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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 03:00
bandeau texte vous avez la parole

 

Prologue : Lors de vacances, il y a ceux qui mémorisent tout simplement les images de ces nouveaux paysages qu'ils découvrent ; il y a aussi ceux qui prennent des photos pour immortaliser ces instants merveilleux ; et il y a ceux qui font l'un et l'autre mais plus encore, puisqu'ils ajoutent des commentaires leur permettant ainsi de garder graver à tout jamais un regard émerveillé ou déçu ; et il y a, pour terminer,  ceux qui prolongent leur voyage en "poétisant" le tout par l'écriture de textes qu'ils ont envie de partager avec  vous comme Marie-Claude ...

 

QUELQUES MOMENTS A MONTSÉGUR

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Moments privilégiés ! En ce début de juin, pas encore d’effervescence touristique comme  le laisse craindre l’importance du parking au pied du pog. Tout au plus une dizaine de voitures.

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moment privilégié

Moments de fascination au belvédère du Pas de l’Ours, première apparition lointaine de la forteresse sur son roc.  Une étendue immense,  grandiose, s’offre au regard. Au-delà du pog de Montségur, les lignes des crêtes se confondent  en courbes infinies dans un camaïeu de gris-bleu en harmonie avec un ciel nuageux. Espace infini où il semble que rien n’a changé depuis 700 ans. 

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fascination

Moments d’émotion historique au fil de la montée. Symboliques, des buis odorants témoignent de la vie qui s’est renouvelée  en ces lieux depuis des siècles. Les pierres  à  la couleur quasi métallique  portent la trace des milliers de pas qui s’y sont posés.

 

 

Moments d’équilibre précaire sur la crête sommitale de cette cité du vertige au surnom bien mérité. Instabilité accentuée par un vent violent qui emmène, mais rassurée par un bâton de pèlerin  qui donne  la sensation de tenir au  sol.

 

Moments d’émerveillement devant le contraste entre le présent qui se rappelle  à nous dans le lointain septentrion , face à l’austérité  sauvage de la résurgence  d’un passé  au sud .

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 émerveillement

Moments d’isolement propices à une forme de recueillement dans cette sorte de sanctuaire. Quand tout le monde est parti,  nous restons seuls sur ce lieu chargé d’une histoire qui étreint au point d’en faire oublier les pierres des murs construits ultérieurement.

Là ? Ici ? Un peu plus loin ? Beaucoup plus loin ? On n’a pas besoin de le savoir exactement. Univers transcendant… Force destructrice…Puissance d’un idéal… On aurait pu  quand même « les » laisser vivre encore un peu !

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isolement

Moments  d’attente solitaire pour notre cousine restée en bas dans la voiture en raison d’un handicap qui l’empêche d’accéder aux terrains difficiles.

 

Moment  décevant du retour à la réalité en visitant le village vers lequel  s’approche le pog, telle la coulée de lave d’un volcan.

Pourquoi être déçu ?

Je n’attendais tout de même pas qu’au détour du chemin, Esclarmonde m’apparût  sous une longue cape blanche.

Souhaiter que la vie se perpétue, revient à tolérer les marques du présent, même si elles paraissent plus ou moins esthétiques, à louer une ordonnance non dénaturée par une mise en forme artificielle et surfaite. Ainsi se cultive l’authenticité ; ici la vie existe, calme, permanente, ordinaire, exempte encore  du flux estival…

La campagne avec ses privilèges et ses désagréments…

 

 

DE L’EAU …ENCORE DE L’EAU…PAS TOUJOURS…

 

Mais où donc est l’eau ?

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Après  Fougax - et - Barrineuf, une route presque forestière suit  la sauvage et verdoyante vallée de l’Hers. Pélail, visible du belvédère du Pas de l’Ours, est le seul hameau aperçu le long de cette route qui s’interrompt au bout de quelques kilomètres. Puis,  un sentier la continue en longeant un torrent que l’absence d’eau rend étonnamment muet. C’est le lit de l’Hers.

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Les gorges de la Frau

 

Entre hêtres et résineux, parmi les buis odorants, nous montons avec le seul accompagnement des cris et chants d’oiseaux, des bourdonnements des insectes, et bientôt des gouttes de pluie sur les feuillages. Si l’eau ne se montre pas au fond de l’Hers, elle devient  présente dans l’air… Nous suivons ce lit encombré de pierres moussues  mais parfois  nous le laissons tout au fond de la vallée encaissée et profonde. Le soleil intermittent ne parvient qu’à éclairer  le sommet des falaises impressionnantes de la montagne de la Frau, qui, avec le plateau de Sault,  enserrent ces gorges. Elles  forment  la limite entre deux départements : Ariège et Aude et deux  régions administratives : Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

Axe économique important du XIème siècle au XVIème siècle,  reliant l’Ariège à la Catalogne,  c’est une partie du sentier dit des Bonshommes. Les derniers Cathares l’ont emprunté,  allant de maison amie en abri précaire, pour trouver refuge dans les hautes terres catalanes vers Urgell ou Berga.

