... suite, l'abbaye de Fontfroide 2ème partie ...
Le jardin du cloître du monastère de Fontfroide
Vous êtes au coeur même de l'abbaye !
Je vous propose, que nous fassions le tour du cloître magnifique de l'abbaye de
Fontfroide
Remarquez les détails des chapiteaux des colonnes supportant les arcs plein cintre, autre détail, l'usure des
banquettes taillées dans la pierre, c'est là où les moines se retrouvaient et méditaient en lisant
Le cloître, est un espace clos enserrant un petit jardin d'agrément avec au centre un puits très profond où
l'eau y est glacée
Les croisées d'ogives magnifiques des galeries du cloître lumineux, éclairées par des arcatures et des oculi
que vous apercevez ici
Vous voici au
coeur de l'abbaye, le petit jardin du cloître, espace clos, des massifs fleuris organisent cette perspective autour du puits, dominé par le clocher de l'église.
Le plan structurel de l'ensemble du monastère
Autre vue, du jardin du cloître de
Fontfroide et son puits
Entre le XIII ème et le XIV ème siècle Fontfroide rayonne !
Les dons des bienfaiteurs affluent, les moines mettent en valeur les terres par leur travail, le domaine s'agrandit considérablement.
Fontfroide devient l'une des abbayes la plus riche de l'ordre, avec ses 25 granges, son vin excellent, son élevage qui compte au milieu du XIV ème siècle plus de 20 000 têtes de bétail. Les rois d'Aragon et les comtes de Foix, protecteurs de l'abbaye, leurs avaient concédé le droit de libre pâture sur leurs terres.
Ce cloître vous offre un ensemble architectural sublime, on reste contemplatif
Deux périodes de construction et deux styles différents se sont succédés ici. Le premier cloître a été bâti de la fin du XII ème au début du XIII ème siècle selon les règles de l'art roman.
La partie basse, notamment les doubles colonnettes et leurs chapiteaux à décor de feuillages supportant les arcs datent de cette époque. Car ce premier cloître avait ses quatre galeries couvertes par une charpente en bois avec un toit en appentis.
Par la suite, dans la seconde moitié du XIII ème siècle, quand Fontfroide prospère, un important remaniement
s'opère suivant le goût et les nouvelles techniques de l'époque, c'est l'âge gothique, que vous pouvez observer surtout dans les partie supérieures. Les colonnettes romanes seront surmontées de
hauts tympans, percés d'oculi de différentes dimensions. L'ancienne couverture en bois est remplacée par de la pierre, les voûtes d'ogives retombent le long des murs sur de superbes culots
finement ciselés à deux mètres du sol.
Gros plan, sur les superbes colonnettes romanes ceinturant le cloître. Colonnettes en marbre, alternant le rose de Caunes, la griotte des Pyrénées, le blanc veiné de gris ou de vert.
Admirez aussi les chapiteaux aux motifs végétaux les plus variés, des photos montrant ces détails s'offrent à
vous ci-après
Je prendrai bien le temps de lire à l'ombre de ce cloître, mais il y a tant de détails à admirer, que l'on a envie d'en faire le tour plusieurs fois
Des personnages illustres ont été formés à Fontfroide, comme Arnaud Nouvel qui était le 38 ème père abbé de Fontfroide a été nommé ensuite en 1310, cardinal occupant la charge de vice-chancelier de l'Église, il est envoyé comme légat du Pape en Angleterre. Il meurt en Avignon le 14 août 1317 et selon son vœux il est enterré au pied du maître autel de Fontfroide.
Jacques Fournier neveu d'Arnaud Nouvel, est un inquisiteur zélé et rationnel, né dans les années 1280 dans le nord du comté de Foix, il est élu abbé de Fontfroide en 1311. Il était sans doute d'humble d'origine, mais un de ses oncles était déjà abbé de Fontfroide. Après avoir étudié à l'université de Paris, il recueillit la succession de son oncle et devint abbé de Fontfroide. Connu pour son érudition, il fut choisi comme évêque de Pamiers en 1317 où il se signala par la recherche des hérétiques, par "ses poursuites obsessives et maniaques". Puis il devint évêque de Mirepoix. Son registre d'inquisition à Pamiers a été étudiée à plusieurs reprises et est à la base du "Montaillou" livre écrit par l'historien Le Roy Ladurie. En 1327, Jacques Fournier devient cardinal et en 1334, il est élu pape en Avignon, sous le nom de Benoît XII. Ce moine austère s'efforça de moraliser les monastères et imposa ses vues rigoureuses en matière de dogme. Il fait construire le Palais des Papes à Avignon où il meurt le 25 avril 1342 et est enterré dans la cathédrale d'Avignon. Avec cette disparition, l'abbaye perd son dernier grand protecteur, les années difficiles vont commencer.
