Ce site ne vous propose pas qu'un regard sur le passé historique du Languedoc Roussillon, et de l'Aude en particulier, il est aussi ouvert sur les relations humaines toutes simples, sans chichis. Voici l'histoire pas banale d'un expatrié Belcairois, un Toustou à l'honneur !
Il y a quelque temps déjà, j'ai reçu un message sympathique dont le contenu concernait la généalogie
des Pugens à la suite du reportage que j'ai réalisé sur les châteaux de Belcaire que vous pouvez consulter ICI. Il s'ensuivit des échanges de courriels, et curieux
de nature je me suis intéressé à mon interlocuteur internaute dont l'adresse email ne laissait aucun doute sur sa localisation sur cette planète internet ; les messages émanaient du Canada ! Je
fus tout de suite intrigué par le fait qu'un correspondant canadien ait des informations sur la famille Pugens implantée à Belcaire depuis plusieurs générations. Un courant amical passa tout de
suite entre nous. Mon correspondant s'appelle Simon TOUSTOU et dieu sait que j'en connais des Toustou sur le plateau de Sault, d'ailleurs Simon m'apprit que le nom naquit dans un petit bourg à
côté de Belcaire qui se nomme Trassoulas, j'aurai l'occasion de développer la généalogie des Toustou avec l'aide de Simon, du moins de tenter de la développer car d'après Simon c'est un
imbroglio pas facile à démêler (si vous avez des infos je compte sur vous pour nous aider).
Vous allez me dire, mais où veut-il en venir Jean-Pierre ? Pour le moment, un Belcairois expatrié au
Canada, certes il ne doit y en avoir un nombre important, cela n'a rien d'extraordinaire ! Et bien figurez-vous qu'en interrogeant Simon, il me raconta comment il avait quitté la France et son
village de Belcaire pour un pays inconnu qu'était le Canada. Mais, c'est son métier et la fabrication d'un objet insolite à mes yeux, qui a fait que j'ai demandé à Simon de se raconter et de
faire découvrir ce métier particulier, métier qui a changé et guidé toute sa vie. Cela vaut bien un reportage sur le site internet le plus visité du Midi-Pyrénées, il n'y a pas que du virtuel
dans ce bas monde, voilà du vécu et de la chaleur humaine comme vous l'aimez. Je laisse maintenant la plume à Simon Toustou :
" Je suis le fils d'Adrien TOUSTOU et de Simone PÉLOFY, né le 22 août 1941 à Carcassonne. J'ai habité à Belcaire jusqu'au 15 mai 1962, c'est une date que je n'ai jamais oubliée, j'y ai donc vécu 20 ans et quelques mois. Lorsque j'eus 11 ans mon père a décidé de m'envoyer au collège à Limoux. Il était cultivateur et il ne voulait pas que son fils reste comme il disait dans un pays de misère à trimer dur sur quelques hectares de terre et pour quelques vaches. Il voulait que son fils soit instituteur, je me souviens encore quand il disait qu'un instituteur se mariait à une institutrice, cela faisait un double emploi sûr, donc un double salaire garanti, et ensuite ils avaient beaucoup de vacances, les samedis et dimanches, bref la vie de rêve. Mais voilà, il ne m'avait pas demandé mon avis, ce n'est pas au collège que je voulais aller, mais plutôt apprendre un métier. Plus tard on s'apercevra que j'étais un manuel et non un intellectuel. Ma grand-mère en avait ajouté en patois "si ba pas en farem un ritou" ce qui voulait dire : si cela ne va pas on en fera un curé. Pauvre grand-mère, je n'avais pas la tête d'un curé. Et arriva ce qui devait arriver, au collège je n'étudiais pas, j'étais toujours 32 ème sur 33, alors pour faire enrager mon père, je lui disais que je n'étais pas le dernier. A 15 ans je quittais le collège et de 15 à 20 ans, cela ne vaut pas la peine d'en parler et je préfère oublier ces années là, ce fut du temps de perdu.
Photo Jour de la fête communale à Belcaire le 28 septembre 1958. Tous les jeunes de la bande à Bonnot
!
