BELCAIRE ÉTAIT DÉJÀ OCCUPÉ À L'ÉPOQUE DE LA PRÉHISTOIRE PAR DES ÉLEVEURS-AGRICULTEURS, EN VOICI LA
PREUVE,
AVEC L'HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DE LA GROTTE DE GARDOUCH, ET CE N'EST PAS UN HASARD SI UN VILLAGE A PRIS RACINE ICI ... SE SONT EUX LES ANCÊTRES BELCAIROIS.
Au centre du village,
dans sa partie haute, l'église de Belcaire domine la grotte
de Gardouch qui se situe à ses pieds
Avant de vous conter cette découverte importante, je tiens à préciser, que j'ai pris contact avec monsieur Pierre Clottes qui me donne l'autorisation de publier les textes de son étude archéologique. Je l'en remercie, c'est sympathique à lui, que le plus grand nombre en profite.
La Grotte de Gardouch (BELCAIRE, Aude) daterait de l'âge de bronze ancien, dans l'époque géologique Holocène, soit environ -5000 avant JC. Elle est située sur le plateau de Sault à 1050m d'altitude.
On situe mieux l'entrée de la grotte sur cette photo pointée par la flèche
L'entrée de la grotte de Gardouch à Belcaire sur le flanc abrupt de la paroi rocheuse
L'église de Belcaire
domine l'entrée de la grotte de Gardouch
Anthropologie de l'ossuaire de Belcaire (Bronze ancien du département de l'Aude) :
Les premières recherchent dans la grotte de Gardouch situé sous les ruines du château moyenâgeux de Belcaire dont il ne reste que quelques traces d'enceinte, ont commencé, au cours des années 1938-1939. C'est le docteur Martre, médecin de Belcaire aidé des gens du village qui commença la désobstruction de la grotte Gardouch, ce trou avait été bouché depuis des lustres par des résidus divers et variés. Érudit, le docteur ayant connaissance de l'emplacement approximatif de l'ancienne forteresse médiévale, supposa qu'il s'agissait d'une communication avec les oubliettes du château, puisqu'il trouva quelques ossements humains. Mais à cette époque, il ne fit vider que partiellement la cavité.
Une autre vue de l'entrée de la grotte de Gardouch
Il est utile de préciser
que l'accès à la grotte de Gardouch reste dangereuse du fait de l'étroitesse du boyau et des éventuels éboulis
Ce n'est que 24 ans plus tard, que Pierre Clottes instituteur à Belcaire apprit par ces élèves que des ossements avaient été trouvés dans cette grotte il y a de nombreuses années. Heureusement que la mémoire orale perdurait, car il s'en racontait des histoires fabuleuses autour de cette grotte. Pierre Clottes jeune instituteur fut très intéressé et décida d'entreprendre des fouilles plus poussées dans la grotte de Gardouch pendant l'année scolaire 1964-1965 avec la participation des élèves de la classe du certificat d'études.
La galerie a une section ovale de 2 mètres sur 1 mètre à l'entrée, puis se rétrécie de 60 cm à 50 cm au bout de 5 à 6 mètres. Cette première partie devait, d'après les observations, être obstruée par un bouchon d'argile. Malgré le déblaiement antérieur, il restait néanmoins dans ce premier tronçon de 6 mètres de long, 30 à 40 cm de sol archéologique, puis les 7 à 8 mètres suivant complètement déblayé. Au bout de ces 8 mètres de galerie, c'est là que les choses deviennent intéressantes, car la longueur restante du boyau avait été protégée de toutes intrusions par un bouchon d'argile. C'est dans cet espace profond et inviolé depuis des milliers d'années que fut trouvé la plus grande partie des vestiges, englués dans la glaise collante qui dut être séchée, puis trempée et tamisée au jet d'eau. Les recherches furent difficiles du fait de l'étroitesse de cette galerie, il fallait ramper à reculons sur 10 ou 15 mètres pour remonter les vestiges. Les enfants étaient très habillent pour ce genre d'épreuves, (en parenthèse : qu'un instituteur monte ce genre d'opération aujourd'hui avec ses élèves, en cas d'accident je n'ose imaginer à quoi il s'expose ...).
La première partie de la galerie abritait une sépulture incomplète, dans une poche de terre limitée par les parois de la cavité et un empilement de blocs de pierres placé à l'étranglement des parois d'une façon intentionnel et vraisemblablement destiné à murer la cavité, afin peut-être, pour protéger les sépultures.