Dans la galerie Sud, deux bassins de pierre servaient au rite de
"mandatum", c'est une coutume qui remonte à Saint Benoît et que les Cisterciens
observaient à la lettre : chaque samedi avant Complies, les deux religieux de service de cuisine (celui qui commence et celui qui termine) lavent les pieds des moines comme Jésus-Christ, le
Jeudi Saint. Cette cérémonie se passe dans la galerie nord du cloître, elle est suivie de la lecture spirituelle ou collation puis de l'office des Complies.
Ce lieu à quelque chose de magique ...
Tous les jours, à la fin du travail et avant le repas du soir, le père abbé
lisait dans ce cloître et il commentait des textes patristiques
Vue sur la partie Nord / Ouest du jardin du cloître
Ici on aperçoit la galerie Nord avec au-dessus, les cellules dortoirs des moines
cisterciens
Vue sur la galerie Sud du cloître, longeant mur de l'église, au fond on aperçoit vaguement une statue, c'est
celle de la vierge et l'enfant jésus, vous verrez des photos ci-après.
On imagine ces moines Cisterciens assis là, à gauche, lisant le recueil dit des "Collationes" qui relate les souvenirs du séjour de Cassien en Egypte au V ème siècle et de ses entretiens avec les pères du désert, sur la perfection ascétique et sur les moyens d'y parvenir. Il faut savoir, qu'au Moyen Âge, on avait l'habitude de lire aussi les "Collationes" pendant le repas du soir, qu'il finit par s'appeler... collation !
Superbe !! détail sur les chapiteaux aux motifs végétaux très variés, ils sont
pratiquement tous différents, du grand art. On peut identifier, des feuilles de roseau, de chêne, d'acanthe, d'érable, etc ...
On remarque aussi les marbres différents des colonnettes, le rose vient de
Caunes Minervois, le rouge des Pyrénées.
La galerie Sud vue de l'entrée de l'église
Une belle photo en noir et blanc des colonnettes de la galerie Sud du cloître de
Fontfroide
La finesse et surtout de la conservation de ces décors floraux ornant tous les chapiteaux des colonnettes du cloître, m'épatent, quand on sait qu'ils datent du XIII ème siècle.
Ce cloître présente une ornementation d'une richesse exceptionnelle avec son style architectural très développé.
Je vous ai confectionné un montage panoramique, vous montrant une très belle
perspective de deux galeries du cloître de Fontfroide
L'éclairage variant je n'ai pas résisté à vous offrir ce deuxième panorama
pris sur d'un autre angle du cloître
La peste noire fait son apparition à Marseille en janvier 1348, elle progresse sur Narbonne dès le mois de février mars, on ne compte plus les décès, la communauté de Fontfroide est réduite à 20 moines.
Fontfroide en 1476, tombe en commende, la communauté est dirigée sur place par un prieur conventuel nommé par le père abbé de Clairvaux.
Pendant trois siècles, trois familles vont prendre possession du titre abbatial, les Narbonne-Talairan de 1476 à 1519, puis les Frégose originaires de Gènes de 1579 à 1646 et ensuite les La Rochefoucauld de 1667 à 1717.
Par décision du chapitre général, en 1594, la division des biens de Fontfroide entre une mense abbatiale dont les revenus vont aux abbés commendataires nommés, depuis le concordat de Bologne (1516), par le roi de France et une mense conventuelle permettant la subsistance d'une communauté réduite à 16 moines.
Vous êtes ici dans la galerie Est, au fond une des entrées de l'église
jouxtant le cloître. A gauche la porte menant aux dortoirs des moines situés au-dessus de la galerie Nord. Au centre, une salle sur votre gauche, c'est la salle
Capitulaire.
