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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 02:00

Le château de Puilaurens est cité dans des documents datant de la deuxième moitié du X ème siècle, notamment en 958 dans une charte où Lothaire concède à l'Abbaye Saint-Michel de Cuxa la prévôté de Puilaurens qui est composée de la vallée de la Boulzane ou vallée Saint-Croix. Le document mentionne aussi la présence d'une église Saint-Laurent servant de refuge fortifié et perché d'époque carolingienne.Le nom de Puilaurens apparaît aussi dans une bulle datée de 985, émanant du pape Jean XV. On ignore cependant à peu près tout du château de cette époque, si ce n'est qu'il est rattaché à la Vicomté de Fenouillèdes, "le Pays des foins", dont le vicomte est suzerain du comte de Besalù.

 

Une superbe vue aérienne du château de Puilaurens face Nord vous permet de constater que son environnement est effectivement verdoyant !

La face Sud du château de Puilaurens, bel ensemble qui vous permet de voir aussi les chicanes

Panorama de la cour intérieur du château de Puilaurens, à gauche la muraille et la tour Sud, au fond, côté Ouest, le donjon et la tour de la Dame Blanche

La muraille et la tour Sud, en arrière plan, la montagne Estable et son pic qui culmine à 1495 mètres

On remarque de nombreuses traces sur les murs, une importante partie des bâtiments accolés aux murailles devait être consacrée au stockage.

Outre les armes et les munitions (carreaux d'arbalète), il était nécessaire qu'en cas de siège, la place soit bien pourvue en vivres.

L'intendance royale gérait depuis Carcassonne l'approvisionnement des garnisons de la frontière en denrées pouvant être conservées.

Ces réserves étaient surtout constituées de blé, en grain ou en farine et de viande salée, principalement du porc. Les fouilles archéologiques ont aussi livré des traces de consommation de mouton et de chèvre, plus rarement de bovin ou de gibier, volailles et lapins, élevés sur place, amélioraient ponctuellement l'ordinaire.

Vu du donjon, la tour Sud et le pech Carabatets en arrière plan

La forteresse domine au Nord, le village de Lapradelle

Au XII ème siècle, le comté de Besalù disparaît au profit du comté de Barcelone et Puilaurens devient alors possession espagnole. Lorsque le royaume d'Aragon est fondé en 1162, Puilaurens et plus généralement le Fenouillèdes se retrouve en position de marche-frontière. Ils seront rattachés à la couronne de France en 1255, après les succès de la croisade contre les Albigeois (1208-1229). Puilaurens devient alors le plus méridional des châteaux du royaume français.

Au cœur de la rivalité franco-espagnole, le roi de France, Louis IX, ordonne en août 1255 au sénéchal de Carcassonne la consolidation du château, édifié dans un site en tous points stratégique. En 1258, le château devient le siège d'une garnison royale après le traité de Corbeil. En 1259 cette garnison forte de vingt-cinq hommes est placée sous les ordres d'Odon de Montreuil. Du haut de son piton rocheux, Puilaurens surveille la vallée de la Boulzane qui constitue une importante voie de communication entre la France et l'Espagne. Philippe Le Hardi (1270-1285) et Philippe Le Bel (1285-1314) renforceront encore, au cours de leur règne, le caractère défensif de Puilaurens. De ce fait, ces mesures ne furent pas inutiles, car la forteresse eut à subir de nombreux assauts. Dans la seconde moitié du XIV ème siècle, Puilaurens doit ainsi repousser plusieurs incursions menées par les Aragonais, comme en 1362 ou en 1376. Un siècle plus tard, la guerre entre ces deux royaumes est réactivée du fait des visées expansionnistes du roi de France Louis XI qui parvient à étendre son royaume en conquérant le Roussillon et la Cerdagne au détriment du roi Jean II d'Aragon.

 

Plan de la citadelle de Puilaurens

Au pied de la poterne Nord, les archéologues ont mis au jour ici une citerne extérieure d'environ 25 m³ alimentée par l'eau de pluie.


Deux autres citernes sont encore visible dans le château, les réserves en eau atteignaient au total plus de 50 m³, volume sur-dimensionné par rapport aux seuls besoins de la garnison et des animaux présents dans le château. Par contre, l'importance de ce dispositif est pleinement justifiée par les grandes quantités d'eau utilisées lors de travaux de maçonnerie et d'entretien des constructions adossées aux murailles. L'eau de pluie était acheminée par des canalisations de plomb ou de terre cuite, l'eau traversait, à l'entrée de la citerne un système de filtrage à base de gravier, de charbons ou de scories de forge. L'étanchéité de la citerne était assurée par du mortier de chaux mêlé de terre cuite broyée, appelé mortier de tuileau. Quatre couches au minimum, étaient très soigneusement lissées sur les parois. Différents produits comme le vinaigre ou des macérations d'écorce de chêne pouvaient être ajoutés à la dernière couche pour provoquer des réactions chimiques favorisant l'étanchéité.


 

La tour de la Dame Blanche constituée de pierres à bossage très caractéristique au moyen-âge.

Cette tour dite de la Dame Blanche domine le chemin d'accès, on l'appelle ainsi selon la légende locale, peut-être en souvenir de Blanche de Bourbon (1339-1361), petite nièce de Philippe le Bel qui serait passée là en allant épouser à l'âge de 14 ans, le roi de Castille Pierre le Cruel, celui-ci la fit emprisonner et assassiner. La tour possède, entre les étages, un conduit porte-voix, creusé dans la paroi, permettant de communiquer entre les deux étages.