Debout de gauche à droite :
Jean-Pierre MORA - Guy RABAUTE - Simon TOUSTOU indiqué par la flèche -
Pierrot FOURIÉ - Jean-Baptiste SARDA
Assis de gauche à droite :
Jean COSTE - Émile TOUSTOU - Michel MORA - François ARNAUD - Baptiste MAUGARD - Étienne VAQUIÉ
Vers la "croix" au Casteillas à Belcaire en 1958
La bande de copains, de gauche à droite : Simon Toustou - Pierre Fourié - Louis Pelofy dit Lili- René Faucher- Jean-Pierre Mora
Simon Toustou en 1961 faisait parti de l'équipe de rugby de Belcaire, d'ailleurs vous pouvez le voir en photo ICI
Mais voilà, il y a le destin et j'y crois. En 1961, un jour mon copain Antonin Bonnet, natif de Belcaire comme moi, me dit
ceci " Simon, on devrait changer de pays, ici c'est la misère, on devrait faire comme Clergue de Montaillou, on devrait aller vivre au Canada". Ouf, il en avait des idées Antonin, c'est vrai
l'ami Clergue de Montaillou avait émigré au Canada. Mais l'idée me plut, je fis des démarches, j'ai demandé des informations au consulat canadien à Bordeaux, bref, après avoir analysé tout
cela, eh bien pourquoi pas, je dis à Antonin d'accord on va au Canada. Mais Antonin l'initiateur se défila et décida de rester en France. C'est vrai qu'il faut une dose de courage pour
s'expatrier, les dés étaient jetés, le 1er juin 1962, j'embarquais au Havre sur l'Homéric, destination Montréal Canada. Voilà les faits qui m'ont conduit au Canada.
Je puis vous dire que les premiers mois et les premières années passées dans ce grand pays furent fantastiques. Je
trouvais des gens accueillants, d'une philosophie de pays jeune, nouveau, et puis beaucoup d'espace et un sentiment de liberté, si bien que l'adaptation fut facile. Je trouvais un emploi à mon
arrivée en 62, le taux de chômage n'était qu'à 4 % et il y avait de l'emploi dans tous les domaines.
En 1964, je me mariais avec une Québécoise et je m'établissais à Crabtrée où il y avait une grosse usine de fabrication de
papier. Je pris des cours du soir et aussi en fin de semaine pour devenir machiniste. Je n'étais bon à rien au collège mais pour apprendre un métier, j'y ai mis toutes mes
énergies.
En 1969, il y aura un triste épisode de 3 ans où j'ai décidé un retour en France avec mon épouse et nos trois enfants. Je
travaillais aux talcs de Luzenac, comme machiniste à Trimouns. Ce retour fut un vrai échec, donc 3 ans plus tard nous retournions à Crabtrée au Canada. Coup de chance, je retrouve mon emploi à
la papeterie comme machiniste.
En 1974, je construisis une maison, nous avons alors six enfants, trois garçons et trois filles, durant nos trois ans en
France un garçon est né à Foix en Ariège. Actuellement nous avons 18 petits enfants de 22 à 4 ans.
Mon métier actuel intrigua Jean-Pierre, et ce, à juste titre, car le métier de FUSELIER est de plus en plus rare. Alors
qu'est-ce qui m'a amené à exercer ce nouveau métier totalement différent de celui de machiniste ?
Après avoir fini de construire la maison, j'avais un petit atelier. En 1975, j'ai fabriqué un tour à bois, facile pour un
machiniste et je me suis mis à tourner des morceaux de bois, je trouvais que le bois sentait bon, donc j'ai fabriqué une rampe pour mon escalier, des tabourets pour les enfants et toutes sortes
de petites choses, si bien que mes moments de loisirs je les passais dans l'atelier. De fil en aiguille, je constatais que j'avais des aptitudes pour faire de la menuiserie, donc à côté de ma
maison je construisis un autre atelier d'une bonne grandeur et, achetais des machines à bois, scie à ruban, scie radiale, dégauchisseuse, raboteuse, etc. Et là, j'ai commencé à faire des
meubles en m'inspirant des meubles traditionnels québécois en pin. Je vous ai joint les photos de mes deux premiers meubles à pointe de diamant sculptée à la main.
