Partager l'article ! MINERVE AU COEUR DU MINERVOIS, entrez dans l'histoire d'une tragédie cathare. 2ème partie: Voici la seconde partie de l'histoire t ...
Voici la seconde partie de l'histoire tragique qu'ont subi les cathares à Minerve, village situé au Sud du département de l'Hérault ...
Minerve se situe non loin des châteaux de Lastours et de la magnifique abbaye romane de Caune-Minervois, que vous pouvez voir sur ce site, il vous suffit de consulter le Sommaire
Une vue générale du village médiéval de Minerve bâti sur un promontoire, au confluent de la Cesse et du Brian.
Ces profonds ravins renforcent la majesté de ce haut-lieu tragique de la croisade albigeoise. Les canyons que vous pouvez parcourir à pied en période estivale, car ils sont à sec.
Se sont les dolmens qui parsèment le canton et qui ont donné son nom à la région (en occitan MENERBES, qui vient du celte, signifie "le Pays des pierres").
Un des tunnels naturels creusés par la Cesse
LE SIÈGE DE MINERVE
A la mi-juin 1210, il arriva devant ce village bâti sur un éperon, formidablement pourvu de défenses naturelles grâce aux falaises qui bordent le confluent de deux canyons très profondément creusés, la Cesse et son affluent le Brian, falaises elles-mêmes surmontées à l'à-pic de remparts et de tours. Pour gagner le village lui-même en arrivant par le causse, il fallait et il faut toujours franchir un étroit passage entre les deux rivières, dont les lits sont à cet endroit très proches l'un de l'autre. Sur ce passage était édifié le château.
Minerve et son pont enjambant la Cesse à 40m de haut, à droite, il reste les vestiges du crénelage
A gauche, l'église Saint-Étienne vu sous l'arche maçonnée du pont de Minerve. A droite, la base de la tour du château primitif, dernier pan de pierres appelé "la Candela"
Le village fortifié de Minerve était d'une force incroyable avec ses remparts et pouvait prétendre défier les armées croisées.
La configuration du site interdisait tout assaut. Simon qui était fin stratège, compris qu'il n'y avait qu'une façon de réduire à merci la place : la bloquer complètement, et l'avoir à l'usure. Il disposa alors à l'Est, c'est-à-dire sur la falaise rive gauche du Brian, face au village fortifié et au même niveau que lui, son immense armée, renforts reçus au printemps. Cette armée était constituée de Français d'Île-de-France, d'Angevins, de Bretons, de Lorrains et même d'allemands. Tous ceux là furent rejoints par des Gascons levés par l'archevêque d'Auch, et par une petite troupe de Narbonnais, qui avaient des comptes à régler avec leurs voisins du Minervois. La comtesse Alix et leur fils aîné Amaury étaient du voyage.
Une belle vue de Minerve, la partie Sud au confluent de la Cesse et du Brian
Le canyon du Brian, en direction du Nord
Le sentier de randonnée le GR77 longe les gorges du Brian sur l'encorbellement Ouest, ( à mi-hauteur de la falaise à gauche de la photo)
Une des rares photos de Minerve Sud / Est, vers le puits de Saint-Rustique. J'en profite pour vous signaler que les remparts sont encore visibles de nos jours sur tout le pourtour du village.
Les vestiges de la tour du château primitif, appelé "la Candela"
Une autre vue de "la Candela", partie Nord / Est du village
de Minerve
Simon demanda aux Gascons d'installer leur camp à l'Ouest, sur la rive droite de la Cesse, et les mit sous le commandement de Guy de Lucy. Il disposa des croisés au Sud, juste au-dessus du confluent. Au Nord, donc sur le causse, face au château qui verrouillait l'accès au village, et quasiment de plain-pied avec lui, Aimery de Narbonne prit position avec sa troupe. On construisit quatre machines de jet, une pour chaque corps d'armée, Simon s'étant réservé la plus puissante, les soldats l'avaient surnommée "Malevoisine".