La même galerie Est, photo prise à l'opposée de la précédente, la salle
Capitulaire se trouve à droite
La salle Capitulaire ou salle du Chapitre, le seuil massif, puissant, marquant
la transition avec le cloître, vous offre une salle majestueuse, puissante mais dans la légèreté du fait de ses fines colonnes. L'arcade centrale en plein cintre s'appuie sur deux groupes de
quatre colonnes de marbre entourant une cinquième. Extraordinaire encore ce lieu, cette salle Capitulaire a vraisemblablement été construite entre 1180 et 1280.
Salle Capitulaire sous un éclairage différent, contre les trois murs pleins, arcs et nervures reposent sur des chapiteaux très simples de colonnes légèrement amorcées.
La salle capitulaire, aussi appelée salle du chapitre, est le lieu où se réunissait ordinairement la
communauté religieuse d'une abbaye. Capitulaire vient du mot latin capitulum, qui veut dire "tête" ou "chapitre".
On y règle les questions de discipline ; c’est également là que se discutent les questions matérielles, se décident l’admission des novices, ont lieu l’élection des abbés et la réception
des hôtes de marque, sont faits le prêche des sermons, les annonces et proclamations communiquées par l’évêque ou le pape. Les convers par exemple sont appelés à assister aux assemblées les dimanches et fêtes et lors de certaines annonces concernant les moines dans leur
ensemble. L'abbé siège en face, au fond, dans l'axe.
Salle Capitulaire sous autre éclairage, remarquez ici les ogives et doubleaux très rapprochés soutenus par les colonnes de marbre, il y avait de sacrés architectes et tailleurs de pierre à l'époque ! Ici les chapiteaux évasés sont ornés de deux rangs de feuilles plates, ce qui n'est pas un hasard, puisque se sont des représentations stylistiques du "Cistel", le roseau d'eau des étangs de Bourgogne qui a donné son nom à Cîteaux. Sachez que Cîteaux fut le berceau et chef de l’ordre cistercien, l'ordre fut fondée par Robert, abbé de Molesmes en 1098. L'abbaye de Cîteaux était un centre spirituel majeur en Europe.
Intérieur de l'église, au fond de la croisée du transept Nord, un escalier
relie directement l'église au dortoir des moines
Le mur de la galerie Est, il est contigu à la porte de l'église, une statue bourguignonne de la vierge et l'enfant avec un panier de roses surplombant celle-ci. On pense que cette partie a été obturée car il laisse deviner derrière l'emplacement de l'armarium. En latin l'armarium est une armoire, mais pour les cisterciens et ici c'est un évidemment ménagé sous l'escalier du transept où étaient conservés les livres nécessaires aux offices, les textes de l'Ancien Testament, et les oeuvres des Pères de l'église.
A gauche gros plan sur la statue bourguignonne de la vierge et l'enfant jésus
avec un panier de roses surplombant celle-ci et à droite une autre statue de la vierge et l'enfant jésus visible dans l'église
Avant de pénétrez dans l'église, je n'ai pas pu résister à prendre ces deux dernières photos du cloître, la galerie Nord et son jardin ci-dessous
Le jardin vu de la galerie Est
La galerie Est du cloître, photo prise de la porte de l'église
En 1764, par lettres patentes, Louis XV consent à l'abrogation du titre abbatial de Fontfroide et à l'incorporation des biens de la mense abbatiale au siège épiscopal d'Elne. Les moines ne sont plus ce qu'ils étaient, ils vivent en seigneurs plus qu'en cisterciens, ils dépensent plus qu'ils ne reçoivent en aumônes. Ils achètent de beaux éléments décoratifs, maître-autel, statues, tableaux de Gamelin pour décorer le réfectoire.
Après une période faste, l'abbaye tombe en commende et connaît un inexorable déclin.
Ses biens furent vendus après la Révolution, le 14 février 1791, le dernier moine, Dom Campredon quitte l'abbaye qui est incluse dans la vente des "biens nationaux". Mais le prix d'acquisition étant trop inférieur à l'estimation, la vente est cassée et les bâtiments ainsi que les terres réunies au domaine de l'Etat, les revenus sont affectés aux hospices de Narbonne.

Zoom sur le vitrail splendide de la nef
Bravo l'artiste !
Impressionnante cette église de Fontfroide, on est surpris par le gigantisme d'une telle réalisation dans une abbaye.
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