Voici le premier tour à bois que Simon a fabriqué dans les années 1976-1977, une machine qui a changé sa
vie
Voici les deux premiers meubles à pointe de diamant sculptée à la main par
Simon
Quelques années plus tard, en 1981, j'avais un ami dont son épouse décida de prendre des cours de dentelle aux fuseaux et
il vint me demander si je voulais faire des fuseaux pour ses cours, il en voulait une centaine ! Il me donna un modèle qui provenait du Puy en Velay en France, ce n'était pas gros, mais je
réussis à lui faire ses cent fuseaux. Par la suite, la dentellière qui donnait des cours vint me rencontrer, elle avait trouvé les fuseaux de son goût et bien sûr me demanda d'en faire pour ses
élèves. Et c'est ainsi que la grande aventure a commencé, fuseaux, instruments, tables, coussins, je mis au point avec l'aide des professeurs de dentelle tout le matériel nécessaire pour
fabriquer de la dentelle, c'était toujours des produits haut de gamme, travaillant des bois locaux et les plus beaux bois exotiques, ébène, bois de rose, palissandre, etc. J'ai ainsi travaillé
des bois en provenance du monde entier.
En 1988, tout mon matériel était connu chez nos voisins du Sud, les États-Unis, et au mois de novembre de la même année,
j'étais invité à une exposition à Chicago, ce fut un succès. En 1989, je retournais à Chicago et fis une autre exposition au New Jersey. En 1990, 1991 Chicago, Détroit et en 1992 à Los Angeles,
par la suite tous les ans au mois d'août, ce fut dans toutes les grandes villes, Seattle, New York, Boston, San Antonio, Détroit, Indianapolis, en 2002, je retournais en Californie à San Diego,
je fis la dernière exposition en 2006 au Colorado à Denver.
L'aventure fut fantastique, je chargeais mon matériel dans une fourgonnette et avec mon épouse nous partions pour trois
semaines, trois jours d'exposition, et le reste pour visiter. Vous savez aux USA, il y a des paysages des plus magnifiques, exemple, le Grand Canyon.
Simon m'a adressé de nombreuses photos de ses périples aux USA lors de ses expositions, j'en ai scanné quelques unes que je vous présente, comme ici le Grand Canyon
Sur la route 66 au Nouveau Mexique à 1500 m d'altitude, à côté de Jackass Junction.
La route 66 nommée Historique, va de Chicago à Los Angeles
En 2002 traversée de l'Utah
Au bord du Grand Canyon, boucle Sud à Grand Canyon village 8h du matin
En 2002, l'Arizona le désert Point, traversée de la forêt pétrifiée parc national, la partie sud du parc renferme la plupart des troncs pétrifiés ainsi que des pétroglyphes amérindiens.
Ici, des morceaux de troncs d'arbre pétrifiés, fossilisés, moi qui suit un amateur de fossiles je suis admiratif.
Je vendais 95% de ce que j'emmenais, donc, le succès était total. Mes fuseaux et coussins se sont vendus sur les cinq
continents. J'ai des clients au Japon, en Australie, dans toute l'Europe, en Amérique du Sud, mes produits sont exposés tous les ans au mois de février à Paris, dans le salon de l'aiguille en
fête, un des plus grands événements de broderie et dentelle en France.
Aujourd'hui, je suis fier, je ne suis pas instituteur, mais je suis récompensé des efforts faits. Vous savez, je crois que
j'ai quand même hérité du caractère et de la ténacité de ceux qu'on appelait les Montagnards, les gens du Pays de Sault.
Je dois avouer que depuis quelque temps, j'ai la nostalgie, mes racines sont à Belcaire et le merveilleux site internet de
Jean-Pierre me fait revivre tous les bons souvenirs de cette belle région.
Cette année j'ai eu 70 ans et mon excellente santé pour le moment me permet de travailler encore et je vous avoue que j'ai
des projets pour au moins 20 ans ... après on verra !! "
Cette histoire n'est pas banale, il suffit parfois de très peu de choses pour changer sa vie et forcer
ainsi son destin.
Bravo Simon et à bientôt pour nous raconter tes projets ...