Voilà le genre de machines de guerre utilisées à l'époque, des trébuchets
Bientôt, carreaux d'arbalètes et boulets de catapultes plurent sur Minerve par-dessus les ravins de la Cesse et du Brian. Mais les défenseurs tinrent bon. Des habitants de Minerve descendront dans le ravin du Brian la nuit du 27 juin 1210, pour escalader les falaises d'en face avec des sacs d'étoupe, de la graisse, du bois sec, et tenter d'incendier les machines de guerre des croisés. Ils ne purent hélas, empêcher ces derniers de détruire le seul point d'eau dont disposait Minerve, village entièrement construit sur le roc, ce puits couvert était situé en bordure du lit du Brian (il subsiste encore quelques vestiges). De jour en jour, la situation des défenseurs devint plus dramatique. L'été devint torride, un soleil de plomb, les toitures des maisons qui ne cessaient de s'écrouler sous les projectiles, les morts qu'on ne pouvait enterrer sur place, les blessés qu'on ne pouvait plus soigner, la puanteur, la faim, la soif …vous imaginez le contexte. Au bout de sept semaines, Guillaume de Minerve, tentant d'éviter le pire, se résigna à négocier sa reddition. Pour sauver sa peau, il fallait faire soumission à l'Église de Rome et abjurer la foi cathare. L'abbé de Citeaux Arnaud-Amaury en régla les modalités : Minerve serait donnée à Simon de Montfort ; son seigneur Guillaume de Minerve recevrait des terres près de Béziers, moyennant son allégeance au vainqueur ; les habitants auraient la vie sauve, y compris les parfaits et parfaites cathares, s'ils abjuraient la religion cathare. De fait, trois femmes seulement acceptèrent de renier leur foi.
Après que les croisés furent entrés dans Minerve au chant du Te Deum, croix et bannières en tête, on dressa un grand bûcher, sans doute dans le lit asséché de l'un des ravins certainement au confluent des deux ravins, où une calade (rue en pente pavée) et une poterne (petite porte dérobée pratiquée dans une fortification) permettent toujours de descendre aisément, et l'on y précipita cent quarante parfaits et parfaites, certains se précipitèrent d'eux-mêmes dans le feu. Ce terrible événement se produisit exactement le 20 juillet 1210 et non le 22, car ce jour là Simon fit une importante donation à l'évêque de Béziers. Tous les autres habitants abjurèrent l'hérésie et obtinrent le pardon de l'Église. Guillaume de Minerve rejoindra quelques années plus tard l'armée du comte de Toulouse.
Très beau moulage du visage d'une femme cathare, d'un artisant Minervois
A gauche, le sceau de Simon IV de Montfort (1165-1218). A droite, le sceau d'Amaury de Montfort
Le siège de Minerve contient en lui tout ce qui va faire de la croisade une impitoyable machine de guerre. Machine de guerre sainte, propre à la fois à réduire militairement la résistance armée et à éliminer par le bûcher toute dissidence religieuse. Pour nombre de faidits, la chute de Minerve sera le signal du découragement.
A gauche, le sceau de Roger Trencavel vicomte de Carcassonne ( -1209). A droite, le sceau de Raimond VI comte de Toulouse (1156-1222)
Photo prise du Nord / Ouest de Minerve
Après quoi, répondant aux appels multipliés du Saint-Siège, de grands prélats comme les évêques de Chartres et de Beauvais, l'archidiacre de Paris, de hauts barons de France comme les comtes de Dreux et de Ponthieu, avaient levé une énorme foule de croisés, d'après les notes du moine chroniqueur Pierre des Vaux-de-Cernay, qui devaient lui-même rejoindre Simon de Montfort quelques mois plus tard. Cette grande armée de croisés se rendit au siège de Termes. Jamais la croisade n'avait réuni autant de combattants depuis la prise de Béziers. Mais jamais, non plus, elle ne s'était trouvée devant une telle forteresse. Et il lui fallut presque quatre mois pour en avoir raison … Si vous désirez connaître la suite du siège de Termes avec de nombreuses photos, rendez-vous ICI.