Parfois, un arbre colonisant la paroi rocheuse,  nous montre les prouesses qu’il peut faire pour s’enraciner dans un espace aussi inconfortable  qu’exigu. Bicéphale ; ses racines se mêlent aux troncs pour former un enchevêtrement inimaginable. 

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Limaces noires et escargots  témoignent de  l’humidité ambiante. Les bois morts nécessaires à la présence de nombreuses espèces végétales et animales, assurent le maintien et l’évolution naturelle de la biodiversité dans cette réserve biologique intégrale. La lumière,  qui, à cette heure, ne vient pas jusque là, est donnée par le jaune éclatant et parfois l’orange  des adonis des Pyrénées.

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Le bleu partagé par les gentianes, les ancolies, est aussi  minutieusement distribué dans les myosotis dont  la signification du nom en allemand prend ici toute sa  justesse……VergissmeinnichtNe m’oubliez pas… Inoubliable, une promenade en ces lieux sans qu’aucune rencontre ne trouble ce privilège de complicité unique avec la nature.

 

Si l’Hers, au fond des gorges,  était à sec, à l’ouest l’eau est présente.

Parfois  cachée comme celle des multiples conduites forcées qui appartiennent  aux Pyrénées comme les phares au bord de la  mer. Elles dévalent le long des versants, traversent parfois la route qu’elles surplombent ou la  suivent consciencieusement comme dans la vallée du Vicdessos.

Au delà d’Ax-les-Thermes, après la traversée d’Orlu et le village d’Orgeix où un joli pont,   devant l’église,  propose  une vue de carte postale, on s’enfonce dans la vallée de l’Oriège. Dans un enclos, quelques chevaux de Mérens se protègent judicieusement du vent en se tenant tête bêche.

Après avoir dépassé la maison des  loups, on s’élève par une petite route jusqu’à la réserve nationale de faune sauvage d’Orlu. Invisible, ici, l’eau ne l’est plus. Des escarpements rocheux,  ruissellent les eaux vives qui se divisent ou se rejoignent en de multiples confluents.

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Images vivantes d’un poème écrit autrefois par Emile Verhaeren.

« L'entendez-vous, l'entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse. »

Tous ces ruisselets arrivent à l’Oriège, qui court  en bas après avoir bondi et rebondi sur les rochers en de multiples petites cascades. Là est toute la raison d’un paysage à l’abondance verdoyante et reposante. Pas d’eau, pas de verdure ! Inévitablement. Les gentianes jaunes promettent leur floraison  tandis que les grappes des asphodèles blancs  foisonnent.

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Plus inattendu,  mais pas tellement souhaité, est le clapotis  des gouttes de pluie,  me punissant d’avoir osé écrire un jour : « Ne pleut-il jamais dans ce pays ? » Certes la pluie est nécessaire mais on ne peut croire comme Gribouille que le fait de se cacher dans un ruisseau soit la panacée  pour se mettre à l'abri de la pluie. Demi-tour donc lorsque cela s’intensifie, d’autant plus que la Dent d’ Orlu, si belle derrière nous à la montée,  devient carrément invisible.

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Rien d’étonnant quand on veut écrire sur l’eau, que tout se termine…trempé sous la pluie.

 

A Ax-les-Thermes où il pleut encore, quelques disciples de Gribouille, prennent un bain de pieds assis au bord du bassin des Ladres. «  Libres d’accès et d’usages à toutes les époques, [ces] eaux chaudes  servaient tout autant à laver la laine, ébouillanter le cochon et faire la soupe,  qu’à soigner le corps »  (OT -  Ax-les-Termes)

 

Et un jour suivant, l’eau s’accorda un crescendo éblouissant.