Simon Toustou vendant les produits de sa fabrication lors d'une exposition à Québec en
1989
Voici les fameux fuseaux en action, que réalise Simon, ainsi que les coussins dont voici un exemple que l'on appelle
"métier à rouleau"
Simon ne se contente pas de fabriquer des fuseaux, il réalise tout l'équipement nécessaire à une dentellière, comme ce coussin, métier à rouleau trois tiroirs.
Voici Simon Toustou et sa femme Lise lors d'une exposition à Ottawa
Réponse de Simon à mes questions lors de nos échanges par mails : les coussins (en France on dit carreaux) sont en fait des métiers pour faire la dentelle, les fuseaux sont les instruments qui servent comme des bobines on enroule du fil sur la partie supérieure, pour réaliser une pièce de dentelle il faut entre 40 et des fois 400 fuseaux dépendant de la technique employée, les fuseaux sont manipules toujours par paires .Tu remarqueras qu'il existe plusieurs formes et grosseurs de fuseaux ceci aussi dépendant de la technique employée. Tous mes modèles de fuseaux sont ma conception, ici on dit ce sont des fuseaux Québécois ou Canadiens fabriqués par un Français,
Voici toute une collection de fuseaux fabriqués par Simon Toustou, il travaille toutes les essences de bois et même l'os,
comme ici où les fuseaux ont été monté avec un mélange d'os d'Orignal et de bois d'ébène ou de bois de rose
Fuseaux en bois collé
Fuseaux mélange de bois et os d'Orignal
Fuseaux en os d'Orignal
Fuseaux en ébène, en bois de rose, et en Cocobolo
Simon Toustou place du marché Joliette à Québec avec la présidente de l'association des dentellières du Québec en
1988
Quand Simon me parla de son métier actuel, la fabrication de fuseaux, je dois dire que je fus
perplexe, de quoi s'agissait-il ? Il m'envoya des photos de ces fuseaux en bois qu'il confectionnait. Je ne voyais toujours pas à quoi cela pouvait servir, depuis je sais que son utilité est
liée à la confection de dentelle ! Je suis complètement ignare dans ce domaine et vous, vous savez comment ça se fait, de la dentelle ?
Pour ne pas mourir idiot, je me suis renseigné, cela vous intéresse dans avoir une description
succincte ? Et bien voici comment naît la dentelle :
Mais comment fait-elle pour s'y retrouver ?? Cela m'a l'air compliqué, je veux bien croire que la confection de la dentelle est un art !
Attention ! je ne parle pas de la dentelle mécanisée
L'art de la
dentelle
Jeune femme travaillant le point d'Irlande de 1910
La dentelle, est un tissu à jours composé, non pas comme les autres tissus, d'une chaîne et d'une trame, mais de points
semblables ou différents formés par des croisements de fils, parfois se succédant, parfois entremêlés, de façon à produire un dessin.
Ce qu'on appelle "point" en dentelles est une figure régulière, dont les contours sont formés par le fil. Ainsi, le point
le plus simple est un triangle et suppose un fil attaché à trois points, ou deux fils dont l'un serait attaché à deux points et l'autre à trois, ou enfin trois fils dont chacun serait attaché à
deux points communs.
Si deux fils, attaché chacun à deux points différents, se croisent, ils forment une croix ; s'ils sont attachés chacun à
trois points, dont deux communs, ils forment un carré.
Et puis, pour mieux faire comprendre cette démonstration, il faudrait la voir réaliser car à décrire ce n'est point
évident.
Pour que ces figures puissent conserver leur forme dans le tissu, il faut que le fil soit attaché à chacun des points
servant de sommets aux angles de la figure. Cela nécessite l'emploi des épingles et force à boucler le point, c'est à dire à faire une sorte de boucle ou de nœud qui maintienne le
fil.
A gauche, une dentellière de Cosne sur Loire en 1950. A droite, une dentellière aussi en 1950
Création de l'école dentellière, présentation de différents motifs, le véritable point d'Alençon
La valeur d'une dentelle se trouve dans l'invention et l'exécution du point. Cela exige une longue pratique et une
connaissance profonde des diverses combinaisons que présente ce tissage spécial. Aussi, la difficulté n'est pas seulement de construire une certaine quantité de figures semblables avec un
nombre donné de fils, sans repasser deux fois un fil sur le même contour, mais de changer la disposition et la forme de ces figures, en conservant le même nombre de fils.