Une vue de Minerve Ouest, prise du lit de la Cesse
Le côté Sud / Ouest de Minerve, les remparts suivent parfaitement l'aplomb de la falaise
En 1242, la vicomté de Minerve est supprimée et devient chef-lieu de bailliage. La cité est rattachée au royal et plus particulièrement à la sénéchaussée de Carcassonne.
En 1255, la garnison lui est retirée, on laissera sur place d'abord un bailli puis un simple viguier (juge rendant la justice au nom du roi ou du comte dans le Midi de la France, jusqu'en 1789), car Minerve n'était plus considéré comme lieu stratégique.
Au XVIème siècle, la cité connaît encore l'assaut de bandes huguenotes.
Le 7 août 1636, Louis XIII ordonne la démolition des fortifications.
Plus aucun événement ne viendra ensuite troubler la vie rurale du village. Minerve sera rattachée au département de l'Hérault après la Révolution.
Le pont de pierre qui enjambe la Cesse permet aux véhicules à quarante mètres de hauteur d'accéder au village, il fut bâti entre 1908 et 1912.
Minerve Nord / Ouest
Enfin ! quelques photos des petites rues moyenâgeuses de Minerve
Vous imaginez l'état dans lequel devait se trouver le château et les remparts après ces semaines de siège agrémentées de bombardements. Toujours est-il qu'il ne reste presque rien de ce Minerve de 1210, sinon quelques éléments de maçonnerie des soubassements des remparts et du château. Les éléments actuellement les plus "visibles" datent, dans le cadre d'un mouvement de reconstruction des forteresses occitanes, de la fin du XIIIème siècle. En 1271, Philippe le Hardi réunit définitivement le Languedoc à la couronne de France et Minerve devient alors une châtellenie avec un gouverneur.
Minerve et le viaduc, vu du lit de la Cesse au printemps
Photo de gauche, la petite rue descendant vers la poterne Sud. A droite, (la Grande-Rue) une des rues pavées très étroites de Minerve, qui ont un charme certain
L'église romane Saint-Étienne de Minerve
De ce temps de guerre et de feu, Minerve conserve quelques vestiges qui se confondent aujourd'hui avec la pierre dure et blanche des gorges de la Cesse et du Brian où l'eau a créé des ponts naturels, sortes de tunnels creusés dans la roche. Le bourg est classé parmi les plus beaux villages de France. De style roman du XIème siècle, l'église Saint-Étienne domine la cité, tout comme la tour octogonale, la Candela, vestige des fortifications de Minerve. Devant l'église, d'où l'on domine des failles abruptes, une stèle rappelle aux visiteurs le martyr des cathares. A voir, le chœur et l'autel wisigothique de l'église Saint-Étienne. Le Minervois est par ailleurs remarquable pour ces édifices religieux de style roman comme par exemple l'abbaye de Caunes-Minervois qui figure parmi les joyaux de cet art roman que vous pouvez admirer ICI.
La rue de la Tour qui accède au Parking visiteurs Nord
Un plan détaillé pour éviter de vous perdre dans les petites rues étroites de Minerve
Du château situé au Nord de Minerve, il ne reste que la candela et une façade à l'Est, au-dessus des gorges du Brian, mais il s'agit surtout des restes de la forteresse royale établie après la croisade.
La légende veut que le parcours emprunté par les cent quarante cathares que l'on mène au bûché soit cette rue aujourd'hui baptisée rue des Martyrs.