Au fond de la vallée du Vicdessos, torrent au courant bien emmené, bien au-delà d’Auzat, se découvre le  hameau de Marc. Si l’on passe le petit pont, on s’élève vers toutes ces maisonnettes en pierres sèches. Plus souvent  gîtes de vacances que des demeures permanentes,  leur restauration non dénaturée ne contrarie pas les souvenirs d’un passé local. Vestige d’une autre époque, l’ancienne école est devenue un écomusée et une « miellerie », domaine de Maya, surnom que se donne l’apicultrice. Le préau est désormais surveillé par un ours-ruche, en bois sculpté, habité d’abeilles qui entrent et sortent par ses narines. Une corde à grimper suspendue à une poutre et des porte-manteaux d’un autre âge, rappellent un passé révolu et combien plus sonore. Car, le village est vide de présence humaine comme le sont tous ceux où le tourisme a pris ses aises. Calme, on ne peut pas vraiment le dire. Avant de franchir le pont, se fait entendre le grondement de l’eau  du torrent qui surgit  d’un étranglement.  Cela  devient aussi assourdissant qu’une chute alimentant  la turbine d’une usine … d’autrefois.

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Ceux qui se plaignent, à la campagne, du chant des coqs et du tintement des cloches doivent absolument perdre l’intention de louer un de ces gîtes (peut-être très bien insonorisés) qui surplombent  à la verticale le lit du torrent.

 

Invisible aussi pour nous, et sans regret  de notre part, l’eau qui est tombée du ciel  sur notre lieu de séjour, pour dévaler la pente en notre absence. Elle a fait craindre  à notre propriétaire  l’inondation de l’appartement. Accompagnée de grêle, elle a laissé des rigoles pleines d’eau entre les salades et des feuilles de courgettes en dentelle. Ce déluge n’était pas une vue de l’esprit.

 

« Été mouillé été qui mouille

C’est la fête à la grenouille

Eté qui mouille, été mouillé

Tous nos rêves sont noyés… »

 

On pourrait penser que la chansonnette ait trouvé  ici toute sa raison d’être. Pourtant si, comme le dit le proverbe, « en juin trop de pluie et le jardinier s’ennuie », nous ne nous sommes nullement ennuyés. C’est vrai que nous ne sommes pas jardiniers !

 

Entre Camurac  et Prades, un  berger, abrité sous un parapluie,  surveillait  son troupeau depuis la route. En souriant, il nous salua d’un grand geste du bras. Ce n’est pas lui qui viendra  contredire la fin de la chanson :

« Qu’elle est belle la vie par tous les temps »


 

PASTORALEMENT

 

Au-delà de Vicdessos, plusieurs itinéraires sont offerts. L’une des routes conduit vers le port de Lers en suivant les pentes ombragées d’une vallée profonde entaillée par une jolie cascade. L’ascension est bientôt interrompue par trois petites chèvres.  L’une est couchée au milieu de la route, obligeant à l’arrêt. Le temps de chercher un appareil photo, une seconde s’allonge à côté de l’autre, comme pour demander qu’un droit de passage soit acquitté. Racolage passif ? Bientôt, une voiture vient rompre le charme de cette scène bucolique, se range à notre gauche, tandis que la passagère distribue du pain que les demoiselles se disputent en de folles cabrioles. Tant pis pour l’instantané manqué !

Nous poursuivons la montée, ne croisant que des cyclistes, plus sûrement en entraînement d’une prochaine cyclosportive qu’en vraie promenade champêtre. Au sommet du col, le soleil, qui nous avait accompagnés jusque là, part ailleurs. Un versant de la montagne est occupé par un troupeau de vaches « ariégeoises »  que notre venue ne dérange pas. La plupart restent calmement  couchées à ruminer dans un pacage limité par un fil de fer barbelé. Au tintement cristallin de quelques clarines, se mêlent  bientôt les voix claires de jeunes enfants. Ils apparaissent bientôt au sommet et descendent à la queue-leu-leu, suivant un  invisible sentier en lacets. S’agit-t-il d’une sortie organisée du mercredi ?…d’une classe-découverte ?…botanique ? La flore, dans sa richesse et sa variété, le justifierait. Le groupe s’arrête de temps en temps pour des observations collectives. Quelques enfants distraits, devancent  les autres en courant jusqu’à la clôture qui les sépare de la route. L’un d’entre eux ose jouer le cavalier seul en passant sous le fil. Il se voit rappelé à l’ordre immédiatement. Sa récidive lui vaudra une nouvelle semonce, ainsi qu’une menace de sanction au retour. Il se tiendra obéissant. C’est remarquable : souvent les familles exercent une attention bien moins vigilante que les collectivités, sous prétexte d’accorder de l’autonomie aux enfants. Cette promenade pastorale s’achève quand le cheptel se répartit dans les deux minicars qui les attendent et descendent sur Vicdessos.

 

La route serpente en descendant dans les pâturages d’estive, la montagne offrant de véritables floralies.

