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Quelle idée !! Marie-Claude fidèle lectrice du site, qui adore jouer avec les mots, a rédigé ce texte surprenant couché sur le papier, ce que le regard a perçu lors de la retransmission à la télé de la 14 ème étape du Tour de France. Revivez le 18 juillet 2010, l'étape qu'il ne fallait pas manquer : la traversée de l'Aude, le franchissement du col de Pailhères et l'arrivée à Ax-les-3-Domaines. Je vous laisse apprécier, merci à Marie-Claude pour sa collaboration.
18 JUILLET 2010 : FANTAISIES EN DILETTANTE SUR UNE RETRANSMISSION TÉLÉVISÉE.
« Tempête de ciel bleu ! » sur le Tour de France lança un commentateur de la télévision dans la traversée de l’Ariège et de l’Aude. Certes ! C’est sous un soleil resplendissant et un ciel bleu lumineux qu’on a pu enfin voir ce pays.
« Ah ! J’ai vu, j’ai vu… Compère qu’as-tu vu ? » disait la chanson.
J’ai vu des ruines de château, des châteaux sans ruine, cathares ou non cathares, à volonté. De Lagarde, qui, à la fin des travaux fut surnommé le « Versailles du Languedoc », à Puivert, il y eut aussi Léran… Sibra… ou Queille, transformé en chambre d’hôtes. Puivert, capitale des Troubadours, ayant fait l’objet d’une prestation précédente, autrefois rendez-vous de cours d’amour. En 1170, eut lieu un congrès de troubadours en présence d’Aliénor d’Aquitaine. Plus près de nous, il a servi de cadre cinématographique à des films comme La 9ème porte…Les peuples migrateurs…La passion Béatrice.
Sans voir les coureurs, Camon a montré ses rues aux maisons ornées de nombreux rosiers, dont certains sont les plus beaux de France. Elle a fait visiter son abbaye-château aménagée au XVIIIème siècle. Appelée La petite Carcassonne, Camon, qui a fait partie de l’Aude avant de rejoindre le département de l’Ariège, est construite dans les méandres de l’Hers. Cette situation est à la base de l’étymologie de son nom : forteresse du méandre.
A Chalabre, pas plus qu’à Quillan, je n’ai vu l’ombre d’un chapeau. Pourtant, naguère, ces couvre-chefs ont rendu l’industrie florissante dans ces deux localités. Puis, on traversa une localité bien connue des cruciverbistes : Fa.
Pyrénées trompeuses…Les coureurs faisaient croire qu’ils se promenaient sur de longues lignes droites bordées d’arbres, tandis que se profilait au loin, la barrière qu’il allait falloir franchir. Peu de temps avant, les commentateurs ayant déploré l’absence de banderoles, Esperanza leur en proposa une « VIVE JAJA ». Il faudra leur dire à ces habitants du bout du monde, là et dans la montée du port de Pailhères où l’on put lire sur la route : ALLEZ POUPOU …Il faudra leur dire de se mettre au goût du jour. Ces deux personnages étaient bien sur le Tour, mais JAJA, consultant talentueux, sur une moto et POUPOU dans une voiture. Nulle intention ironique dans ces propos. Bien au contraire. Je n’ai pas oublié le temps lointain où notre fils âgé de deux ans appelait tous les coureurs cyclistes « des poupous » à force de nous entendre justement dire : « ALLEZ POUPOU ! ». Le Tour de France est dans la famille depuis si longtemps ! Si mon mari évoque souvent le duel historique ANQUETIL/POULIDOR sur les pentes du Puy-de-Dôme, les albums de photos de mon père montrent des photos de la montée du Ballon d’Alsace en 1934, avec des coureurs nommés VERVAECKE, EZQUERRA, MORELLI, VIETTO * . Et puis, Allez Poupou ! est aussi populaire que les Vas-y Bobet qui ont précédé.
Les coureurs se nommaient à présent, CASAR, EVANS, CONTADOR, HUSHOOD, SCHLEK…ARMSTRONG encore un peu. Il y avait aussi celui que les commentateurs appelaient toujours le petit Damien MONIER… 1, 88m quand même ! Un « pays », licencié à Riom.
Mais avant la montée du col, les gorges de l’Aude nous furent révélées comme jamais on ne peut les voir. Depuis l’hélico, des vues à vous couper le souffle : défilé de Pierre-Lys, gorges Saint-Georges, gorges de l’Aude…somptueuses ! Des murailles, véritables défi du vertige. La Muraille du Diable, impressionnante. Le Trou du Curé. J’ai pris peur mais on ne l’a pas vu. Le petit train touristique de l’Aude, sifflant à tue-tête, a stoppé sur un viaduc, laissant ses occupants faire une ovation au peloton. Saluts colorés aussi des Pom Pom Girls de l’USAP sur le bord de la route.
Et ce fut le port de Pailhères…
Très vite, après Usson-les-Bains, on s’engagea sur des pentes rédhibitoires pour le commun des cyclistes. On savait les gens de ce pays accueillants, leur prévenance nous toucha. On put lire en grandes lettres blanches sur la route : « ici ça monte » …au cas où on ne s’en serait pas rendu compte. Si un homme averti en vaut deux, voici une singulière façon de multiplier le nombre ou la valeur des coureurs.