A l'entrée de la grotte le sol fut fouillé aussi jusqu'à la roche, et là, surprise on y découvrit fortement soudé à la roche, le squelette entier d'un adolescent replié sur le côté, en position fœtale. Il était protégé par six blocs de pierre juxtaposés horizontalement au-dessus de lui. Cette sépulture intacte devait être à l'origine, protégée par une avancée de la voûte de la grotte, aujourd'hui disparue.
L'un des squelette retrouvé
dans la grotte de Gradouch, photo prise par Pierre Clottes lors de sa découverte
Il s'est avéré que cette grotte est une cavité sépulcrale, Pierre Clottes a pu étudier plusieurs sépultures datant du Chaolcolithique et du Bronze ancien.
Au total, elle mesure 25 mètres de long sur un parcours sinueux et exiguë, son accès s'ouvre en plein cœur du village dans une paroi rocheuse supportant les restes de la forteresse médiévale, près de l'église. Deux squelettes ont été découverts encore en place, outre les restes de nombreux individus.
Le mobilier funéraire est très abondant, varié et parfois original pour cette période comme : une quarantaine de perles de colliers en variscite et des pendeloques en calcite, test de coquillage, jayet, variscite et schiste ; un bracelet en bronze aux extrémités pointues, des poinçons et alênes en os ou ivoire, des éclats de silex dont certains retouchés, une petite hache polie, un broyon et des racloirs en quartz ou quartzite et divers éléments de parure dont plusieurs boutons prismatiques perforés en V.
De nombreux tessons de céramique ont été trouvés, comprenant surtout un pichet caréné à une anse et fond rond de 10,5 cm de haut sur 11 cm de diamètre, un gobelet à fond plat à profil en S de 10,5 cm de haut sur 9 cm de diamètre, les restes de plusieurs vases dont l'un intact, un petit vase double de forme phallique. il est en effet composé de deux petits gobelets hémisphériques accolés, munis d'une paroi interne commune perforée et d'une languette permettant la préhension et donnant une assise à ce très curieux objet quand il est posé. Son usage était sans doute celui d'une petite lampe à huile.
De nombreux restes de blaireaux et de renards montrent bien que ces animaux fouisseurs ont largement contribué au bouleversement des vestiges.
Des charbons de bois recueillis sur site, ont fait l'objet d'une datation au radiocarbone et ont donné l'âge surprenant de 7140 ± 350 BP* soit 5190 ± 350 Avant JC.
Déjà en 1934, lors de la construction d'un bassin de réserve d'eau potable, un entrepreneur mit au jour des tessons de poterie, des graines de céréales grillées et une ou plusieurs lames de métal vert (sans doute du bronze) on ignore ce que sont devenus ces objets archéologiques.
Poteries diverses exposées au Musée de la Préhistoire de Belvis
n° 1 et 3 poteries de Fontanès de Sault - 2, 4 et 5 poteries de la grotte de Gardouch à Belcaire
Une très jolie pendeloque
trouvé à Belcaire, taillée dans un morceau d'ivoire, le recto ressemblerait à une tête de sanglier ou de cervidé, symbole de puissance, le verso représenterait un loup portant sur son dos un
aigle. L'objet mesure 2 cm de long, 1,5 cm de large et 3 mm d'épaisseur.
Concernant l'étude anthropologique des restes osseux d'époque chalcolithique retrouvés dans la grotte de Gardouch, celle-ci a permis de dénombrer 12 adultes ou adolescents masculins, 12 féminins, 10 indéterminés et 7 à 8 enfants. Ils étaient tous dolicho-mésocéphales à face étroite et de petites tailles (1,61 m pour les hommes et 1,51 pour les femmes), alors que pendant cette même période on trouve un peu partout dans le Midi, des individus brachycéphales et de plus grande taille. La différence est que le mésocéphale a la longueur de son crâne égale à sa hauteur, tant dis que le brachycéphale a la longueur de son crâne inférieure à sa hauteur. Ces constatations laissent à penser que nous avons à faire ici, à des individus issus d'une population indigène présentant des caractères hérités du Mésolithique. D'après l'aspect des ossements et des dents la santé de ce groupe paraît avoir été bonne. Il n'a pas été trouvé de trace des grands brachycrânes ou brachycéphales qui se rencontrent souvent dans les sépultures ayant livré des éléments de la civilisation à gobelets campaniformes.