Le métier à dentelles est formé d'une planchette de bois, munie d'un rembourrage très doux, et recouverte d'un morceau de
drap bien tendu ; sur le contour, est enroulé un parchemin présentant une série de trous ou piqûres qui reçoivent successivement les épingles autour desquelles l'ouvrière croise ses fils. Ce
parchemin, avec ses piqûres, représente le dessin qu'il faut suivre.
Ce métier à dentelles comprend encore les fuseaux (comme les fameux fuseaux de Simon Toustou) dont le nombre varie suivant
la largeur de la dentelle et la complexité des points.
Les fuseaux sont en bois lisse et ont trois parties : la poignée, la casse et la tête.
La poignée comme son nom indique l'usage, ressemble à une poire allongée ; sous la partie renflée de cette poignée, le
bois s'évide en forme de bobine, c'est la casse ; enfin, au-dessus de la casse, à l'autre bout du fuseau, vient la tête, qui n'est autre chose qu'une petite rainure circulaire.
Voici encore des échantillons de fuseaux par fabriqués par Simon " le Fuselier " et divers accessoires
pour la confection de la dentelle ci-dessous, tous ces ustensiles sont évidemment réalisés par Simon
Aiguilles de dentellière fabriquées par Simon
Le fil est enroulé sur la casse ; de là, il passe dans la rainure ou tête et va ensuite s'attacher en haut du métier à de
grosses têtes d'épingles fichées exprès pour le recevoir et le soutenir.
L'ouvrière, placée devant son métier, commence par piquer des épingles dans les piqûres indiquées du parchemin. Ces
épingles indiquant les angles de la figure que doit rendre le point serviront, comme il a été dit précédemment, d'attache ou d'appui au fil qui en formera les contours. Cela fait, l'ouvrière
compte ses épingles et sait que par leur nombre combien il lui faut de fuseaux.
Elle plante ensuite une rangée horizontale de grosses épingles en haut du métier, puis charge ces épingles. Pour cela,
elle enroule autour de sa première épingle deux ou trois tours de fil de son fuseau et fait une boucle au quatrième tour, puis elle évide de la casse le fil nécessaire à son travail ; mais pour
empêcher qu'il ne s'en évide trop, elle lui fait deux ou trois tours dans la rainure de la tête ; elle arrête ces tours par une boucle.
Elle laisse alors ce fuseau ainsi suspendu et en place un nouveau de la même manière sur la même épingles ; un troisième,
un quatrième fuseau se succèdent ainsi.
Quand cette épingle est chargée d'autant de fuseaux qu'elle peut en soutenir, l'ouvrière passe à la seconde, à la
troisième, à la quatrième épingle, et ainsi de suite, jusqu'à ce que tous les fuseaux soient employés.
Enfin pour exécuter son travail, la dentellière prend quatre de ses fuseaux dans le tas qui pend à droite, les amène au
milieu du métier, croise les fils, les tord en faisant le point et les rejette à gauche en leur conservant leur ordre, après avoir placé une épingle à chaque point d'appui ; elle prend ensuite
quatre autres fuseaux, leur fait subir le même déplacement, posant ses épingles à tous les points d'appui et ainsi de suite jusqu'à la fin du travail, croisant différemment les fils suivant la
nature des points indiqués.
Les principales sortes de dentelles sont le point d'Alençon, le point d'Angleterre ou de Bruxelles, la dentelle de
Malines, la dentelle de Lille et la Valenciennes.
Ces cinq types de dentelles sont toujours faites à la main, mais il existe aussi des métiers à dentelles. Les dentelles
dites de Chantilly, sont fabriquées mécaniquement comme beaucoup aujourd'hui. La dentelle réalisée à la main est un passe temps et une passion.
Pour bien comprendre la fabrication d'une dentelle à la main, il faut l'avoir vu de vos
yeux et si vous voulez vous lancer il faut, à mon avis, prendre des cours.
