Partager l'article ! Les marchands ambulants dans nos campagnes sauvent la désertification !: Hommage aux marchands ambulants. Dans un passé pas si loin ...
Hommage aux marchands ambulants. Dans un passé pas si lointain, les commerçants ambulants étaient très nombreux, ils parcouraient inlassablement les campagnes, s'arrêtant dans le moindre hameau. Vendant à crédit, ils acceptaient de n'être payés qu'après la rentrée des récoltes. Les produits proposés ne semblaient pas très nombreux, mais ils sont bien adaptés à la clientèle rurale. L'épicier ambulant acceptait aussi le troc et repartait avec des œufs, des poulets et des lapins. Il sait s'adapter à la clientèle tout en ne perdant pas au change.
L'épicier ambulant tisse du lien social au volant de son camion magasin. C'est encore un métier d'avenir. Les personnes isolées, âgées guettent le camion magasin de l'épicier comme un gardien de phare attend la relève. Bien souvent dans les campagnes françaises il faut faire des kilomètres pour acheter du pain ou le moindre produit d'alimentation, car tous les petits commerces ont fermés. Les épiciers ambulants, heureusement qu'il en reste encore quelques uns pour palier à cet éloignement, sans cela, les personnes qui ne peuvent pas conduire quitteraient la région. C'est une activité bien développée dans nos campagnes qu'il faut maintenir à tout prix, pour la sauvegarde d'un monde rural en péril où déjà de nombreux services publics ont fermé.
Marchand ambulant en 1915
Marchand ambulant en 1925
Marchand ambulant en 1960
Voici un article très intéressant de Céline Samperez-Bedos publié récemment dans le journal
La Dépêche du 10 novembre 2010
Pour une fois ce n'est pas moi qui fait le constat, lisez un peu ce qui est écrit, méditez !
Des articles comme on aime, proche des gens !
L'ÉPICIER AMBULANT AU SALUT DU PAYS DE SAULT
Guy Toustou et ses premières clientes de la tournée du mardi, à Mazuby : Rose Fontvieille (à droite) et Marie-Rose Bareilla / Photos DDM, Léa Donnat
Depuis 14 ans, Guy Toustou ravitaille les communes et les hameaux isolés du pays de Sault à bord de son épicerie ambulante. Nous l'avons suivi une journée. Premier volet de cette épopée montagnarde.
On ne s'aventure pas en pays de Sault sans un minimum de précautions. Guy Toustou en sait quelque chose. L'hiver, l'épicier ne se déplace jamais sans sa paire de bottes en caoutchouc, une pelle, une veste supplémentaire, des pantalons de rechange et ses chaînes « achetées sur internet ». Rien à voir avec les anciens modèles « qui te mettaient comme une pelhe » parce qu'il fallait se coucher sous le camion pour les fixer. Ces chaînes-là sont quasiment révolutionnaires : « Elles se mettent presque toutes seules ! ». En ce début du mois de novembre, la neige a déjà fait une brève apparition sur le plateau. Du grésil aussitôt fondu. Pas de quoi fouetter un chat. Les gros flocons immaculés, le paysage plongé dans la ouate : « Moi j'aime ça ! C'est si beau », dit notre hôte. Même au cœur de l'hiver lorsque le verglas s'en mêle sur les petites routes qui jouent au yo-yo dans la montagne, d'Espezel à Counozouls ? Même. « Et de toutes façons, là-haut, elles m'attendent les mamies ! », rigole-t-il.
