basse du donjon, espérant y trouver le passage secret qu'avait emprunté Bernard de Congost pour s'enfuir lors du siège et la prise du château en 1210.
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