Je vais maintenant vous proposer toute une série de photos anciennes et elles seront suivies de photos montrant d'autres réalisations de Simon Toustou " le fuselier "
dentelle du Puy en Velay de 1910
Atelier en plein air de dentelle en Bretagne, la Guipure d'Irlande à Plouhinec en 1920
A gauche, dentellières du Puy en Velay en 1910. A droite, même période 1910, dentellières Normandes
école de dentelle de Coppet (Suisse) en 1910
dentelle du Puy en Velay en 1910
A gauche, dentelle du Puy en Velay en 1910. A droite, motifs de dentelle de Retournac (Haute Loire)
Dentelle d'Argentan, mouchoir au point d'Alençon en 1910
Dentellières en train de travailler dans les années 1900
Exposition des petites industries rurales de dentelle en mars 1908
Dentellières en Belgique à Bruges en 1965
Dentellières en
Belgique à Bruges en 1965
Gants en dentelle
Carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle à la main à Puy en
Velay
Carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle à la main à Bruges en
Belgique
Gros plan sur le carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle aux
fuseaux
Gros plan sur le carreau de la dentellière permettant la fabrication de la dentelle à la
main (Haute Loire)
Jeune fille avec son carreau de dentellière permettant la fabrication de la dentelle aux
fuseaux ici à Bruges (Belgique)
Coffret en palissandre contenant des aiguilles et crochets divers fabriqué par Simon
Simon réalise ces coffrets dans des essences de bois noble
Instruments réalisés en ébène, en bois de rose, bois de violette et parfois en ivoire
Coffret en palissandre réalisé par Simon
Porte fuseaux en érable pixie (érable du japon), en bois de Bocote et en palissandre des Indes
Marchepied pour la dentellière fabriqué par Simon
A gauche, table dentellière réalisée par Simon en érable pixie (érable du japon). A droite table en cerisier.
Très belles réalisations, bravo !!
cliquez sur les photos pour agrandir
A gauche, fourches courtes moyennes longues et diviseurs. A droite, gabarits de dentelle en noyer foncé et en érable (cliquez sur les photos pour agrandir)
Crochets et aiguilles divers tournés dans de l'os d'Orignal (réalisation Simon Toustou)
Voici encore différents modèles de fuseaux fabriqués par Simon
Métier de dentellière ou coussin ou carreaux à trois tiroirs que l'on nomme aussi carreau
Tous ces modèles sont réalisés par Simon Toustou (cliquez sur les photos pour agrandir)
A gauche table de dentellière en merisier. A droite, table en érable
Table de dentellière en noyer (cliquez sur les photos pour agrandir)
Table de dentellière pliable et portable fabriquée en noyer
1er février 2012, suite à la diffusion de cet article Marie-Claude (qui c'est déjà manifestée sur ce site) m'a adressé un courriel destiné à Simon. Je vous livre un extrait du texte qui concerne le sujet abordé ici.
Marie-Claude nous dit ceci :
" On a longtemps cru que ce savoir faire de la dentelle aux fuseaux aurait été apporté par les réfugiés
huguenots. Il semble que cet apport ait résidé surtout dans le type de dentelle. L’âge d’or de la dentelle se situa entre1750 et 1825. Cela s’est répandu et concentré dans les Montagnes
et le Val-de-Travers, où ce travail occupa toutes les familles pendant plus d’un siècle. Le quart de la population y était occupé. Aux Ponts-de-Martel, il était peu de femmes qui ne
fussent occupées au coussin. Le nombre de dentellières augmenta jusqu’en 1817 puis baissa quand la dentelle mécanique concurrença la dentelle aux fuseaux.
En 1842, lors du séjour du roi de Prusse dans la principauté, les pensionnaires de l’asile des Billodes, au Locle, qui
avaient toutes appris la dentelle, offrirent à la reine un voile de dentelle.