À l'assaut de la montagne, Guy Toustou ne craint ni les coups de froid, ni les coups du sort. « Je n'ai jamais manqué une seule fois ! », claironne-t-il. Salarié de la SARL Petit Louis basée à Espezel, il ravitaille, depuis 14 ans, les villages et les hameaux perchés du piémont pyrénéen, quatre fois par semaine. D'un naturel accort, il met dans sa mission toute sa bonhomie et sa générosité. À 8 heures, la journée démarre par un immuable rituel : l'approvisionnement du camion. Avant de nous embarquer à ses côtés et de partir en tournée, on l'a rejoint à ce moment plus crucial qu'il n'y parait. Car outre les fruits et légumes, le fromage à la coupe, la charcutaille, les bonbons, et autres détergents, Guy Toustou fait parfois office de pharmacien et de banquier pour rendre service à l'un ou l'autre de ses clients. L'épicerie ambulante est née voici vingt ans. Olivier Pech, patron de la SARL Petit Louis a souhaité poursuivre l'activité créée par son frère, à sa mort. « Il y avait une demande sur le plateau. L'idée, aussi, c'était de développer l'affaire, de trouver un autre débouché commercial. Mais aujourd'hui, vous savez, à part l'été, il n'y a plus grand monde là-haut. L'épicerie ambulante, c'est du lien social et on n'est pas aidé par les pouvoirs publics pour le maintenir », raconte le père Pech, alias le restaurateur Petit Louis, incontournable figure du pays de Sault. « Pendant un moment, on vendait aussi des sandalettes et des blouses. On a arrêté. Maintenant, on ne fait plus que de l'alimentaire », souligne Guy Toustou. L'été, le pays revit : les résidences secondaires familiales retrouvent leurs occupants. À l'automne, les chasseurs affluent les weeks-ends. L'hiver, les derniers habitants (les plus jeunes ont la soixantaine) font figure de résistants.
Le quadra, papa poule de deux gamins de 11 et 13 ans, avale 400 kilomètres par semaine, au volant de son épicerie ambulante. « Et 400 km en montagne, c'est 2 000 km en plaine ». Les freins du camion sont mis à rude épreuve sur l'étroit ruban de bitume où les éboulis rocheux, les chutes de pierre et les nids de poule sont d'une banalité confondante. Le commerçant a trouvé la parade : un dispositif de freinage électrique, soit « deux gros aimants posés sur le cardan » reliés via un câble à une commande manuelle qu'il actionne depuis le tableau de bord. Et c'est diablement efficace ! Nous y reviendrons, demain…
tournées > sur le plateau. Guy Toustou part ravitailler les petites communes isolées les mardis, jeudis, vendredis et samedis. La tournée du mardi est la plus longue, celle du samedi, la plus dense en termes de fréquentation de clientèle.
« A la base, je suis menusier' mais j'ai travaillé à la scierie avant l'épicerie. Je ne pourrais pas tenir dans la boutique. Il me faut bouger !» Guy Toustou
«Un nouveau laboratoire en germe»
Maisons closes, rares habitants : ce qui frappe sur le plateau, c'est l'abandon. Même s'il constate la décrue de la démographie et les effets d'une désertification cruelle, l'ethnologue et photographe Jean-Pierre Piniès reste optimiste sur le devenir de cet étonnant pays. En 1975, il fit partie de la cohorte de chercheurs, historiens, médecins, préhistoriens et autres linguistes venus participer à une enquête globale initiée par Jacques Ruffié et Jean Guilaine. Pourquoi Sault ? « Parce que la civilisation traditionnelle était en train de finir, sauf là. Ce pays était un extraordinaire laboratoire », se souvient le vice-président du GARAE (groupe audois de recherche et d'animation ethnographique). Inchangées depuis le Moyen-Âge, certaines techniques agricoles subsistaient. Itou pour la tradition orale solidement implantée et incarnée par le grand conteur Pierre Pous. « Et puis, il y avait une forme de sociabilité dans l'entraide, dans l'organisation quotidienne ». Cette société brille aujourd'hui de ses derniers feux. Mais n'a pas dit son dernier mot : « Quelque chose de nouveau va se faire, que nous ne verrons sans doute pas. Il a fallu quatre à cinq siècles pour que se bâtisse ce qui s'achève, alors… », sourit-il. Son regard se porte sur les « nouveaux néo-ruraux, moins portés par l'idéologie de la vie en communauté que la première vague issue de mai 68 ». Ces « nouveaux » pensent leur rapport à l'agriculture à l'aune de l'écologie et de ses enjeux. « Et cela redeviendra un laboratoire formidable. Pour le moment, tout ceci est en germe », analyse-t-il. Il voit dans la forêt qui a regagné du terrain des potentialités agricoles : de nouveaux paysages comme de nouveaux horizons à conquérir. « Très peu de fils ont repris les exploitations et c'est vrai qu'aujourd'hui, ce sont les derniers autochtones qui vivent dans ce pays. Une génération a manqué mais je crois que ce sont les petits-fils et les arrières petits-fils, très attachés à leurs racines qui reviendront dessiner le nouveau visage du pays de Sault ».