  

Différentes ouvertures que l'on nomme "archères"

L'intérieur de la tour Sud / Est, on remarque parfaitement les encorbellements supportant un plancher autrefois

Gros plan sur les archères de la Tour Sud / Est

Tour Sud / Est gros plan sur la ceinture de "corbeaux" pouvant supporter un plancher

 

A droite la souricière de la porte d'entrée de la forteresse surmontée par l'accès au donjon et à gauche la courtine Nord courant le long du donjon, on remarque les "corbeaux" encore en place soutenant autrefois le plancher du chemin de ronde

 

On m'a posé plusieurs fois la question, sur la provenance des pierres qui ont servi à la construction de ces forteresses du vertige, pour la grande majorité, elle proviennent des sites proprement dit où elles sont érigées. Je vous présente ici à gauche, un croquis que j'ai trouvé intéressant, sur la façon dont ces pierres étaient extraites de la montagne au moyen-âge. A droite une courtine, espace étroit de circulation dans le château supérieur.

 

Voici l'état de conservation et les détails architecturaux intéressants du château supérieur pour les amoureux des vieilles pierres. Les fenêtres relativement larges du premier niveau marquent le caractère résidentiel du bâtiment disparu.

 

L'entrée et l'intérieur de la Tour de la Dame Blanche

Tour de la Dame Blanche : plafond voûté sur croisée d'ogives retombant sur des culots prismatiques et une clé cruciforme, de la salle basse, cet espace est muni de deux archères. La tradition du pays affirme que cette salle est la chapelle, dédiée, nous le savons par un texte, à Saint louis, à cause sans doute de la clé cruciforme de la croisée d'ogives. En fait, rien ne prédispose cet espace à une destination particulière. L'emplacement de la chapelle demeure à ce jour indéterminé !

 

Nous sommes toujours dans la partie supérieure du château de Puilaurens

 

L'entrée de la Tour de la Dame Blanche, on voit aussi ici des fenêtres à coussièges ou bancs, des planchers devaient occuper cette partie de l'espace, car on distingue les trous (boulins) aménagés pour y loger les poutres supportant un plancher

L'intérieur d'une partie haute du site, c'est une partie habitable, carrée 5,10 x 5,20 mètres, remarquez la rainure creusée dans l'épaisseur de la muraille, elle servait à l'encastrement de planches, l'endroit préfigure l'aménagement de latrines

 

A gauche une vue prise du donjon et à droite la photo des mâchicoulis Ouest où il ne faut être sujet aux vertiges, vous apercevez aussi la saignée porte-voix creusé dans la paroi reliant les deux niveaux de la tour de la Dame Blanche, ce qui est très rare, et fermé par une grille, des latrines. Vous êtes sur la partie la plus ancienne du château peut-être antérieure au XIII ème siècle

Une vue de la tour de la Dame Blanche plein Ouest, vous apercevez en bas le parking, votre point de départ pour accéder au château

 

D'autres photos des aménagements de la partie supérieure du château et des accès au donjon

La cour basse du château de Puilaurens sous un autre angle

De la tour Sud / Est vous pouvez presque toucher le pech Carabatets, la nature est belle !

objectif plein Est sur l'enceinte inférieure et le pech Carabatets
Au Nord vue de Lapradelle et son viaduc de 190 mètres de long
Une photo aérienne dénichée montrant le château de Puilaurens côté Ouest, ce qui permet de voir, que cette muraille suit parfaitement le profil de la montagne, c'est le savoir faire médiéval
Une carte postale ancienne montre ici le château de Puilaurens sur sa face Sud
Une autre photo ancienne montrant aussi le château de Puilaurens sur sa face Sud

L'état de ruine actuel du château n'est pas le fait d'une destruction brutale mais plutôt d'un manque d'entretien chronique, suivi d'une récupération des matériaux dès l'abandon effectif de la forteresse au début du XIX ème siècle. toutes les dalles de chemin de ronde, ont été prélevées par les gens du pays et réemployées, les murs fragilisés ont alors subi pleinement l'assaut des intempéries. Plusieurs campagnes de fouilles ont eu lieu dans les années 1990 qui ont amélioré la lisibilité et la compréhension du site.

Vous noterez aussi que le paysage environnant du château a beaucoup changé depuis la fin de la seconde guerre Mondiale. La disparition des troupeaux de chèvres et de moutons, conséquence de la désertification rurale, a entraîné un développement considérable de la forêt qui couvre aujourd'hui une superficie rarement atteinte au cours des siècles précédents, d'ailleurs vous pourrez le constater sur de vieilles photos présentées dans la troisième partie de ce reportage sur le château de Puilaurens.

Voici quelques définitions :

 - Archère : fente verticale aménagée dans le rempart permettant de tirer en restant protégé. Le terme meurtrière, plus général, correspond mieux aux ouvertures courtes et carrées destinées aux armes à feux.

 - Courtine : portion de rempart entre deux tours.

 - Poterne : petite porte dérobée placée dans un endroit peu exposé.

 - Corbeau : pierre en saillie destinée à soutenir une corniche ou une poutre.

 - Boulin : pièce de bois amovible engagée horizontalement dans la maçonnerie. Les boulins servent en général de support aux échafaudages.

 - Mortier de chaux : les différents types de chaux sont tous obtenus à partir de pierre calcaires chauffées à haute température dans un four adapté. la chaux, mêlée de sable ou de gravier et d'eau, constitue un mortier assurant une excellente cohésion des maçonneries de pierres.

 - Mortier de tuileau : mélange de chaux et de fragments de briques ou de tuiles broyées. Ce mélange favorise la solidité et le séchage de l'enduit dans le milieu clos des citernes. Reconnaissable à sa couleur rose caractéristique. Il est maîtrisé depuis l'Antiquité.

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Par Jean-Pierre LAGACHE
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