L’apprentissage commençait très tôt dès l’âge de 4 ou 5 ans. Une mère, une grand-mère, une tante… apprenaient aux
enfants à « coussegnotter ». Le « coussegnet » était le nom familier donné au coussin recouvert de tissu vert, qui servait au support du piqué, sur lequel se déplaçait l’ouvrage au fur et à
mesure de la danse agile des doigts avec les fuseaux et les épingles. Cette activité n’était pas exclusivement féminine. Souvent, les piqués étaient réalisés par les hommes, tout
comme les bobinoirs montés avec des rouages de pendule. Cette précision, cette minutie, avaient besoin d’un éclairage particulier comme pour l’horlogerie. Le jour, lumière oblige,
la place privilégiée était devant la fenêtre. A la nuit tombée, le travail pouvait se poursuivre grâce à un ingénieux système : le globe ou globier. Des globes remplis d’eau bien pure
étaient placés sur des supports entre une source lumineuse, simple chandelle ou lampe à huile, et le coussin. Ils jouaient le rôle de loupe en multipliant l’intensité de la lumière sur le plan
de travail. On répartissait autant de globes que de dentellières, en formant un cercle autour de la source de lumière. Cercle qui pouvait être répété si le nombre de personnes
l’exigeait.
Voici une photo de l'ingénieux système dont parle Marie-Claude ci-dessus
Les points avaient les jolis noms de la neige, le point de la vierge, le point à la rose, le point d'esprit … Une
mignonnette était une dentelle étroite, les dents-de-loups avaient un large bord dentelé. Une dentelle de soie blanche ou noire devenait une blonde.
Si les veillées s’accompagnaient de chants et de causeries, il serait utopique de faire de ces moments le tableau
idéal que des passéistes voient parfois dans l’autrefois. Les gains étaient faibles : il fallait se tenir longtemps à la tâche pour gagner peu. Celles qui avaient talent et dextérité
gagnaient plus que les autres.
Toute cette production dépassait les besoins de la principauté. Elle se trouvait commercialisée par des réseaux
d’intermédiaires et négociants habiles qui assuraient l’exportation et la vente. Pour vendre et se faire connaître, il fallait se déplacer et montrer des cartes d’échantillons pour
essayer de répondre au goût et à la demande de la clientèle. La foire de Beaucaire, ( Non ! Pas Belcaire…) qui se tenait chaque année dans le sud de la France, était incontournable. Il ne
fallait pas manquer non plus celle de Francfort ou de Leipzig.…"
Voilà encore un beau reportage qui sort des sentiers battus, j'espère qu'il vous aura intéressé, et si vous désirez poser des questions à Simon n'hésitez pas à m'écrire à l'adresse email ci-dessous je lui transmettrai avec plaisir, ou, laissez tout simplement un commentaire, pour cela cliquez en bas de l'article sur "Ecrire un Commentaire".
J'en profite pour saluer les nombreux Canadiens francophones et Québécois en particulier qui parcourent avec intérêt les pages de mon site.
Et pour ceux que la dentelle aux fuseaux passionnent (car je reçois beaucoup de demandes) voici de la part de Simon deux infos :
1 - Guilde des Dentellières et des Brodeuses e-mail :
gravelc@videotron.ca
2 - Le site de l'Association des Dentellières du Quebec :
www.dentellieresquebec.com
Avant de vous quitter et pour ceux que cela intéresse, j'ai un petit cadeau à vous faire, je vous offre en téléchargement un ouvrage qui date de 1879 avec 112 illustrations, qui s'intitule "Traité de la Dentelle au Fuseau" écrit par Louise d'Alq à télécharger au format pdf et à sauvegarder sur votre disque dur en cliquant ICI ; à bientôt pour de nouvelles aventures ...
" La
dentellière " toile datant de 1669 de Johannes Vermeer, j'adore les peintres
hollandais
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Vous désirez participer et me proposer des articles avec ou sans photo. Ce site c'est aussi le vôtre, utilisez cette opportunité. C'est l'occasion, peut être pour des enfants d'effectuer un travail de groupe dans une classe d'école primaire. Par exemple, vous voulez "parler" et faire découvrir votre village audois, comment faire ? C'est simple, ce n'est pas compliqué, il suffit de taper votre article au format word ou avec tout autre logiciel de traitement de texte, d'y incorporer vos dessins, photos ou de me les envoyer à part, je me charge du montage sur le site ... Et, s'il vous vient tout simplement une idée de sujet que vous voudriez voir diffuser sur ce site, pourquoi pas, sautez le pas, voici mon adresse email pour me joindre :
jp@belcaire-pyrenees.com
Il se passe toujours quelque chose sur ce site qui vous surprendra et vous intéressera. Pour ne pas rater la publication des reportages, c'est simple, suivez le conseil indiqué ci-dessous :
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Cet ouvrage Histoire des cathares fait autorité écrit par un spécialiste reconnu du catharisme.