C. S.-B.
« Entre gestes et mémoire »
« Chez eux tout, au-delà de la monotonie et de la trivialité du quotidien, tout est harmonieux, car tous les gestes, y compris les plus simples, même au moment des plus grands efforts, s'éloignent de la brutalité ou de la force exhibée pour elle-même et composent les figures d'un ballet, à la limite du perceptible, qui ordonne les formes et donne sa saveur au bon déroulement des heures et des jours », peut-on lire dans l'ouvrage de Jean-Pierre Piniès qu'il aussi abondamment et soigneusement documenté. Les images déroulent un rythme hors du temps, agricole et pastoral.
« Je ne peux pas les laisser seuls là-haut »
Un autre jour : Toujours en compagnie de Guy Toustou, l'épicier itinérant que nous avons suivi aujourd'hui, lors de sa tournée du mardi au Pays de Sault.
Tut ! Tuuuuut! ça, c'est le coup de klaxon intempestif et répété de Guy Toustou qui signale son arrivée. La pluie a laissé la place au soleil. Sur la petite route qui serpente dans la forêt, le bitume détrempé prend feu : les frondaisons rougeoyantes d'automne se mirent sur la chaussée. Lentement mais sûrement, la camionnette de l'épicier prend de la hauteur. La roche prédomine maintenant. « On est dans une zone où il y a des chutes de pierre en permanence ! », prévient-il. Premières maisons groupées comme une nichée. Nous voici à Mazuby. Savante manœuvre pour garer l'épicerie sur roues, puis l'ouvrir sur le flanc pour déplier le rayon des fruits et légumes. Il n'y a pas long à attendre. Du fond d'une ruelle, bonnet vissé sur la tête et panier de ménagère au bras, surgit Rose. « Ah ! C'est ma chérie ! Si elle avait quarante ans de moins, je l'épouserais ! », taquine Guy, malice au coin de l'œil. Rose Fontvieille, 82 ans, rigole de bon cœur. « Moi, je prends tout ici. Tant qu'il viendra, ça nous ira bien. Il maintient le rural. De toute façon, je n'ai pas de voiture », confie cette fidèle cliente. Il y eut bien un restaurant qui faisait office d'épicerie dans le village. Fermé après la guerre. Et 200 habitants dans les années 30, la moitié dans les années 50, 22 aujourd'hui. Partout dans les villages du pays, la plupart des bâtisses sont des résidences secondaires familiales repeuplées aux beaux jours.
« Il faut même que je lui remplisse le chèque ! », s'exclame l'épicier sous le regard complice de Rose. « C'est comme une grande famille ! », poursuit le commerçant. Ici, une vieille dame qui lui tend son porte-monnaie ou sa liste de provisions. Là, il raccompagne une autre habituée sur le pas de sa porte en lui trimballant son panier bien garni. Et toujours un mot gentil, un sourire. La fois d'avant, il a même livré des chrysanthèmes. Son métier ? Une mission. « Je ne peux pas les laisser seuls là-haut ». L'inverse est vrai aussi. « Ses petites mamies » lui offrent des gâteaux faits maison. À Mazuby, avant de filer vers Aunat, on a sacrifié au rite de la pause chez Antoine et Marie-Rose Bareilla. Sur la table, un pot de café fumant et des madeleines en rond sur une assiette.