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Ancolies tournant le dos

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Une étonnante diversité botanique éclaire le  paysage alors que les nuages s’amoncellent dans un ciel gris. Que de fleurs ! Je ne peux en nommer que quelques unes. L’une d’elles, fleur d’un souvenir : l’Ancolie des Pyrénées au bleu si lumineux. Pour moi, la plus belle de la montagne par sa corolle si majestueuse et ouvragée. Je l’avais découverte un jour de juillet 1977, à la Hourquette d’Ancizan, près du col d’Aspin. Sacrilège ! J’en avais cueilli une et l’avais fait sécher avant de l’envoyer à une amie, elle aussi éprise de montagne. Comme passée au rouleau compresseur, la pauvre fleur avait perdu toute sa grâce et sa beauté en même temps que sa couleur incomparable. La réponse ne s’est pas fait attendre.

« Comment as-tu pu cueillir une Ancolie ? Dans les Alpes, ce sont des fleurs protégées qu’il est interdit de cueillir ? Ne cueille pas les fleurs sauvages. Contente-toi de celles qui sont cultivées à cet effet ! »

La leçon a été entendue. Depuis, je ne cueille plus de fleurs au détour des chemins. Je déplore ceux qui le font. Je regarde ou je photographie.

 

Au fond du vaste cirque, se découvre l’étang de Lers, théâtre d’une autre occupation de plein air. Un ponton accueille des pêcheurs de truites. Activité occasionnelle et organisée. On s’étonne  que des lignes, lancées à 90° l’une de l’autre, ne s’emmêlent pas. Ces truites doivent être sourdes pour ne pas entendre les caquetages de tous ces pêcheurs d’un jour. Pour un poisson, mordre en  ces conditions, revient à être affamé ou suicidaire.

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Dans une étendue chahutée de rochers, la route  s’élève maintenant vers le col d’Agnes, tout en se rapprochant de plus en plus des nuages. Au sommet du col, un panneau rappellera la plaque lue  au bord de l’étang de Lers, à la mémoire de ceux qui sont passés ici au péril de leur vie  pendant la seconde guerre mondiale. Une carte d’orientation mentionnera les différents itinéraires plus ou moins directs qui transitaient en ces lieux. Pendant des siècles, les Pyrénées furent un espace de contact et d’échange entre les peuples. Emmanuel LE ROY LADURIE, dans son étude passionnante « Montaillou village occitan de 1294 à 1324 » ( folio histoire n° 9) raconte comment les pâtres montaient  et descendaient, accompagnant les troupeaux de moutons qu’ils faisaient estiver sur le versant français(ou plutôt fuxéen) alors qu’ils étaient hivernés en Catalogne. Transhumance de bétail… Transhumance des hommes. L’historien souligne tout l’apport culturel de ces mouvements. « Les cabanes d’estive montagnarde sont donc un dépositaire tout indiqué pour reliquats culturels : ce rôle de dépositaire, elles le tiennent également vis-à-vis des survivances du catharisme, qu’elles préserveront le plus longtemps possible à l’abri des polices de bas pays, par transmission orale, de berger vieux à berger jeune. 

…Dans un monde illettré et dépourvu de réseau postal, le berger salarié – chaussé de ses bottes de sept lieues – peut fonctionner comme messager ; il est chargé de transmettre des missives orales, pour le compte de son patron, relativement à telle ou telle affaire, ovine…, ou bien cathare et ultra secrète. »

Ce berger transmetteur d’informations, est- il si éloigné de ceux qui sont évoqués par ces mots

« …aidés par les bergers et autres patriotes. » ?

 

Mais l’arrivée au sommet du col d’Agnes est remise à plus tard par une autre déambulation qui se profile depuis le lacet supérieur. En file indienne, au pas lent et régulier qui leur sied, vaches et veaux descendent vers une autre pâture, tintant de toutes leurs clarines.