En conclusion de cette étude anthropologique, les spécialistes messieurs Barthès et Riquet, nous disent : "la population des villages examinés possède des traits génétiques d'un groupe pyrénéen occupant la région orientale de la chaîne pyrénéenne. Ces groupes s'apparentent à ceux du Capcir, du Languedoc-Roussillon, aux populations nord-méditerranéennes, à celles d'Espagne, de Sardaigne et même d'Afrique du Nord. Ces caractères peuvent correspondre aux populations d'agriculteurs-éleveurs qui, depuis le Moyen-Âge et de l'Afrique du Nord ont peuplé le Sud de l'Europe, il y a 10 000 ans environs..."
* L'expression "avant le présent", ou "Before Present" en anglais (abrégée en BP), est utilisée en archéologie pour désigner les âges exprimés en nombre d'années comptées vers le passé à partir de l'année 1950 du calendrier grégorien.
Ce reportage a été réalisé sur la base d'informations provenant de la revue "L'anthropologie" datant de 1980 tome 84
Auteurs publiés dans la revue : B. Barthet - Raymond Riquet - J. Clottes et P.Clottes
Pour l'anecdote, je voudrais rendre un petit hommage ayant un rapport avec ce reportage : je me souviens qu'en 1972, lorsque nous sommes arrivés à Belcaire dans les circonstances relatées dans les premiers articles du site, le maire de Belcaire, qui était à l'époque Monsieur Émilien CAUX (maire de 1965 à 1977), celui-ci nous avait prêté les clés du petit musée où, à cette époque, avaient été entreposés tous les vestiges issus des fouilles de la grotte de Gardouch. Émilien CAUX nous l'avait proposé spontanément et si gentiment, à notre grand étonnement, il a eu confiance ! Pendant nos vacances nous l'avions rencontré plusieurs fois, nous l'avions trouvé très avenant et vraiment très sympathique, la preuve on s'en souvient encore, il y a des choses comme cela dans la vie, que des personnages communiquent, font que l'on ne les oublie pas. Si vous voyez Monsieur Émilien CAUX qui a aujourd'hui 89 ans, passez lui mon amical Bonjour, il se souvient peut être de nous.
J'ai le souvenir aussi, qu'en
1974 mon copain Philippe Lottin est entré en rampant dans la grotte accompagné de notre ami Guy Calmels. C'est impressionnant car le boyau est vraiment étroit, faut être spéléo
!
Pour votre information, tous les vestiges de la grotte de Gardouch sont aujourd'hui visibles au Musée de la Préhistoire à Belvis sur la D613 près de Quillan, un musée qu'il faut visiter ! voici l'adresse :
Musée de la Préhistoire
La Cauna
11340 BELVIS
Le responsable du musée s'appelle Mr Francis FARGUES
Le musée est ouvert sur rendez-vous
Tél. 04.68.20.37.62
Tél. (heures repas) 04.68.20.78.35
La Cauna de Belvis est en fait un site paléolithique sur lequel a été créé le Musée de La Préhistoire où sont exposés tous les vestiges trouvés dans toutes les grottes du Pays de Sault depuis de nombreuses années.
Diverses haches taillées dans différentes roches finement polies, la hache n° 6 est en bronze et la 9 est constitué par un rognon de silex.
Les spécimens n°1-2-3-4 proviennent de Roquefeuil, le n° 5 de Belcaire, n°6-7-8-9 de Le Bousquet et de
Roquefort-de-Sault
Meules
néolithiques en granit rose provenant du Pech des Sarrasis près de Belcaire.
Si vous avez des photos ou de
compléments d'informations à apporter à cet article cela sera avec plaisir que je compléterai celui-ci, prenez contact avec moi ...
Pour beaucoup d'entre nous,cette grotte fut un terrain de jeux et d'aventures formidable.Elle a sussité un engouement pour la speleologie et léquipe de secours en montagne qui fut la fierté du corps des Sapeurs Pompiers de Belcaire
Merci à Mr CLOTTES.......Le patrimoine souterrain du "plateau" est conséquent
il mérite certainement quelques pages sur ce site BASILE
je profite de l'occasion que tu me donnes Basile, pour lancer un appel : c'est l'occasion de mettre au jour ce patrimoine souterrain trés intéressant, si vous avez des photos, des documents pour que je puisse monter un ou des articles sur ce sujet cela sera avec plaisir, prenez contact avec moi. jp@belcaire-pyrenees.com
Jean-Pierre
Guilhem