Dans cette rue des Martyrs, se trouve le musée Hurepel où sont présentées des scènes illustrant les grands moments de l'épopée des cathares en miniatures en terre cuite fabriquées à la main. Il y a aussi la galerie Jean-Luc Séverac peintre et sculpteur minervois auteur de la célèbre "Colombe de lumière", ainsi qu'un musée d'archéologie et de paléontologie très intéressant (voir les photos ci-après).
Né de la passion d'un jeune couple de viticulteurs, le musée HUREPEL de Minerve propose sous forme de figurines d'argile le récit sonore de la tragique épopée des cathares occitans
Des personnages plus vrai que nature. Chaque santon est une pièce unique, les décors sont réalisés à partir de matériaux naturels (pierres, mousses, lichens…), le tout baigné d'une lumière évocatrice du soleil du midi
Michel Gasc, l'hôte de ces lieux, très sympathique, pourra répondre à toutes vos questions
C'est vraiment bien fait, une photo en 3D des combats qui ont eu lieu à
Minerve
Il y a aussi le musée d'archéologie et de
paléontologie de Minerve qui regroupe toutes les trouvailles des archéologues de la cité.
Languedoc Comté de Melgueil Denier et obole d'argent, j'adore ces pièces du passé.
Le saviez-vous ? Le denier de Melgueil est une des plus célèbres monnaies féodales du Languedoc médiéval. La monnaie de Melgueil, qui était la monnaie officielle de la ville de Montpellier, elle est citée dans des textes dès le Xème siècle. L’aspect de ces monnaies était assez irrégulier, en raison de techniques de frappe rudimentaires. Ces monnaies étaient plus ou moins noires en fonction de leur teneur en argent fin et en alliage. Fines et légères elles se tordaient assez facilement, et il n’est pas étonnant d’en voir beaucoup qui portent des traces de pliures. Cette monnaie meurt à la fin du XIIIème et du XIVème siècle.
A gauche, la "Candela" et le côté Ouest du village. A droite, la superbe rue des Martyrs
Porche de la ruelle descendant vers la poterne Sud
Le viaduc vu du village vers l'Ouest
Photo de 1927, de la Poterne Sud et un vestige d'une tour des fortifications de Minerve dite tour de "la prison", souvenir probable de son ancienne utilisation au temps des guerres de religion. Elle est de plan semi-circulaire de cinq mètres de diamètre, voûtée en coupole dans sa partie inférieure et possède encore trois archères. Elle défendait un des accès de la cité donnant sur la vallée de la Cesse.
Photo de 1927, voici les restes de la maison appelée à tort "couvent des templiers", et qui est sans doute une ancienne commanderie de l'ordre de Malte.
Il ne reste que la porte ogivale, surmontée à la clef d'un écu primitif en forme de cadenas, taillé en relief dans la pierre, et portant bien visible encore la croix à huit pointes.
1982, le premier monument à la mémoire des cathares morts sur le bûcher, la célèbre "Colombe de lumière" sculptée par Jean-Luc Séverac est érigée sur le parvis de l'église face au causse, il est le symbole du souvenir de ses martyrs. L'inscription gravée sur le monument "als catars" signifie "aux cathares".
Près du calvaire de l'église Saint-Étienne, le monument à la mémoire des "parfaits" suppliciés
Le monolithe "Colombe de lumière" de Minerve
Détail de la "Colombe de lumière"
Le village paisible de Minerve, est propice aux nids d'hirondelles à portée d'objectif, comme ici une nichée dans l'encoignure d'une porte basse.
Je rajouterai un petit mot avant de terminer, sur Pierre des Vaux de Cernay, il était un
moine cistercien de l'abbaye des Vaux-de-Cernay, historien il meurt après 1248. Il fut le chroniqueur des croisades albigeoises. Il a suivi Simon de Montfort pour raconter l'histoire,
faisant l'apologie de celui-ci. C'est grâce à lui que nous connaissons tous ces détails de cette période. Il était à Minerve au moment des faits.
Son " Historia Albigensis " est une des sources importantes pour connaître la chronologie de ces Croisades.
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