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Les voilà, mes Ariégeoises , de race Gasconne, recherchées depuis le début de notre séjour. Beiges à la naissance, les petits veaux blanchiront pour devenir adultes et prendront comme leurs mères cette belle couleur gris perle. Un taureau se distingue par son avant-train noir. Que ces vaches doivent être belles à leur montée en estive, leurs cornes enrubannées de pompons multicolores ! Dommage que l’éloignement m’empêche de proposer mon aide  à la réalisation de ces pompons de feutre. Cela me changerait de mes vaches poupées de chiffons. Nous stoppons   devant une voiture à l’arrêt que nous saurons être celle des éleveurs  encadrant et guidant le troupeau. Nous sortons. Je suis le conseil donné par mon mari en Franche-Comté quand, dans un chemin,  nous nous sommes trouvés face à mes filles préférées,  des Montbéliardes, de retour à  l’étable. Je reste immobile   pour ne pas les effaroucher. C’est curieux comme ces animaux si placides, d’apparence insensible, sont déconcertés par des présences humaines  inattendues. Ainsi, la meneuse du troupeau, après avoir tourné la tête dans notre direction, s’immobilise, dubitative,  au bord de la route.  Derrière, tout le troupeau se fige, comme nous devant. Au bout d’un certain temps,  la troupe s’ébranle d’un même pas tranquille. Les bêtes passent à ma droite sur la route ou à  ma gauche sur le talus. Je me retrouve au milieu du troupeau, pas très rassurée.  Courageuse mais non téméraire,  j’aime les vaches… quand une clôture nous sépare.  Mais je ne bronche, ni ne bouge,  n’osant  même pas les photographier. Chacune s’arrête à ma hauteur, me regarde des ses gros yeux ronds soi-disant inexpressifs. « Tu ne me fais rien ?  Je ne te fais rien. » Semblent-elles me dire.  Puis, guidées activement par Pilou le chien, encadrées par les éleveurs,  elles s’engagent  dans l’espace qui leur est dévolu. Même les petits veaux, souvent si prompts  à  gambader, suivent avec beaucoup de discipline. L’un de ceux-ci, pour ne pas perdre de temps, se met à téter sa mère.

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Une autre vache lèche consciencieusement le feu arrière droit de notre voiture. Quel délice la poussière des routes ! Si la plupart des membres de la troupe soulagent   vite leur  appétit dans le nouveau lieu de pâture, deux vaches et leurs veaux restent en expectative sur le bord du talus. Vont-ils passer ? Ne vont-ils pas descendre ? Je change de place pour leur laisser libre passage. Rien n’y fait.

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A  notre retour du col d’Agnes, nous trouverons  cette gente bovine restée là, couchée sur le talus, alors que les éleveurs sont partis.  Plus que méfiantes et peureuses, ces bêtes  seraient-elles récalcitrantes, voire contestataires ? L’une a poussé  la rébellion à être allée brouter toute seule de l’autre côté de la route. Quel caractère ! Le garçonnet du port de Lers fut moins libre de ses agissements…

 

Nous revenons sur nos pas vers l’étang de Lers pour prendre la route en direction de Massat.  Descentes et arrêts solitaires dans la vallée sauvage des Cartignous, par Mouréa et Port. Subsistent, plus ou moins restaurées, de rares granges en pierres sèches. Des toits aux lauzes rangées en écailles de poissons, selon une technique particulière et harmonieuse, s’appuient sur des murs solides où chaque pierre,  à nulle autre pareille, occupe une place qui lui semble réservée.

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Après le col des Caougnous, le col de Port est notre dernière étape. Ici, en 1972, un événement a troublé le calme pastoral. Une idée était née dans l’esprit de deux amis, Alain DARCHY, journaliste et reporter à la télévision, spécialiste en aéronautique et Georges BONNET, pilote d’essai. Leur projet audacieux consistait à poser un avion de tourisme à l’entrée de la grotte préhistorique de Bédeilhac, puis d’en décoller. Cet acte intrépide, idée pas si folle,  s’inscrivait dans les péripéties  autour  du passé récent de la grotte. Parti de Saint-Girons à bord d’un avion de tourisme Rallye, Georges BONNET choisit de prendre un cap direct en franchissant la barrière montagneuse du col de Port. Il réussit l’exploit d’atterrir à l’entrée de la grotte, puis il décolla et renouvela l’expérience avant de s’envoler à nouveau*. La réplique de l’avion qui figurera à l’entrée de la grotte, ne sera là que pour rappeler un événement qui sortait de l’ordinaire, sans espoir de virée dans cet espace protégé.

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vue en direction de Tarascon depuis le col de Port

Avant de suivre la vallée du Sauvat, pour descendre sur Tarascon et traverser le village de Bédeilhac, un concert inattendu nous fut offert par le dernier troupeau rencontré. Actives en cette fin d’après-midi, les vaches paissaient,  parmi les genêts en fleurs et les pousses de fougères. Symphonie pastorale improvisée par toutes ces clarines aux sonorités variées.

 

 Ainsi s’acheva une pérégrination trop brève à notre gré, approche d’une promenade qui se voulait plus bucolique si le temps l’avait permis.

 

* « Tango Roméo, Bravo ! » Christian Falliéro


 

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Par Marie-Claude P. / Jean-Pierre LAGACHE
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