Catharisme au vrai visage... visage humain, visage vivant. On ne trouvera pas ici une vaine
construction de cette imagination " combleuse de vide " qui, depuis le début du XXème siècle, porte tant d'auteurs à fabriquer un catharisme mythologique à petits renforts de trésors cachés, de
Graals pyrénéens, d'inédits de Platon ou de rêves bouddhistes. Le catharisme fut l'un des grands courants du Moyen Age chrétien : particulièrement, mais non exclusivement implanté en Occitanie,
déraciné par le fer des armées catholiques, les procédures de Home et les bûchers, il disparut de l'Histoire à la fin du XVème siècle, laissant, par-delà une longue oblitération, un message
vivant, tiré de la mémoire des documents médiévaux. Christianisme sans damnation éternelle et sans croix, le catharisme refusa le mal et la violence et crut en la bonté fondamentale de la
nature humaine. Le vrai visage du catharisme, celui des Bons Hommes dont le bâton sonnait de bourg en château, de ville en désert clandestin, celui des croyantes entraînant ceux qu'elles
aimaient dans leur aventure et dans leur foi, c'est le visage que les cathares nous montrent à travers le miroir dépoli des manuscrits et du temps.
Savez-vous que le mot "cathare" n'a été utilisé qu'à partir du XIXème siècle pour désigner les tenants au XIIIème siècle d'une foi et d'une pratique religieuse que la papauté
catholique considérait comme dangereusement hérétiques ? Savez-vous que la quasi-totalité de ce qui est connu des cathares provient des interrogatoires conduits par les inquisiteurs mandatés
par l'Église catholique ? Savez-vous qu'à la faveur de ce conflit religieux, le royaume de France a pu étendre sa domination sur le Sud occitan ? Claude Lebédel s'attache dans cet ouvrage à
décrire, le plus clairement possible, le contexte historique, culturel et religieux ainsi que les événements qui ont marqué cette véritable tragédie sur laquelle, du XIIIème au XIXème siècle,
la chape de plomb de l'oubli s'est abattue et à propos de laquelle une certaine tendance à l'affabulation s'est développée. Le touriste, ou le curieux, qui souhaite aller sur les traces des
cathares y trouvera des indications répondant à son désir d'un itinéraire culturel et historique cathare"
Anne BRENON toujours égale à elle même sait intéresser le lecteur, aussi bien le néophyte qui découvre le monde cathare
que celui déjà très documenté sur le sujet.
Montaillou : un petit village de montagnards et de bergers en haute Ariège, à 1300 mètres d'altitude. En 1320, Jacques Fournier, évêque de Pamiers, plus tard pape
d'Avignon, y déploie ses talents d'inquisiteur. II finit par déterrer tous les secrets du village. Rien n'échappe à cet évêque fureteur, ni les vies intimes, ni les drames de l'existence
quotidienne. En s'appuyant sur cet extraordinaire document de Jacques Fournier, sorte de roman vrai du petit peuple du XIVème siècle, Emmanuel Le Roy Ladurie ressuscite, en utilisant les
méthodes historiques et ethnographiques les plus actuelles, la réalité occitane et cathare d'il y a six cent cinquante ans.







Cour près de la tour pré-romane
Cheminée monumentale du cellier et des cuisines de l'abbaye


Je ne savais pas trop où placer ce document, cela tombe bien puisque je vais vous parler de l'église Saint-Michel de Lagrasse.



Du côté du village médiéval de Lagrasse sur la rive droite de l'Orbieu, voici la porte de l'Eau datant du XIVème siècle,
vestige des remparts du village
L'épicerie Falet sur la rue de la Promenade en 1920
La place de la halle de Lagrasse dans les années 1950. Cette place était un important centre commercial jusqu'au début du
XXème siècle.
L'abbaye et l'orphelinat des médaillés de Lagrasse en 1960.
Une vue aérienne Nord de Lagrasse en 1970

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