Table gargantuesque
Et ce mardi, comme tous les mardis de tournée, quand l'estomac gargouille sur le coup d'une heure, Françoise Petit, maîtresse femme qui cache sa tendresse sous un caractère bien trempé ouvre grand sa porte et sa table gargantuesque à Escouloubre. Pâté de sanglier, soupe gratinée, bœuf en sauce, pâtes de coings parfumées… Dans le temps, cette Quillannaise qui a suivi son éleveur de mari, aujourd'hui retraité, tenait un restaurant dans le village. Elle mitonnait des plats, tout ce qu'il faut de bon et roboratif, pour les ouvriers, les artisans et autres gars de l'EDF qui bossaient dans le coin. Le restau a fermé. Les artisans ont suivi le mouvement et quitté le plateau. Pas Françoise, 60 ans, ni Roger, 67 ans, son époux, pompier bénévole rangé du camion rouge. « Dans le temps, il y avait quinze pompiers ici », se souvient l'ancien éleveur d'une quarantaine de gasconnes. Les paysans se comptent aujourd'hui sur les doigts de la main : trois sur la commune.
À Escouloubre-les-Bains, la route serpente au fin fond de la vallée, près de la Bruyante et de l'Aude qui partagent le même lit. Une odeur de soufre. L'eau chaude surgit de la roche. Les anciens hôtels thermaux ont fermé leurs portes depuis belle lurette. La camionnette fait halte deux fois. Dont une à la sortie, devant la maison de poupée de Josette Drevon, 65 ans, emmitouflée dans une robe en laine qui n'en finit pas et d'une longue écharpe turquoise. Elle n'a qu'une bicyclette pour ses déplacements. Et des doigts de fée qu'elle emploie à broder, peindre et tricoter. « Je suis sans voiture, sans rien, sans mari. S'il ne venait pas, je serais marron ! C'est mon épicier, mon kiné ! », s'amuse-t-elle, rapport à cette fois où il lui a massé ses épaules endolories par un torticolis tenace. « Josette, la prochaine fois, j'aurai un de ces pâtés de tête… Tu m'en diras des nouvelles ! »
Le chiffre : 100
km > de tournée. C'est, à quelque chose près, le nombre de kilomètres parcourus par Guy Toustou, lors de sa tournée du mardi, d'Espezel à Counozouls avec arrêts à Mazuby, Aunat, la Bessède-de-Sault, Escouloubre-les-Bains, Escouloubre, Le Bousquet, Buillac et Counozouls.
« Je me suis lancé dans cette activité complémentaire de ma boucherie à Axat. ça diminue un peu chaque année. C'est la fidélité qui nous maintient » Yves Tissandier, boucher itinérant croisé à Escouloubre.
Merci au Journal La Dépêche de me
permettre d'effectuer ce relais d'information.
Il se passe toujours quelque chose sur ce site qui vous surprendra et vous intéressera. Pour ne pas rater le prochain reportage qui est en gestation, c'est simple, suivez le conseil indiqué ci-dessous :
--------------------------------------
www.belcaire-pyrenees.com vous propose de vous envoyer gratuitement par e-mail un petit courriel pour vous prévenir à
chaque parution d'un nouvel article sur ce site, c'est simple et pratique, c'est automatique.
Votre adresse e-mail reste cachée par des *** personne ne peut la voir, elle reste confidentielle.
C'est aussi une façon pour vous, de soutenir ma démarche.
Inscrivez-vous c'est gratuit, il suffit de saisir votre adresse e-mail dans le menu de gauche "Inscription à la Newsletter", ou en cliquant ICI.
Tester, vous verrez c'est
génial, cela ne vous engage en rien et vous pouvez annuler quand vous le voulez !
Cela fait maintenant deux ans et plus de 100 000 visiteurs sont venus sur ce site
!
L'aventure continue ... avec vous, toujours de plus en plus nombreux
Derniers Commentaires