Port de Pailhères…hors catégorie…plus de 2000m, exactement 2001m. Pas un mètre de plus, pas un mètre de moins. Un col difficile, dans une pente exigeante, aux pourcentages importants. Ce passage projeté nous fut interdit en juin, en raison de murs de neige restés après les congères antérieures. Deux petits névés subsistaient d’ailleurs. Rien d’étonnant à ce que la route ait été ouverte tardivement. Il ne s’agissait d’un passage ni stratégique, ni incontournable. Quelques rares localités étaient néanmoins accessibles de chaque côté, sans passage obligé par le col. La montée versant Aude était belle, sauvage, au tracé bien emmené bien que surgi d’une autre époque. Le long de la route, des arbres distribuaient une ombre parcimonieuse. Vues aériennes sublimes sur des lacets et double-lacets.
Port de Pailhères… Espace d’estive momentané pour les tentes et les camping-cars des spectateurs qui exultaient et débordaient d’enthousiasme. Ils applaudissaient, criaient et rivalisaient parfois d’idées originales, voire saugrenues et même franchement périlleuses pour se faire remarquer par les caméras. Ce n’est pas exclusif au passage du Tour de France. Comme Erostrate, dans le monde antique, bien de nos contemporains cherchent la célébrité à tout prix. Souvent cette fin justifie des moyens parfaitement stupides.
Vaches et chevaux, eux, s’étaient mis ou avaient été mis de côté.
Port de Pailhères…prévu comme « rampe de lancement » idéale où l’on attendait un duel entre les favoris CONTADOR et SCHLEK, ou d’autres. Les commentateurs furent si déçus que l’un répliqua : « On n’y passera plus ! » à celui qui s’exclamait : « Nom de bleu de nom de bleu ! Il ne se passe rien ! Le port de Pailhères ne sert à rien ! »
Si cela fut « match nul entre SCHLEK et CONTADOR », Christophe RIBLON, passé « de la piste aux étoiles » nous gratifia d’un exploit auquel il ne s’attendait pas lui-même la veille. Il réussit là une échappée longue et solitaire à travers l’Aude et l’Ariège.
Port de Pailhères…Après le sommet dénudé, on bascula dans une descente technique plus banale, rapide…très rapide sur Ax-les-Thermes que l’on traversa à la vitesse du vent.
Et aussi vite, on s’élança sur une pente opposée qui, sans être aussi longue et ardue, fut tout de même d’un niveau supérieur. Christophe RIBLON, toujours en tête, arriva sur le plateau où fleurissaient des panneaux rouges et blancs : Vittel… Vittel… Vittel !
Mais non ! Le vent n’avait pas soufflé assez fort pour catapulter le peloton dans les Vosges. On était toujours dans les Pyrénées, sur le plateau de Bonascre, sorti du brouillard qui s’était dissipé depuis notre passage.
La retransmission s’acheva sur une farandole de lacs d’altitude glanés par le dernier passage de l’hélico.
Le lendemain, on quitta Pamiers et le Plantaurel si prestement que la côte de Carla B. ne fut qu’évoquée sans être montrée. Avant le Portet d’Aspet, une des dernières localités ariégeoises qu’il nous fut permis de découvrir a été Aucazein et son joli moulin flanqué d’un clocheton, le long d’un torrent à la réputation fort poissonneuse. Cette séquence champêtre s’accompagna d’une anecdote amusante, racontée par le maire. Autrefois, le moulin en question a été le premier à fournir l’électricité aux maisons du village, dans la limite d’une ampoule par foyer. Bien français en cela, des petits malins contournèrent l’interdiction, en découvrant l’existence des prises multiples. Pour débusquer ces tricheurs, un cycliste dépêché par les autorités, sillonnait chaque soir le village en quête des endroits où l’on voyait deux ampoules.
« Ruisselants de lumière estivale », c’est l’image que je garderai de ce village comme des paysages traversés, de l’ouest de l’Aude aux hauteurs de l’Ariège. Que c’était beau !
Marie-Claude P.
Sources : Retransmission France2 – Le Tour de France 2010 ; suivi de la 14 ème étape.
Les expressions en italique appartiennent aux commentateurs (T.ADAM, L. FIGNON, G. HOLZ) ou à notre journal quotidien, La Montagne - Centre France.
Le peloton dans les gorges de l'Aude
Cela monte avec les encouragements !
Que c'est beau les Pyrénées !
Les supporters sont là, dans la montée au col de Pailhères
Photo du journal La Dépêche
La belle victoire le 18 juillet 2010 à Ax-les-3-Domaines de Christophe RIBLON après une longue
échappée.
Le duel SCHLEK / CONTADOR au col du Tourmalet 2115 m, le 22 juillet, franchi dans le brouillard. C'est là que, presque chaque été, s'écrit la légende du Tour de France. CONTADOR gagnera ce Tour de France 2010.
Info à signaler : Un siècle après Octave Lapize, premier vainqueur du Tourmalet en 1910, le peloton a franchi à nouveau ce monument du Tour de France, perché à 2 115 mètres de hauteur. Depuis Lapize, la course est passée 73 fois au sommet, ce qui fait du col pyrénéen l’ascension le plus souvent empruntée par les coureurs.
* Voilà encore une bonne occasion de faire revivre ces quelques photos de l'album du père de Marie-Claude prisent au Ballon d'Alsace au passage du Tour de france le 7 juillet 1934

A gauche, le tour de France 7 juillet 1934 VERVAECKE qui franchira le 1er le sommet du Ballon d'Alsace, suivi (photo de droite) par le 2ème EZQUARRA

A gauche, le tour de France 7 juillet 1934 René VIETTO au Ballon d'Alsace, suivi (photo de droite) par MORELLI
Le tour de France 7 juillet 1934 au Ballon d'Alsace
Le tour de France 7 juillet 1934 au Ballon d'Alsace
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